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Succès brillant de F. Hollande à Champigny au 2ème tour mais pour les législatives rien n’est joué

Les résultats du deuxième tour de l’élection présidentielle sur Champigny sont très positifs pour la gauche et son candidat François Hollande. Alors qu’au premier tour l’ensemble des candidats classés à gauche rassemblaient (NPA+LO+ Front de Gauche+ Europe Ecologie+ Parti Soc.) 17688 voix et 57,91% des votants au second tour François Hollande a recueilli 19440 voix et 63,09% des suffrages exprimés. Un résultat meilleur que celui de Mme Ségolène Royal qui en 2007 avait recueilli à Champigny au deuxième tour 18292 voix et 56,21%.

Evidemment la défaite est amère pour la droite et M. Sarkozy. Lors du deuxième tour de la présidentielle de 2007 il dépassait 50% des exprimés dans 9 bureaux (les 9, 10, 17, 26, 27, 28, 29, 37 et 38), en 2012 seuls 2 bureaux de Coeuilly l’ont placé en tête  ( le 26 et le 27)

La participation au second tour a été plus élevée qu’au premier. 78,37% des votants se sont déplacés pour voter  contre 75,39% au premier soit un gain de participation de 3 points. Ce gain ne doit pas masquer un double mouvement qu’ont constaté les différents présidents et assesseurs de bureaux de vote que nous avons pu interroger. Si un nombre supérieur d’électeurs se sont déplacés pour participer (entre 5 et 10% maximum des inscrits selon les bureaux) on a aussi constaté qu’un nombre moins important mais non négligeable d’électeurs du 1er tour (entre 2 et 5%) ne se sont pas venus voter au second.

De l’ordre de 90% des électeurs ont donc participé aux 2 tours. Ce chiffre est suffisant pour permettre des estimations sur les mécanismes de report de voix mais induit  une marge d’incertitude dont il faut tenir compte.

Le pourcentage de blancs ou nuls est passé de 493 au premier tour (1,59% des votants) à 1468 (4,55% des votants) au deuxième tour soit une augmentation de 975 bulletins.  Certains ont vu dans cette augmentation une conséquence de la décision proclamée  par Mme le Pen de mettre pour sa part un bulletin blanc dans l’urne. Ce chiffre de 975 blancs ou nuls est toutefois très inférieur au nombre de suffrages obtenus par Mme le Pen au premier tour soit 3890.

Lors de chaque élection présidentielle il y a augmentation des blancs ou nuls entre les deux tours certains électeurs du premier tour refusant le choix imposé entre les deux candidats sortis en tête du 1er tour. Lors de la présidentielle de 2007 par exemple le nombre des blancs et nuls sur Champigny est passé de 381 (1,12% des votants) au premier tour à 1122 (3,33%) au second. L’influence de Mme Le Pen sur son électorat parait avoir été limité 10 ou 20% de ses électeurs ont suivi ses consignes (20% si on tient compte de ceux qui ne se sont pas déplacés).

Ou sont donc passés les électeurs du Front National ?

 

Et bien c’est simple les électeurs du Front National ont massivement voté pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour. Nicolas Sarkozy gagne en effet 5103 voix entre les deux tours.

Le graphique ci-dessous comparant bureau de vote par bureau de vote les gains de M. Sarkozy montre une relation assez nette. Si tous les électeurs du Front National au premier tour avaient voté pour N. Sarkozy les points représentatifs seraient sur la médiane. Ils sont légèrement décalés vers la droite car N. Sarkozy a sans doute bénéficié de l’apport de voix d’électeurs qui se sont mobilisés pour le second tour.

