Archives mensuelles : avril 2015

Logement: les nécessités, la pertinence des choix, l’avenir de Champigny

Le déficit de construction de logements neufs est un problème majeur en France et ce d’une façon particulièrement aiguë dans la région Ile De France.
Il se crée dans notre pays, chaque année, 350 000 ménages qui doivent se loger dans un contexte de mobilité accrue, de décohabitation accrue, etc. Le manque de logement est particulièrement important en Ile de France où la crise frappe non seulement les couches sociales qui ont vocation à accéder au logement social et au logement très social mais aussi les couches intermédiaires car le logement intermédiaire manque particulièrement à Paris et dans la première couronne. Ceci concerne les familles dont les revenus sont trop élevés pour qu’elles aient droit à un logement HLM mais toutefois pas assez élevés pour qu’elles puissent supporter le coût exorbitant d’une location dans le privé à Paris ou en petite couronne.
Cet état de fait conduit ces familles à s’exiler de plus en plus loin de leur lieu de travail en très grande banlieue là où elles trouvent à se loger à des conditions financières supportables pour leur budget. Cet éloignement par rapport au lieu de travail se traduit par des phénomènes de fatigue et de stress dus à de trajets de plus en plus longs, par l’isolement et la rupture des liens sociaux. Cette « migration » forcée des demandeurs de logements a aussi des conséquences nuisibles sur l’environnement (diminution de surface de terres arables, recours de plus en plus nécessaires à la voiture individuelle) et économiques car cet éloignement de populations de plus en plus nombreuses des centres actifs de la métropole impose à la région des investissements lourds dans les transports et le réseau routier.
Il faut construire près du centre, il faut construire vite, il faut combiner toutes les sortes d’habitat locatif du plus social à l’intermédiaire sans négliger la possibilité d’offrir des possibilités à ceux qui souhaitent accéder à la propriété.
Car le logement social, le logement intermédiaire ne constituent pas forcément une fin. Il est nécessaire de favoriser aussi l’accession à la propriété de ceux qui le désirent à une étape de leur vie ce qu’on appelle le parcours résidentiel.
Le problème se pose à l’échelle de la région IDF et dans ce cadre régional il faut une politique de redistribution et de solidarités. La droite qui s’y oppose, elle refuse l’application de la loi SRU (qui fixe un taux minimum de logement social) dans la plupart des communes qu’elle dirige.
Les 10 communes de notre département qui comptent le moins de logements sociaux sont 10 communes dirigées depuis longtemps par la droite : Nogent sur Marne (11,90%), Saint Mandé (10,90%), Marolles en Brie (9,90%), Villecresne (9,60%), Sainteny (9,50%), Le Perreux sur Marne (8,80%), Vincennes (8,60%), Saint Maur des Fossés (7%), Perigny sur Yerres (5,50%) et Ormesson sur Marne (1,80%) alors que la moyenne départementale s’élève à 30,40% (Champigny sur Marne =39,50%).
La nécessité de se donner des outils pour résoudre le problème du logement en Ile de France a suscité un certain nombre de mesures. La création de l’’Établissement Public Foncier d’ Ile-de-France ( EPFIF) par décret n°2006-1140 du 13 septembre 2006 modifié par le décret n°2009-1542 du 11 décembre 2009 a permis de mettre sur pied un instrument efficace que la région met au service des communes pour juguler la spéculation foncière (quand les communes veulent s’en servir).
.Dans sa conférence de presse du 6 mars 2015 le Premier Ministre M. Manuel Valls a insisté sur son intention de renforce la mixité sociale entre les territoires en favorisant le logement
Les préfets disposeront désormais de pouvoirs pour délivrer des permis de construire au nom de 216 communes identifiées comme ne respectant pas le quota minimum légal.
Mais le gouvernement est décidé à passer la vitesse supérieure et a lancé une OIN (Opération d’Intérêt National)
Une opération d’intérêt national (OIN) est une opération d’urbanisme à laquelle s’applique un régime juridique particulier en raison de son intérêt majeur. L’État conserve dans ces zones la maîtrise et peut ainsi se substituer aux maires pour définir l’urbanisme, le type de logement et c’est l’état qui détient l’attribution du permis de construire.
Ce pouvoir discrétionnaire de l’OIN peut entrainer des difficultés là où les options choisies par l’état peuvent remettre en cause des décisions prises à l’échelle d’une commune, d’une structure intercommunale, d’un département. Nous y reviendrons un peu plus loin mais considérons d’abord l’ensemble du projet d’OIN (voir carte ci-dessous)

