1er tour des Régionales: Qui a vraiment gagné? + ajout 17/3

Les résultats des élections régionales à Champigny ne sont pas très différents de ceux d’autres communes de la banlieue parisienne. Ils sont caractérisés par une abstention massive (39,83% de votants seulement soit un recul de presque 19 points sur les régionales précédentes ( 58,77 % de votants) et de 12, 44 sur celles de 1998), un recul là aussi massif de l’UMP qui avec 2831 voix (17,53%) perd 166 voix (et 2,30%) par rapport à son score déjà médiocre des européennes et se retrouve à 9,11% en dessous du score de Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2007, Par rapport aux régionales 2004 l’UMP perd 1100 voix et 1,6 %. Cette perte parait limitée si on ne tient pas compte du fait qu’existait à l’époque une liste UDF menée par M. Santini qui avait recueilli 2310 voix et 11,04% des exprimés. M. Santini et l’essentiel de ses troupes ont ensuite rejoint l’UMP. On peut donc estimer que l’UMP perd environ 10% par rapport à son score de 2004. On note par contre (en pourcentage) un score très élevé du Front de Gauche qui obtient 4267 voix et 26,41% encore faut-il nuancer. En 2004 le Front de Gauche avait obtenu 4482 voix et 21,41% il ne doit sa progression en pourcentage qu’à une mobilisation plus forte semble-t-il de son électoral qui lui permet de limiter ses pertes à 215 voix. On note une bonne poussée du Parti Socialiste (21,11%) par rapport au résultat des européennes et un résultat intéressant d’Europe Ecologie (13,68%) qui s’installe durablement semble-t-il dans le paysage politique campinois.

Un des problèmes que pose l’analyse plus fouillée des résultats est celui du choix de l’élection de référence, celle à laquelle on peut le mieux comparer les résultats du 14 mars 2010. La logique voudrait que l’on compare des élections comparables et les données de référence seraient donc celles de l’élection régionale de 2004. A procéder ainsi on bute toutefois sur un certain nombre de problèmes. Depuis 2004 l’élection présidentielle avec la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 a changé un certain nombre de données du paysage politique. Par ailleurs en 2004 la liste Huchon regroupait sous une même étiquette le Parti Socialiste et Les Verts. L’apparition de Europe Ecologie en tant que liste indépendante et comme un acteur important de la compétition électorale contribue ainsi à modifier le contexte et à rendre difficile les comparaisons 2004-2010 d’autant qu’Europe Ecologie est un rassemblement qui va bien au delà des Verts. Dans le Val de Marne la liste Europe Ecologie ne comprenait que 50% de Verts, les autres candidats se réclamant de Gauche Citoyenne 94 , de mouvements associatifs etc. La présence en 2è position de Jacques Perreux, vice Président du Conseil Général qui a été précédemment élu sous l’étiquette PCF symbolisant cette diversité.

La comparaison avec les régionales de 2004 doit donc être faite avec prudence. On peut faire un rapprochement avec l’élection européenne de juin 2009 qui a l’avantage d’être plus proche de nous (9 mois) et de mettre en compétition des listes présentant des étiquettes politiques similaires à celles des régionales 2010.

La comparaison est certainement intéressante mais doit tenir compte de la différence de nature des scrutins. Les européennes représentent pour l’électeur quelque chose de lointain, d’assez abstrait. L’électeur est alors tenté d’exprimer une préférence un souhait. C’est ainsi que l’aspiration au changement de méthodes et de renouvellement des personnalités a conduit aux européennes à un gonflement des votes pour Europe Ecologie et au « vedettariat » de personnalités assez atypiques du sérail politique traditionnel comme Daniel Cohn Bendit ou Eva Joly.

Aux régionales par contre l’implantation locale des élus, leur connaissance des problèmes concrets (transports, éducation, logement), l’existence d’un réseau d’élus locaux ont favorisé les partis installés depuis longtemps dans le paysage politique. Le PS en a profité certainement. A Champigny le fait que la tête de liste du Front de Gauche soit Christian Favier, élu du canton de Champigny Ouest, apprécié pour son esprit d’ouverture a permis au Front de Gauche de faire mieux que l’électorat qui lui est totalement acquis. Sur le canton de Champigny Ouest C. Favier limite les pertes du Front de Gauche à 60 voix et gagne 4,45% en pourcentage. Par contre cet élément est évidemment défavorable à Europe Ecologie du fait de l’absence en son sein d’élus fortement ou anciennement implantés.