 


 

             

Graphique montrant le rapport entre suffrages obtenus par M. Le Pen au 1er tour (axe vertical) et gain de voix de N. Sarkozy entre les deux tours (axe horizontal)

 

Note :  1ère série désigne les bureaux du canton ouest ; 2è série ceux de Champigny centre, 3è ceux de Champigny Est et 4è ceux du canton de Bry/

 

En face on l’a dit François Hollande a rassemblé largement à gauche. Il dépasse 75% des exprimés aux Mordacs et de 83,99 à 85,23% sur les 3 bureaux du Bois l’Abbé où on a voté massivement comme à la présidentielle de 2007 alors que les autres élections mobilisent bien moins. Ces chiffres traduisent autant un rejet de Nicolas Sarkozy qu’un appui à François Hollande.

 

Certains ont-ils préféré la pêche à la ligne ce 6 mai ?

 

François Hollande améliore le total des voix de gauche et d’extrême gauche sur tous les bureaux sauf un (bureau 19, maternelle Casanova correspondant pour l’essentiel au grand ensemble des Boullereaux) où M. Mélanchon avait obtenu son meilleur score (33%). Ses gains par rapport au total des voix de gauche et d’extrême gauche sont faibles sur deux autres bureaux où Jean Luc Mélanchon avait fait ses deux autres meilleurs résultats. Peut-on en déduire qu’une partie des électeurs du Front de Gauche a montré une certaine réticence à reporter son vote sur le candidat socialiste ?

 

Et les électeurs de Monsieur Bayrou qui ont-ils choisi ?

 

Par contre il semble que M. Bayrou ait bien apprécié l’état d’esprit de ses électeurs en indiquant qu’il votait pour F. Hollande. Certes le MoDem n’est pas un élément majeur de la politique campinoise puisqu’il ne dépasse 10% que dans 5 bureaux. Le report n’est sans doute pas complet. Le pourcentage des électeurs du Modem qui ont reporté leurs voix sur F. Hollande parait toutefois non négligeable dans certains bureaux. Le bureau 37 (Primaire Jean Jaurès) où M. Bayrou avait obtenu 90 voix (10,91%) donne ainsi au 2ème tour à François Hollande 75 voix de plus que le total des voix de gauche au premier tour.

 

Ne pas tirer de plans sur la comète

 

D’ici un mois les campinois auront à se prononcer à nouveau lors des élections législatives. Même tenues dans la foulée et le plus souvent accordant au camp du président récemment élu une prime de confiance, les législatives sont très différentes et les résultats ne se transposent pas, ne serait que parce que la participation des électeurs est bien plus réduite.

 

En 2007  83, 80 % des électeurs s’étaient déplacés au 2è tour de la présidentielle, un mois plus tard il n’était plus que 56,15% au premier tour des législatives et 53,45% au second tour (pour les parts des 2 circonscriptions qui concernent notre ville). Aussi faut-il prendre avec beaucoup de prudence le carte publiée ce mardi 8 mai par le Parisien, carte qui qui coloriait en rose la circonscription de M.  Gilles Carrez. On ne peut comparer une présidentielle et une législative tant par les choix faits que par la participation tout a fait différente.

Rien n’est vraiment joué.

 

 

Champigny: un scénario politique qui peut devenir passionnant (réflexions sur le 1er tour de la présidentielle 2012)

 

Les résultats nationaux sont connus de tous. Champigny ne se trouve pas sur une planète éloignée, n’est pas à l’écart des grandes tendances qui se sont exprimées lors du scrutin du 22 avril. Toutefois notre ville a ses caractéristiques propres et il semble intéressant de les distinguer et de voir quelles en sont les conséquences.

Pour cela il faut comparer ce premier tour à des élections présidentielles antérieures. On ne peut en effet comparer entre elles que des choses comparables. L’essentiel des comparaisons doit se faire avec les élections présidentielles de ces 20 dernières années (1995-2002-2007 et 2012). Toute comparaison avec les législatives, les européennes, les régionales, les municipales est biaisée parce que les enjeux sont différents et parce que la participation électorale varie énormément. Qu’on en juge

Lors des derniers scrutins l’abstention à Champigny s’est élevée à 43,86% lors des législatives 2007,  45, 06% lors des municipales 2008, 64,78% chiffre record lors des européennes 2009 contre seulement 15, 22% au premier tour  de la présidentielle 2007 et 24,61% à ce premier tour 2012.