 

En rouge les OIN projetées

Une donnée saute aux yeux. Les zones dévolues au projet se situent pour la grande majorité dans la banlieue nord et la banlieue est. Ce choix est surprenant. On a souvent et à juste titre dénoncé les politiques successives qui ont privilégié le développement de l’emploi à l’ouest et le logement à l’est. Cela se traduit aujourd’hui par un déséquilibre, par la migration quotidienne forcée de millions de franciliens, des trajets longs, la surcharge du RER A, avec ses « incidents » et ses retards exaspérants. Même si à terme le prolongement du RER E (Eole) au-delà d’Hausmann Saint Lazare vers La Défense et au-delà vise à diminuer le trafic sur le RER A en offrant une autre possibilité de desserte E-O la résorbtion du déséquilibre logement-emploi entre l’est et l’ouest parisien est une nécessité.
Toutes les politiques doivent viser à rééquilibrer l’offre de travail et à développer les activités économiques à l’est. C’est l’esprit qui a prévalu lors de la mise en place du CDT des Boucles de la Marne (Contrat de Développement Territorial) mis au point entre Bry sur Marne, Champigny sur Marne et Villiers sur Marne. Dans ce CDT il est prévu que les terrains de l’ancienne VDO (Voie de desserte associée qui devait à l’origine relier les autoroutes A4 et A6) soient affectés pour 25% seulement au logement et pour 75% au développement d’activités économiques. Or l’OIN (figure 2) prévoit d’installer 7900 logements. Certes la zone en question ne concerne pas que Champigny. Il est question de 148 hectares englobant des surfaces sur Noisy le Grand, Bry, Villiers, Chennevières, Ormesson Sucy en Brie et certains évoquent même une extension vers Gagny au Nord.. Dans cette superficie Champigny n’entrerait que pour environ 10%.

Ce projet d’OIN nous concerne

Mais il est important que les préoccupations, les objectifs développés en commun avec nos voisins de Bry et de Villiers soient pris en compte en particulier celui d’un effort en faveur des implantations économiques créatrices d’emploi.
Il ne s’agit pas d’une opposition à la politique de construction du gouvernement. Il s’agit de discuter, de faire valoir les projets développés dans le CDT, et l’engagement pris de construction de 380 logements par an par Champigny. Il y a construire et construire. Il y a à Champigny et c’est important une prise de conscience que des blocks de nouvelles cités, de villes dans la ville constitueraient une catastrophe urbaine; cela cantonnerait définitivement notre commune dans un rôle de ville dortoir. Nous ne le voulons pas. Les constructions (nécessaires) à venir seront intégrées dans la ville, proches des gares ou assurées d’un rabattement vers les gares par un réseau de bus nouveau (dont certains en site propre).
La discussion doit s’engager et aboutir, entre la volonté du gouvernement et nos propres ambitions il doit y avoir un accord. Discuter les grandes orientations d’une politique avec les communes et les intercommunalités relève de la gestion démocratique et peut concourir à trouver les meilleures solutions.

