Mais qu’est ce qui a fait gagner Gilles Carrez (LR) dans la 5ème circonscription?

Au cours du mois de Juillet, en pleine période de vacances on a appris que Mme Nadine Ret candidate LREM (Les Républicains En Marche) déposait un recours contre les résultats de l’élection législative du dimanche 18  juin 2017 (2ème tour) dans la 5ème circonscription du Val de Marne (Champigny centre, Champigny est, Bry sur Marne, Le Perreux, Nogent  sur Marne) où elle avait été battue de 330 voix seulement au second tour par M. Gilles Carrez (LR : Les Républicains). Le propos ici n’est pas d’argumenter sur la validité ou non du recours déposé par Mme Nadine  Ret, les tribunaux et en dernier recours le Conseil d’Etat en décideront.

On souhaite simplement comprendre  comment les électeurs d’un tour à l’autre ont fait que M. Gilles Carrez, député sortant (LR : Les Républicains) distancé de plus de 4.000 voix au premier tour par Mme Nadine Ret (LREM : La République en Marche) ait pu finalement l’emporter de 330 voix au second tour.

Rappelons  les résultats 1er tour 11juin

Inscrits : 89 457
Votants : 43 497 / 48,62%
Exprimés : 43 017 / 98,90%
Abstention : 45 960 / 51,38%

 

Nadine RET (LREM) 15.962 /37,1%             Gille CARREZ (LR) 11.898 /27,7%

Raphaëlle MARTINEZ (France Insoumise) 4397 /10,2%  Christian FAUTRE (PCF) 3263 / 7,6%

Isabelle HUGUENIN-RICHARD (FN) 2 625  /6,1%

Caroline ADOMO (PS) 2066 /4,8%               Marie José DELOIRE (Ecologiste) 821 / 1,9%

Et 8 autres candidats ayant recueilli ensemble un total de 1985 voix soit 4,6% des suffrages exprimés

 2nd tour 18 juin

Inscrits : 89 457
Votants : 37 034 / 41,40%
Exprimés : 33 960 / 91,70%
Abstention : 52 423 / 58,60%

Gilles CARREZ Les Républicains    17 145 voix soit 50,5% élu

 

Nadine RET La République En Marche       16 815 voix soit 49,5%

 

Le nombre des suffrages exprimés a baissé de 43017 à 33960 (-9057) du 1er au 2ème tour mais M. Carrez a gagné entre les deux tours 5247 voix  tandis que sa concurrente n’en a gagné que 853 !

  1. G. Carrez est un homme politique d’expérience et son savoir-faire politique l’a déjà sorti d’un mauvais pas. Lors des législatives de 1997 donné archi-battu après le premier tour M. Carrez était arrivé à dépasser son adversaire de gauche au second tour. Beau succès mais tempéré par le fait que l’adversaire en 1997 était M. Jean Louis Bargero, maire PCF de Champigny. Le réflexe anticommuniste avait été assez puissant dans l’électorat de droite à Bry et au Perreux pour assurer une forte mobilisation et déterminer le succès final de M. Carrez. La situation en 2017 se présentait différemment.

Quelles peuvent être les raisons de la victoire de M. Carrez, de ce différentiel massif en sa faveur lors du second tour ?

Deux éléments ont joué un rôle prépondérant

1/ A droite après le premier tour il existait un réservoir important d’électeurs qui ne s’étaient pas mobilisés à ce stade.  L’ancienneté de l’ implantation locale de M. Carrez et l’activité militante de structures politiques organisées autour de lui, tout cela a facilité une mobilisation exceptionnelle au 2ème tour. Le contexte était totalement différent pour Mme Ret et un mouvement politique (En Marche) qui n’avait que quelques mois d’existence. La promesse d’un succès qui paraissait inévitable au vu des résultats du premier tour a d’autre part, semble-t-il, démobilisé les militants d’En Marche !

2/ la position du PCF et de la France Insoumise qui ont appelé à l’abstention ou au vote blanc et ceci de façon très active à Champigny où l’influence sur le résultat parait déterminante.

Le ni-ni a été dépassé et les arguments apportés (en particulier dans un tract du PCF très largement diffusé) visaient uniquement la candidate En Marche sur la 5ème. Un véritable combat à fronts renversés si on en juge par l’itinéraire politique de M. Carrez. Ce positionnement du PCF et de la France Insoumise a clairement favorisé l’élection d’un député de droite, soutien de la première heure de M. Fillon, et auteur de projets de lois sur la construction et le logement particulièrement contestés par la gauche.