                   L’abstention est une forme de réponse politique


L’abstention que les instituts de sondage avaient prévue très forte est certes à Champigny plus élevée qu’en 2007 mais du même ordre que celle de 1995 (25,50%) et plus faible que celle de 2002 (un record pour une présidentielle avec 35,08% d’abstentions à Champigny).

L’abstention, on l’a souvent répété ici, est un acte politique majeur. Elle ne traduit pas une indifférence ni même un rejet ( tous les mêmes ). Le fait même que l’abstention varie tant signifie bien qu’elle est un mode d’expression politique. Les électeurs ont une conscience réelle aigüe, même si ils ne l’expriment pas, des lieux où se prennent les décisions les plus importantes, les plus directes pour eux. La présidence de la République, dans le contexte constitutionnel de la 5è République, en est l’exemple par excellence. Il est normal que ce soient les élections législatives et municipales (le maire est un personnage important au point de vue décisionnel) qui viennent en seconde position pour mobiliser les électeurs.

La très forte abstention aux élections européennes (64,78 en 2009) est significative du fait que les électeurs ne comprennent pas clairement à quoi « sert » l’assemblée de Strasbourg. Combien seraient capables de préciser le rôle de cette assemblée par rapport à la Commission de Bruxelles ?

L’abstention ne se fait pas au hasard. Ses variations au fil des différents scrutins jette un éclairage significatif sur la représentation que se font les citoyens de l’importance relative des différentes instances..

A Champigny, l’abstention ne varie pas seulement dans le temps. Elle  varie beaucoup aussi d’un bureau de vote à l’autre, en fonction de la sociologie des quartiers. D’une façon générale on vote plus dans les bureaux situés dans les zones pavillonnaires que dans ceux qui regroupent les habitants des grands ensembles de logement sociaux. Ce 22 avril n’a pas échappé à la règle. Les chiffres de participation les plus faibles (inférieurs à 70%) concernent 4 bureaux de grands ensembles (32, 33, 34 au Bois l’Abbé et 30 aux Mordacs). Toutefois la différence entre le bureau où on a le moins voté (bureau 34 Jacques Solomon Maternelle au Bois l’Abbé) et celui où la participation a été la plus forte ( bureau 9, maternelle Jacques Decour) est de 12,8 points tandis qu’aux régionales et aux européennes entre ces bureaux le différentiel dépassait 20 points. Aux présidentielles (et cela était déjà vrai en 2007 lors de la précédente présidentielle) l’augmentation de la participation citoyennes, la mobilisation est plus forte dans les quartiers les plus populaires.

Les chiffres du Bois l’Abbé restent certes faibles par rapport à la moyenne de la commune ils représentent quand même un saut quantitatif énorme par rapport à d’autres élections. Sur le bureau 34 (Bois l’Abbé) la participation, la plus basse de la ville avec 68,05% de votants témoigne d’un saut exceptionnel par rapport aux régionales de 2010 où elle s’établissait à 27,63% ou aux européennes de 2009 où avec 24,85%  elle était à plus de 40 points en dessous.

Entre les présidentielles récentes, celles de 2007 et de 2012 quelles variations peut-on observer ? Globalement, on a moins voté ce 22 avril à Champigny que lors du 1er tour de la présidentielle 2007. La baisse est de près de 10 points (75,30% de votants au lieu de 84,78%)

Il n’y a pas de différence majeure dans la diminution de la participation entre les bureaux de votes. Cette diminution, entre 7 et 13%,  touche plus particulièrement semble-t-il les bureaux de vote des grands ensembles avec une augmentation de 13,76% au bureau 30, 11,38% au 29 (2 des 3 bureaux du Bois l’Abbé) mais aussi de 11,16%  sur le bureau 26 (Romain Rolland Primaire A) un quartier pavillonnaire qui donne classiquement de forts pourcentages à la droite.(et celui ou M. N. Sarkozy réalise son meilleur résultat sur Champigny). Il n’est pas possible de préciser les raisons qui motivent les variations de participation entre les différents bureaux.