Deuxième tour: une gauche qui gagne toujours mais toujours de peu

Voilà un peu plus de trente ans que je réside à Champigny et le scénario aux élections locales, qu’il s’agisse de municipales ou de cantonales ne change pas. A chaque fois la droite annonce haut et fort qu’elle va gagner, que cette fois s’en est fini de la majorité de gauche, qu’elle a tous les atouts dans sa main, que son champion va faire cette fois des merveilles. Et c’est vrai qu’en trente ans j’en ai vu passer des champions de la droite, des Cherifi, des Derouineau, des Chriki, des Schmidt, des Jeanne et puis d’autres que j’ai oubliés. Et chaque fois on assiste au même scénario, la droite échoue à prendre le gouvernail. Elle n’échoue pas de beaucoup certes. Champigny n’est pas de ces villes comme il y en a d’autres en banlieues qui donnent de fortes majorités aux forces de gauche. A Champigny les résultats sont serrés mais à la fin c’est la gauche qui gagne.
Alors le beau chevalier blanc de la droite remet son épée au fourreau, remercie ses électeurs et annonce que juré, promis ce n’est que partie remise et que la prochaine fois on verra ce qu’on verra.
C’est exactement la teneur du communiqué de remerciements à leurs électeurs que M. Laurent Jeanne et Mme Aurore Thiroux ont fait apposer sur les panneaux électoraux après leur défaite au 2ème tour des départementales.
Moi qui suis un homme de gauche je ne vais pas me plaindre que la gauche gagne, mais j’aimerais comprendre la raison de cette caractéristique de Champigny : une gauche qui gagne mais (presque) toujours de façon relativement étriquée.
Est-ce que les résultats de ce deuxième tour des départementales 2015 apportent quelques éclaircissements à ce sujet?
Sur le canton Champigny 3 (addition des anciens cantons de Champigny Ouest, de Champigny Centre, et de la partie campinoise de l’ancien canton de Bry) on constate qu’il y a eu un peu moins de votants 12410 (43,82% des inscrits) contre 12430 (43,89% des inscrits) au premier tour.
C’est un chiffre de participation faible mais tout à fait habituel lors des cantonales (pardon départementales maintenant). On vote toujours plus pour les municipales (50,22% à Champigny en 2014) et surtout pour la présidentielle (75,5% au 1er tour de 2012). Lors des dernières cantonales la participation à Champigny ouest avait été plus élevée en 2008 (voisine de 50%) parce que les cantonales se tenaient le même jour que les municipales mais à Champigny Centre en 2011 la participation était particulièrement basse 34,28% au premier tour et 37,93% au second.
La participation à la départementale 2015 reste faible mais on n’a pas atteint les records d’abstention que laissaient prévoir certains articles de presse.
Sur la partie Champigny du canton 4 (Champigny Chennevières) qui correspond à l’ancien canton de Champigny Est la participation s’est élevée à 37,07% au premier tour et 39,02% au second, une progression qui peut s’expliquer par le fait que dans ce canton le résultat était plus incertain que dans le canton 3.
Dans le canton 3 la quasi stabilité de la participation ne doit pas masquer une réalité : les électeurs du second tour n’étaient pas tous des électeurs du premier tour. D’après de nombreux témoignages de membres des bureaux de 10 à 15% des électeurs du second tour n’avaient pas voté au premier et donc approximativement un chiffre équivalent des électeurs du premier tour s’est abstenu au second. Ces abstentionnistes du second tour ayant voté au premier se recrutent sans doute pour beaucoup parmi les électeurs FN qui ont appliqué à leur façon un ni-ni : ni la droite, ni la gauche.
Un certain nombre d’électeurs FN ont vraisemblablement rejoint le camp des électeurs du binome Laurent-Thiroux. Ceux-ci ont gagné 1563 voix entre les deux tours tandis que le binôme Favier-Le Lagadec en gagnait 716. Quelle est la part des voix FN dans les 1563 voix supplémentaires de la droite au second tour ? Difficile à dire. On peut observer que lors du 2ème tour des municipales 2014 un tiers environ des voix du FN au premier tour s’était reporté au second sur la liste de droite en un réflexe de vote utile (mais il restait une liste FN en lice pour le second tour). On peut estimer vraisemblable qu’environ 50% des électeurs FN du 1er tour se sont reportés vers Jeanne-Thiroux. Ceci signifierait d’ailleurs que les nouveaux électeurs du 2ème tour (ceux qui n’avaient pas voté au 1er) se sont portés de façon équivalente vers les candidats de gauche et ceux de droite. Les appels pressants de Laurent Jeanne à une mobilisation au 2ème tour contre les candidats gauche (avec une forte tonalité anticommuniste) n’ont pas déclenché une mobilisation spécifique à droite qui seule, ajouté à un report partiel de l’électorat FN, aurait permis au tandem Jeanne-Thiroux de refaire son retard du premier tour.