On est en droit de poser un certain nombre de questions sur les raisons objectives de ce soutien.   .

1/ La capacité de M. Carrez à rassembler est restée intacte et cela est vrai dans toutes les communes comme en témoignent les données ci-dessous.

Progressions et/ou reculs des 2 candidats entre les deux tours

Commune par commune

Bry sur Marne

1er tour                                             2èmetour                                  Δ

  1. Carrez                                              1860    30,58%               2458    49,12%     +592 +18,64%
  2. . N. Ret                                              2541     41,77%             2548    50,88%        +   7     +9,11%

 

Champigny sur Marne

1er tour                                                           2ème tour                                  Δ

  1. Carrez                       1755 13,92%                          3574    41,54%           +1819  +27,62%
  2.   . N. Ret                   3858     30,60%                       5030    58,46%           + 1172 +27,86%

 

Le Perreux

  1. Carrez                          4913    39,48%                       6578    61,48%           +1655  +22,00%
  2. . N. Ret                        4251     34,16%                       4122    38,52%              -129  +5,26 %

 

Nogent sur Marne

  1. Carrez                    3370       28,30%                       4635    46,99%           +1265  +18,69%
  2. . N. Ret                   5312       44,70%                       5117    53,01%              -195  +8,31 %

 

Les gains en voix de M. Carrez sont importants partout et ceci dans un contexte d’abstentionnisme accru. Ce sont des abstentionnistes du 1er tour, mobilisés au 2ème  qui ont construit le succès de M. Carrez.

Par contre de façon éclatante Mme Ret s’est trouvé dans l’incapacité de rassembler au-delà de son électorat du premier tour. Pire elle obtient moins de voix au Perreux et à Nogent sur Marne au second tour qu’au premier, une évolution très rare et qui intrigue. Comment des électeurs ayant fait la démarche de voter En Marche au premier tour ont-ils pris la décision de s’abstenir ou de voter pour les Républicains au second , une semaine plus tard? Une évolution qui intrigue (et qu’on observe aussi dans 2 bureaux de vote à Champigny).

2/ L’influence  des prises de position du PCF et de France Insoumise.

Les appels du PCF et de France Insoumise à choisir l’abstention ou le vote blanc au deuxième tour en refusant de choisir entre G. Carrez et N. Ret  ont pénalisé exclusivement la candidate d’En Marche ; Il n’y avait pas de symétrie dans ce ni-ni. Comment, en effet, imaginer que des électeurs PC ou FI du premier tour auraient pu être tentés de voter au second pour M. G Carrez dont les positions de droite sont bien connues des campinois, tandis que, par opposition, par réflexe « anti-droite », la ligne « centriste » affichée par la candidate « En Marche » pouvait séduire, faute de mieux, des électeurs PC ou France Insoumise du 1er tour.

C’est dans les résultats des bureaux de vote de Champigny qu’il parait le plus facile de mesurer les effets de ces prises de position sur les votes. C’est dans cette commune en effet que ces deux formations ont obtenu au premier tour des résultats suffisamment importants pour que leur prise de position ait pu avoir un effet significatif.

Au premier tour sur les bureaux de vote campinois de la 5ème circonscription C. Fautré (PCF) avait obtenu 2473 voix (19,62%) et R. Martinez (La France Insoumise) 1864 voix (14,79%).

Au premier tour C.Fautré avait obtenu 2,33% des suffrages exprimés à Bry sur Marne, 2,59% au Perreux et 2,74% à nogent sur Marne tandis que Raphaëlle Martinez y obtenait respectivement 8,19%, 8,69% et 8,03%.

Première constatation à Champigny comme on pouvait s’y attendre la baisse du nombre des suffrages exprimés n’affecte en rien la progression de M. G. Carrez (+1819 voix)

C’est dans les bureaux ou la baisse du nombre des suffrages exprimés a été la plus faible qu’il réalise ses meilleures progressions en voix ce qui traduit bien le fait que l’augmentation du nombre des suffrages qui se sont portés sur son nom résulte d’une mobilisation nouvelle d’électeurs qui s’étaient abstenus au 1er tour.

Le score de la candidate En Marche souffre lui de la baisse de la participation de façon inégale selon les bureaux.

L’appel de France Insoumise à ses électeurs du premier tour à s’abstenir ou à voter blanc au second tour a été particulièrement efficace.