 

M. Sarkozy au plus bas

Le candidat de l’UMP réalise sur Champigny un score particulièrement faible. Il ne recueille que 6929 voix et 20,52% des exprimés contre 8965 voix et 26,64% en 2007 soit une perte de 2036 voix et de 6,12%.

Cette perte n’est pas homogène selon les bureaux de vote. Il perd en voix et en pourcentage sur tous les bureaux de vote sans exception, qu’il s’agisse des bureaux ou il dépassait les 30% au premier tour de 2017 ou de ceux dans lesquels il dépassait faiblement 10%. Ce recul n’est pas uniforme. Il ne perd que 1,47% sur le bureau 10 (Maternelle J. Decour) où avec 29,45% il réalise un de ses 3 meilleurs scores sur Champigny (les deux autres étant à Coeuilly (Romain Rolland A 32,86% et B 31,35%) mais le recul est de 9,01 au bureau 19 (D. Casanova, cité des Boullereaux) de 9,91% au bureau 25 (maternelle P.V Couturier) et de 9,23 au bureau 30 (Maurice Thorez, cité des Mordacs).  Classiquement à Champigny lorsque la droite dite « classique » perd en influence sur les quartiers populaires il y a suivant l’expression maintenant acceptée en politique « siphonnage » de ses voix par le Front National. Dans le bureau de la cité des Boullereaux (Danielle Casanova) par exemple il y avait jusqu’en 2011 un transfert des voix de l’UMP vers le FN et réciproquement lors des différentes élections. Ce n’est plus totalement vrai aujourd’hui. Certes sur ces bureaux le FN progresse mais pas plus qu’ailleurs et sa progression est inférieure aux pertes de l’UMP. Le « siphonnage » n’est plus le facteur majeur des transferts de voix à droite. Les choses sont plus complexes.

Le FN progresse certes à Champigny mais d’une façon plus limitée qu’au plan national. De 2007 à 2012 à Champigny le FN passe de 2728 voix à 3896 voix et de 8,16% à 12,76% des exprimés (+3,60%). Il reste faible, inférieur à 10% des exprimés sur les bureaux de la cité du Bois l’Abbé  (+ 1,34%, + 0,25% et +0,34% dans les bureaux 32, 33 et 34).

Ailleurs il progresse régulièrement de quelques pour cents (2 à 5) sauf dans quelques bureaux où il réalise ses meilleurs scores comme à Bassis Maternelle où avec 14,02 %  il progresse de 6,16% (+39 voix), Cuisine Centrale 14,50% avec une progression de 5,50% et 39 voix, Centre de Loisir Joliot Curie 17,87% (+6,48% et +32 voix) Maternelle Albert Thomas  avec 20% (+8,69% et + 73 voix) tous des bureaux du Centre Ville et à Coeuilly à Romain Rolland Primaire B ou il obtient 16, 98% (+ 8,96% et +78 voix).

Dans trois bureaux de vote du centre ou l’électorat vient essentiellement des cités HLM (Centre de Loisir J. Curie ,Danielle Casanova et Maternelle A. Thomas) Marine le Pen  devance Nicolas Sarkozy. A Joliot Curie avec 17,87% elle talonne même Jean Luc Mélanchon (18,01%).

L’implantation du FN à Champigny se renforce donc électoralement dans les cités anciennes du centre-ville et dans les quartiers pavillonnaires de Coeuilly (Romain Rolland primaire B). La cantonale de l’an dernier le laissait prévoir. Le FN avait démontré qu’il pouvait se prévaloir d’une influence politique certaine. En présentant un parfait inconnu, en basant sa campagne sur l’affichage du portait de sa présidente Marine le Pen, le FN avait détourné avec succès la cantonale pour en faire un test de sa force nouvelle, réussissant à éliminer du 2è tour l’UMP et le PS !