Encore note-t-on que les comportements des électeurs du FN varient selon les quartiers. Dans les bureaux 35 à 39 correspondant au quartier du Tremblay les gains de la droite au deuxième tour correspondent de façon assez précise à un report de la totalité des voix FN, par contre dans 3 bureaux de quartiers populaires le 19 (D. Casanova maternelle) le 20 (A. Thomas maternelle), le 21 (A. Thomas primaire) où le FN avait réussi des scores élevés au premier tour respectivement 23,46%, 22,93% et 22,95% les candidats de droite ne récupèrent au 2ème tour qu’une fraction assez faible du vote FN du premier tour.
Il semble que se confirme ainsi une observation faite déjà à l’occasion d’élections antérieures (les municipales de 2014) à savoir qu’il y aurait à Champigny 2 électorats FN, celui des quartiers pavillonnaires qui vote FN mais se rallie dans sa majorité à la droite conservatrice classique au second tour et un électorat FN des cités, qui marque sa déception et sa protestation en n’apportant pas son soutien à la droite dans un 2ème tour.
Dans la partie Champigny du canton 4 (Champigny Chennevières) la situation reste marquée par l’écart de participation entre les bureaux de vote des grands ensembles avec au premier tour des records d’abstention aux Mordacs et aux Bois l’Abbé (29,65% de participation à M. Thorez maternelle bureau 30, 27,94% à Solomon maternelle 2 et 27,97% à la Maison Pour Tous) contre des participations supérieures à 40% sur les bureaux des quartiers pavillonnaires.
Au deuxième tour la participation progresse de 4-5 points sur les bureaux des grands ensembles tandis qu’elle stagne ou régresse sur les bureaux des quartiers pavillonnaires.
Cette différence peut s’expliquer par
Une plus forte mobilisation au deuxième tour du potentiel électoral de gauche des grandes concentrations d’habitat social (Mordacs, Bois l’Abbé).
Un certain désarroi à droite du fait de la présence au 1er tour d’une autre liste de droite (celle de M. Hemmerle) ; Même si cette liste a fait un score faible sur Champigny, cette désunion a laissé des traces.
L’abstention au second tour d’une partie de l’électorat FN du premier.
Le FN a réalisé sur 3 bureaux de Coeuilly des scores supérieurs à 22% sur CMA Gérard Philippe (bureau 43) 25,00%, Romain Rolland Primaire B (bureau 27) 24,05%, Romain Rolland Primaire A (bureau 26) 22,17%
Dans ces bureaux le report des voix à droite s’effectue bien et les candidats de droite récupèrent à quelques unités près le total de leur score du premier tour+ le vote FN+ les voix du divers Droite.
Sur les 5 bureaux du Bois l’Abbé, malgré une participation en hausse au second tour les candidats de droite sont loin de recueillir la totalité de leurs voix du 1er tour+ celles du FN et des candidats de droite dissidents.
On a donc, comme dans l’autre canton de Champigny un électorat FN des cités qui au 2ème tour se comporte différemment de celui des quartiers pavillonnaires.
Par contre il faut le souligner car cela n’était pas évident dans le contexte de la campagne, les électeurs socialistes du premier tour ont reporté massivement au deuxième tour leurs suffrages sur le binôme Kennedy-Audhéon devenus candidats uniques de gauche
A partir de ces résultats est-il possible de répondre à la question : le scénario qui veut qu’à Champigny la gauche gagne les élections locales mais en se faisant peur à chaque fois peut-il changer ? Un changement cela signifierait soit une victoire de la droite soit un succès large de la gauche.
Pour que la droite gagne il faudrait qu’elle puisse mobiliser à son profit ailleurs que dans certaines zones pavillonnaires donc gagner l’appui d’une fraction importante des locataires des grands ensembles. La démarche nationale de la droite, comme les programmes des candidats locaux de la droite classique rendent difficile un ralliement des résidents des grandes cités à une candidature de droite.
Le seul écueil à la prééminence de la gauche dans ces milieux pourrait être un développement du FN, récupérant les abstentionnistes désenchantés mais cette hypothèse ne semble pas d’actualité.
Enfin pour que la gauche s’épargne des sueurs froides à chaque élection il faudrait qu’elle renforce son influence dans les quartiers pavillonnaires. Cela passe par une meilleure appréciation de la réalité de ces quartiers, des aspirations des couches qui les composent et une politique d’association plus étroite à la vie locale. Ce n’est pas impossible. Politiquement, socialement ces couches ne sont pas antagonistes des habitants des cités.