Le comportement des électeurs PCF du premier tour a été beaucoup plus erratique

 

 

 

 

 

 

 

Il semble même acquis que la moitié des électeurs PCF du 1er tour ont apporté leurs voix à la candidate En Marche au second tour.

Ils ont obéi à un vieux réflexe « battre la droite » et ont désavoué la position défendue par la section locale du PCF.

Les électorats du PCF et de La France Insoumise ont ensemble apporté leurs suffrages à Jean Luc Mélanchon lors de la Présidentielle mais ils ne sont pas identiques dans leurs comportements on a trop souvent tendance à l’oublier.

La campagne particulièrement vive du PCF à Champigny contre le vote En Marche au second tour parait décalée par rapport à son électorat

EN CONCLUSION

Quelles sont les motivations réelles des prises de position du PCF et de la France Insoumise ?

Le contexte politique de Champigny sur Marne est tout à fait particulier. La commune a une municipalité de gauche depuis plus de 100 ans (1913) à l’exception de la période de la seconde guerre mondiale. Depuis 1947 la municipalité de gauche est dirigée par le PCF et a vu se succéder 4 maires René Desvillettes (1947-1950) Louis Talamoni (1950-1975), Jean Louis Bargero (1975-2004) et depuis cette date le maire actuel Dominique Adenot. Champigny est une ile communiste au milieu de communes de droite : Saint Maur, Joinville, Nogent sur Marne, Le Perreux, Villiers sur Marne, Le Plessis Trévise, Chennevières.

Cet »encerclement » pourrait paraitre source de danger pour la municipalité communiste confrontée à un environnement hostile. Il n’en est rien.

Champigny est une ville importante (77.000h) un maire de droite aurait un poids considérable et perturberait l’équilibre existant entre les différents caciquess qui dominent la droite du nord Val de Marne.

La « sagesse » de la droite lui conseille donc l’immobilisme.

Le PCF est parfaitement conscient de cette situation. Lui aussi a intérêt à ce que rien ne change. La 1ère et la 5è circonscription qui englobent Champigny sont composées de telle façon qu’elles sont ingagnables pour le PCF sauf à imaginer un tremblement de terre politique.

A la droite les députations, au PCF la politique municipale à Champigny. Sans que soit conclu aucun accord formel, chacun de son côté a analysé la situation et en est arrivé à l’idée que la meilleure solution était que les choses restent en l’état.

Mais les partis politiques ne maîtrisent pas les changements de société, l’évolution des désirs. Des mutations sont en route. La population de Champigny se transforme, rajeunit, a des aspirations fortes à plus de démocratie locale, à la sauvegarde de son environnement, à la modernisation de la vie municipale, sans renier les avancées sociales existantes mais en les améliorant par une meilleure adaptation à des besoins qui eux aussi évoluent. L’immobilisme n’est pas une solution dans une ville qui bouge.

 

Post Scriptum On s’est intéressé exclusivement aux résultats de la partie de Champigny sur Marne relevant de la 5ème circonscription (quartiers centre et est) et laissé de côté la partie de la ville relevant de la première circonscription (quartiers ouest, bureaux de vote 1 à 10 et bureau 40)

A cela il y a des raisons simples. Le secteur de Champigny relevant de la 5ème circonscription compte 32.048 inscrits (75% des électeurs de la commune) contre 10.682 pour le secteur relevant de la 1ère circonscription . Les résultats de ce secteur sont donc plus représentatifs pour notre commune, politiquement.

De plus Champigny dans la 5ème  avec ses 32.048 inscrits(35,81%) sur un total de 89.457 pèse plus sur le résultat que les 10.682 inscrits de Champigny ouest (12,58% du total) dans la 1ère circonscription.

L’observation fine, bureau de vite par bureau de vote sur ce secteur campinois de la 1ère circonscription tend à montrer que le comportement des électorats PCF et La France Insoumise n’est pas sensiblement différent de ce qu’il a été dans  l’autre secteur de Champigny.

Seules différences et elles ont été décisives le candidat LR M.André Kaspi n’a pas été capable, à la différence de M. Gilles Carrez, de créer une mobilisation suffisante de l’électorat de droite en sa  faveur tandis que le candidat de La République en Marche M. Frédéric  Descrozaille, réussissait lui à élargir son électorat du 1er tour et était élu.

La 1ère circonscription du Val de Marne, jugée imperdable par la droite, mais où le député sortant M. Barroz (LR) ne s’était pas représenté pour se consacrer à sa charge de maire de St Maur, choisissait donc un député La République En Marche.

 

 

 

 

 

 

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