A l’époque on écrivait sur ce blog :

« On constate que dans certains bureaux  l’abstention relativement plus faible correspond à un niveau élevé du vote en faveur du Front National. Les deux bureaux qui ont les plus fortes participations : le bureau 14 Tabanelli (40,81% de votants) et le bureau 20 Albert Thomas Maternelle (38,05% de votants) sont aussi ceux où le Front National enregistre ses meilleurs résultats (respectivement 19,95 et 24,62%). Alors que classiquement sur Champigny on assistait à un système de vases communicants  entre la droite classique et le Front National autre chose commence à apparaître. Certes le système des vases communicants fonctionne toujours  au bureau 19 (Casanova Maternelle= Les Boullereaux). Sur ce bureau la droite à toutes les élections obtient globalement 25 à 30% des voix ceci selon les votes au profit tantôt de la droite classique tantôt du Front National. A ce scrutin ci c’est le FN qui avec 19,52% des voix a siphonné  les voix de l’UMP (5,71% seulement !).

Mais dans d’autres bureaux comme Tabanelli ou Albert Thomas Maternelle il s’agit de quelque chose de différent et de nouveau. Des abstentionistes potentiels se sont mobilisés pour venir déposer un bulletin du Front National dans l’urne. »

 

Le Front National s’enracine politiquement à Champigny. Pour le moment il ne semble pas à avoir réussi à y implanter une structure politique avec des militants connus et des responsables comme cela avait été le cas brièvement au début des années 90.

Avec un FN certes en progression mais qui n’est pas implanté localement, une UMP en recul et très divisée à Champigny par les séquelles des querelles internes la droite est affaiblie à Champigny.

L’essentiel de l’histoire politique des années prochaines parait devoir se jouer à gauche.

L’enjeu de l’élection présidentielle à Champigny se jouait entre Mélanchon et Hollande.

Il y avait certes d’autres candidats à gauche. La seule personnalité qui aurait pu prétendre jouer un rôle était Mme Eva Joly, candidate d’Europe-Ecologie Les Verts. EE-LV avait obtenu des résultats très intéressants lors des dernières consultations avec 13,68% lors des régionales de 2009, 17,80% et 2691 voix lors des européennes de 2010.

Patatras. Eva Joly ne retrouve que 663 voix et 2,17 % à la présidentielle de 2012 moins que l’addition des voix de Dominique Voynet (543) et de José Bové (364) qui à eux deux avaient réuni 2,69% des voix ce qu’on croyait à l’époque être l’étiage de l’écologie politique.

Que s’est-il passé ? Il n’est pas possible de comparer deux élections différentes. Les régionales et les européennes ont mobilisé moins d’électeurs (les taux de participation varient de moins de 40% pour ces élections à 75-80 pour les présidentielles). Les motivations des électeurs y étaient différentes. Ces élections régionales et européennes restent encore floues pour les électeurs. Leurs résultats sur leur vie ne sont pas évidents et cela leur permet d’exprimer un certain nombre de choses sans contrainte, de faire passer des messages. Les succès de EELV et de Mme Joly en 2009 et 2010 s’expliquent par le souhait des électeurs de demander certes une meilleure prise en compte des problèmes de l’environnement, mais aussi de manifester leur lassitude vis à vis des méthodes des partis traditionnels, de montrer qu’ils aspirent à une autre façon de faire de la politique, que les affaires de fric qui collent à la peau de tant de politiciens les dégoutent. Tout cela se retrouvait dans la personnalité de Eva Joly qui leur envoyait une image à l’opposé de celle des professionnels de la politique tandis que sa profession de juge, ses actions dans différentes affaires de corruption, pouvaient faire d’elle une candidate symbolique de la lutte contre les magouilles.

Pour importantes qu’elles restent ces aspirations n’étaient plus essentielles au moment d’élire le Président de la République, alors que les débats portaient prioritairement sur les effets de la politique du président sortant, sur le bilan du quinquennat. C’est pour cette raison que dès septembre 2011 les sondages ont crédité Eva Joly d’un score assez faible, de l’ordre de 5% (mais finalement Jean Luc Mélanchon ne bénéficiait pas d’une cote différente au départ).

