Archives mensuelles : avril 2014

Dans le rétroviseur: le deuxième tour des municipales

On croit tout savoir sur les municipales quand on constate que au deuxième tour la participation a été plus forte qu’au premier (1659 votants supplémentaire et une participation qui passe de 50,22% à 54,07% des inscrits. On note aussi un tassement des voix du Front National qui perd 784 voix soit 30% de ses suffrages du premier tour passant de 12,47% des exprimés à 8,11% au second tour. On suppose aisément que ces voix perdues sont celles d’un vote utile qui a permis à M. Jeanne de combler une partie de son retard sur M. Adenot.

En fait les chiffres du second tour sont plus bavards qu’il n’y parait au premier abord.

Une mobilisation différentielle

L’augmentation du nombre des votants cache des mouvements divers. Dans un bureau de vote ou on constate qu’il y a eu 50 électeurs de plus qui se sont déplacés au second tour par rapport au premier, un examen plus attentif du cahier d’émargement indique qu’en réalité 80 personnes qui n’avait pas voté au premier tour sont venues voter au second tandis que 30 qui s’étaient déplacées au premier ont boudé le second tour. Pour avoir une vue complète de ce chassé-croisé il faudrait pouvoir faire un relevé dans tous les bureaux de vote pour savoir si ce phénomène est général ou plus accentué dans certains quartiers que dans d’autres.

La mobilisation et l’augmentation du nombre de votants sont des phénomènes généraux mais quantitativement très différenciés puisqu’on passe d’un gain de 6 électeurs (+1,3% des votants) à Léon Frapié Maternelle (bureau 36) à un gain de 74 électeurs (+18,8%) au Centre de Loisirs Anatole France (bureau 32).

Quand on regarde les résultats bureau de vote par bureau de vote il apparait clairement que dans les quartiers pavillonnaires la plus forte mobilisation a surtout profité à la droite classique (liste Laurent Jeanne) tandis que dans les cités la plus forte mobilisation a profité à la gauche (liste Adenot). Dans les bureaux du Bois l’Abbé l’augmentation en voix de la liste Adenot au 2ème tour par rapport au 1er correspond à quelques unités près au total des voix Fuchs du Ier tour et de l’augmentation du nombre des votants.

La mobilisation de certains abstentionnistes du 1er tour a encore accentué le différentiel politique entre les quartiers qui votent majoritairement pour la droite et ceux qui votent à gauche (grands ensembles de logements sociaux).

Le tassement du FN

La liste Rougier perd 30% de ses suffrages entre les deux tours. Ces voix sont clairement allées à la liste Jeanne. Il s’agit d’un électorat de droite qui a émis un vote protestataire au 1er tour puis a choisi un vote « utile » contre la gauche au second tour en se reportant sur la liste Jeanne plus susceptible de l’emporter. Le FN perd ainsi 45% de ses voix à Maurice Denis Maternelle (bureau 5), 47,9% à Jeanne Vacher (bureau 16), 45,1% à Eugène Thomas Primaire (bureau 21), 47,1% à Eugénie Cotton maternelle (bureau 22) 43,5% à Romain Rolland Primaire B (bureau 27), 47% au CMA Gérard Philipe (bureau 43), 46,8% à Jean Jaurès primaire (bureau 37) et enfin 43,9% à Léon Frapié maternelle (bureau 39). Il s’agit dans tous les cas de bureaux de zones d’habitat où dominent les pavillon, avec une droite classique forte. Dans ces secteurs près de la moitié des électeurs FN du premier tour l’ont déserté au second pour voter utile c’est-à-dire dans leur esprit contre la liste Adenot et c’est dans ces secteurs que la liste Jeanne a ses meilleurs résultats en terme de progression entre les deux tours. A contrario le vote FN perd très peu dans certains bureaux populaires. Il garde la totalité de ses voix à Bassis Maternelle (bureau 13), perd seulement 3 voix (5% du total du 1er tour) à Danielle Casanova Maternelle, garde ses voix à Maurice Thorez Maternelle (bureau 31), gagne une voix au Centre de Loisirs Anatole France (bureau 32) et limite fortement ses pertes (-1 voix et -2 voix) sur les bureaux 34 et 42 du Bois l’Abbé.

Il s’agit de bureaux des cités. Pour certains d’entre eux l’influence du FN tourne autour de 8%, mais au bureau 29 (Les Boullereaux) où le FN est implanté depuis plusieurs élections il atteint 15,7% au 1er tour.

Là aussi donc, pour le FN on a deux électorats qui se comportent différemment. Celui des cités apparait sur des bases de rejet global du politique classique (notion du système UMPS) et rejetant la droite classique. Il faut suivre avec attention cette évolution dans les milieux populaires.

Ou sont allées les voix de la liste Fuchs ? Après la décision prise par l’assemblée des membres de la liste de fusionner avec la liste Adenot au second tour, la question était de savoir si les électeurs qui, au premier tour, avaient voté pour cette liste (Entente Citoyenne pour la Démocratie Participative et l’Ecologie, liste Fuchs) suivraient, ou non, la consigne de voter au 2nd tour pour la liste Adenot et ce d’autant que la droite avait mené une campagne vive pour que les électeurs de la liste Fuchs du 1er tour ne suivent pas la consigne de voter pour la liste Adenot au second.

Si l’on prend les résultats des 6 bureaux où cette liste avait réalisé ses meilleurs scores ( entre 9,14 et 12,75%) au premier tour on s’aperçoit que les gains de la liste Adenot dans ces bureaux sont nettement supérieurs à l’augmentation du nombre des votants dans 5 bureaux sur 6. Il est possible d’avancer qu’entre 60 et 80% des électeurs de cette liste au premier tour ont reporté leurs suffrages sur la liste Adenot au second tour et c’est une des raisons de l’avance gardée par la liste Adenot malgré le report d’un tiers des électeurs FN ver la liste Jeanne au second tour.