La maladresse des accords EELV-PS en vue des législatives qui enlevaient avant même la campagne beaucoup d’intérêt au vote EELV pour la présidentielle, les maladresses de néophyte de Eva Jolly, ces traits même qui lui avaient attiré des sympathies dans d’autres élections, se sont retournées contre elles car ce qui est aimable dans le cadre d’une élection parlementaire devient un motif de rejet quand il s’agit de choisir un chef d’état.

          

Le respect de l’expression libre des différences n’est pas encore une évidence pour certains militants de Champigny

A gauche donc deux champions, Jean Luc Mélanchon et François Hollande. Si au plan national le gagnant paraissait devoir être François Hollande, à Champigny la compétition pouvait être plus ouverte.

Champigny est certes une ville historiquement de tradition communiste mais les présidentielles ont d’autre règles que les municipales.

En 1995 Robert Hue (PCF) avec5878 voix et 20,73% faisait encore jeu égal à Champigny avec Lionel Jospin (PS) qui rassemblait 5.944 voix et 20,97% .

2002 voyait au plan campinois un net avantage pour Lionel Jospin (3972 voix et 16,74%) tandis que Hue n’obtenait que 2781 suffrages et 11,72%.

Le résultat était bien pire pour Marie Georges Buffet en 2007 puisque elle devait se contenter de 2.351 voix et de 6,99% des suffrages au premier tour tandis que Ségolène Royal était créditée de 10.375 voix et 30,83%.

On comprend que M. Dominique Adenot ait été particulièrement heureux, dimanche 22 avril au soir d’annoncer le résultat de M. Jean Luc Mélanchon sur Champigny 6.183 voix et 20,24% des suffrages.

Ce résultat est-il pourtant vraiment un succès ?

On peut faire quelques remarques.

Les votes pour M. Mélenchon débordent largement partout en voix et en pourcentage le score de Mme Buffet. Mme Buffet n’avait pas su s’imposer dans les bureaux populaires des grands ensembles. Elle réalisait des scores très faibles entre 6,3 et 8,5 % sur les quartiers populaires comme les 3 bureaux du Bois l’Abbé là ou M. Mélenchon obtient en 2012 de 22,06 à 26,83%. En 2007 Mme Buffet s’était fait voler la vedette dans ces bureaux massivement de gauche, comme dans d’autres du centre de Champigny par Mme Ségolène Royal qui y obtenait des scores entre 50,05 et 53,38%. M. Mélanchon a regagné des voix sur ces bureaux  comme sur tous mais les résultats de M. Hollande y sont comparables à ceux de Mme Royal (entre 50,91 et 54,99%). M. Mélenchon a donc renforcé la gauche dans ces bureaux stratégiques. Il en est de même dans presque tout Champigny même dans des bureaux dont la composition sociologique est différente. Au bureau 15 (Jean Morlet) en centre ville Mme Buffet avait obtenu 3,55% et Mme Royal 32,72% ; en 2012 M. Mélenchon obtient 14,70% des suffrages et M. Hollande avec 36,02% progresse par rapport à Mme Royal.

Il est clair que, à Champigny tout au moins, la candidature de M. Jean Luc Mélanchon a eu un effet positif pour les forces à gauche du PS et que ce succès ne s’est pas fait au détriment du PS.

La joie de M. Adenot dimanche soir n’était pas feinte mais il était sans doute préparé à cette éventualité d’un bon résultat du candidat du Front de Gauche. En 2009 déjà la liste du Front de Gauche aux Régionales n’avait-elle pas été créditée de 4267 voix et 26,40% des exprimés sur Champigny. Une élection certes fort différente mais du moins le concept de Front de Gauche et les idées développées avaient prouvé leur efficacité dans le combat électoral.

 Le danger pour le Front de Gauche peut en réalité venir de son succès même. Les résultats le prouvent. Les résultats du Front de Gauche débordent et de très loin le domaine d’influence du PCF. Le potentiel électoral du front de Gauche est sans doute même plus large que le résultat de J.L. Mélanchon car le vote utile a pu conduire un nombre non négligeable d’électeurs sensibles aux thèmes du Front de Gauche et à l’habilité de son candidat à préférer F. Hollande par souci de voter utile.

Un petit caillou toutefois dans la chaussure du Front de Gauche. Il n’a pas réussi à s’imposer face à Hollande dans les bureaux des cités d’HLM  même pas aux Boullereaux (où il réalise son meilleur score avec 33,29% mais où il est dépassé par Hollande (34,98%)

Le Front de gauche a un potentiel de développement appréciable mais à Champigny un danger le guette. Ce n’est pas faire insulte aux adhérents du Parti de Gauche qui constitue avec le PCF le Front de gauche de dire qu’à Champigny, tant en nombre, qu’en organisation ils ont un poids limité face au PCF. Il est à craindre, certaines traditions historiques sont là pour l’attester, que le PCF n’ait tendance à considérer le Front de Gauche comme sa chose et les résultats électoraux comme les siens. Une anecdote, un jeune Campinois très intéressé par l’émergence du Front de Gauche et souhaitant en savoir plus voire s’engager s’était adressé à un distributeur de tract place du Marché. Après quelque mots échangés il s’est vu conseiller de s’adresser pour plus de détail rue Guittard  à la section du PCF… Les vieilles habitudes ont la vie dure…

Le Front de Gauche peut être optimiste pour son avenir à Champigny sous réserve qu’il soit autre chose qu’une extension du PCF

Et François Hollande ? François Hollande et le PS peuvent être satisfaits du premier tour à Champigny. 10.460 voix et 34,25% cela constitue le score est le plus élevé jamais atteint par le PS à Champigny. F. Hollande obtient 85 voix et 3,45% de plus que Ségolène Royal au premier tour de 2007. Il ne recule en pourcentage par rapport à elle que sur 2 bureaux (-0,48% sur Romain Rolland B, un des bureaux le plus à droite de Champigny et de 1,48% sur Bassis maternelle). Il progresse partout ailleurs par rapport à 2007 à presque 55% sur le centre de loisirs Anatole France (Bois l’Abbé). Il réalise sa meilleure progression sur le centre de loisir Joliot Curie qui concerne surtout des HLM où avec 38,47% il progresse de 8,64% devant Jean Luc Mélenchon (18,01%) devançant Marine le Pen (17,87%) et N. Sarkozy (15, 85%)

Triomphe sans mélange alors pour le PS à Champigny ? Peut-être. Les socialistes campinois doivent eux aussi éviter certains écueils comme celui de croire que ces électeurs qui ont voté pour Hollande leur sont acquis. Rien n’est moins sur. Une certaine fraction de l’électorat de Hollande s’est déterminée sur la base du « vote utile ». Quelle fraction ? Difficile à dire mais le vote raisonnable et raisonné d’électeurs sensibles aux idées de Mélanchon se déterminant finalement pour Hollande n’est pas négligeable. Si le PS local n’intègre pas cette donnée à son analyse et ne donne pas à ces électeurs des raisons valables de croire en lui les prochaines élections pourraient être décevantes.

Au-delà du deuxième tour de la présidentielle d’autres élections se profilent : les législatives en juin et d’ici moins de deux ans en mars 2014 les municipales.

                                   

Certains prévoient déjà de prolonger le succès des présidentielles lors des législatives

Une droite amoindrie avec une UMP divisée, fractionnée et un FN en expansion mais sans relais visible localement. Une gauche avec une fraction EELV momentanément gommée du paysage mais qui pourrait se manifester à nouveau rapidement, un Front de Gauche qui a beaucoup d’avenir à condition de dépasser certaines routines, un Parti Socialiste qui devra savoir gérer ses succès. Finalement le théâtre politique à Champigny est plus animé qu’on ne pourrait le croire. Les acteurs ont un scénario à écrire. Il peut de venir intéressant.