Un autre aspect de l’élection concerne la répartition de l’abstention. Elle s’établit  globalement à 60,17% à Champigny. Elle est un peu moins élevée qu’aux européennes de 2009 (63,18). La participation ne dépasse 50% que dans 2 bureaux de vote sur 38 le n° 10 (Jacques Decour maternelle) et le n° 24 (collège Paul Vaillant Couturier). La participation est inférieure à 33% (le tiers des inscrits ) dans 3 bureaux, un aux Mordacs ( n°30 M. Thorez maternelle) et 2 au Bois l’Abbé(n° 32 A. France maternelle 1 et n°34 J. Solomon maternelle 1) qui correspondent aux grands ensembles de logements sociaux En cela la physionomie de l’abstention reste celle classique des consultations électorale sur Champigny.

Globalement la gauche classique (Front de Gauche+ Parti Socialiste + Europe Ecologie) celle qui a le plus de chance de fusionner pour le second tour le 21 regroupe 61,2% des exprimés au premier tour contre 49,26 en 2004 (liste Huchon+ liste Buffet à l’époque). En fait la gauche perd quelque 424 voix entre 2004 et 2010 mais le différentiel d’abstention la favorise. Les électeurs de droite se sont abstenus massivement et cette abstention fait la différence donnant cette majorité de 61% alors que les scores habituels de la gauche de gouvernement sur Champigny oscillent suivant les élections entre 48 et 56%.

Comment se présente le second tour ?

Sur la base des résultats du premier tour la liste de gauche qui va se mettre sur pied en regroupant Parti Socialiste, Europe Ecologie et Front de Gauche devrait l’emporter facilement au deuxième tour. Bien sur théoriquement l’UMP possède une grosse réserve de voix parmi les abstentionnistes ce qui toujours théoriquement pourrait changer la donne mais on ne voit pas comment la majorité présidentielle pourrait trouver des arguments pour mobiliser en masse ces déçus du sarkozysme.

A gauche on sera attentif à la qualité des transferts, certains militants communistes n’ont pas hésité au cours de la campagne à déclare publiquement qu’en aucun cas ils ne donneraient leur voix à M. Huchon au second tour. Ce phénomène devrait toutefois rester très restreint et sans influence sur le résultat.

Et au cours des années à venir ?

Le premier tour des régionales n’a pas seulement signifié un échec important de la droite à Champigny.

Un autre évènement a son importance. Les cartes ont été redistribuées à gauche. Le Front de Gauche (et donc à Champigny il s’agit surtout du PCF ce n’est pas faire injure à ses partenaire de La Gauche de le dire) obtient avec 26, 41% un score rassurant qui en fait la principale force politique de Champigny.

Mais même si ce résultat peut le satisfaire il ne doit pas se cacher que, en même temps, le PS avec 21,11% et Europe Ecologie avec 13,68% ont rassemblé près de 34,79 % des votes exprimés. Le PCF n’est plus en situation dominante au sein de la gauche campinoise et cela est nouveau. La position hégémonique du PCF au sein de la gauche à Champigny est remise en question et des espaces nouveaux se créent.

Complément en date du 17/3

Certains lecteurs me reprochent de ne pas avoir parlé des résultats du FN. Comme dans d’autres communes du Val de Marne le FN progresse à Champigny par rapport aux européennes de 2009 puisqu’il passe de 682 voix et 4,51% à 1390 voix (donc plus que doublé) et 8,60% des exprimés ce qui le laisse loin de ses résultats des régionales précédentes de 2004 où il avait compté 2537 votes en sa faveur (12,12%) malgré la concurrence à l’époque d’une autre liste d’extrème droite (MNR) qui avait obtenu 246 voix et 1,18%.

L’électorat du FN à Champigny est de deux types. D’une part dans les bureaux des quartiers pavillonnaires une frange permanente d’extrême droite existe. C’est le cas des bureaux  27 et 28 (Romain Rolland primaire B, Romain Rolland maternelle) où le FN obtenait respectivement 95 (12,79%) et 84 (12,16%) aux régionales de 2004, et garde avec respectivement 51 (12,06%) et 51 (11,18%) une influence stable et d’autre part des grands ensembles de logements sociaux où le vote dominant est largement de gauche mais où la droite rassemble quand même de l’ordre de 25-30% des suffrages. Au sein de cette droite on assiste classiquement à un va et vient d’électeurs entre la droite classique (UMP) et l’extrême droite.

Le cas le plus typique est celui du bureau 19 (Danièle Casanova) où l’électorat est dans son immense majorité constitué par les résidents de la cité des Boullereaux.

En 2004 le FN a le vent en poupe et récolte 77 voix (13,82%) faisant jeu égal avec l’ UMP (80 voix et 14,36%), en 2009 lors des européennes le FN s’effondre avec 14 voix (5,04%) mais contrairement à ce qui s’était passé aux autres élections (par exemple à la présidentielle de 2007 ou le candidat Sarkozy avait mis le FN à genoux) l’UMP est trop discrédité et ne profite pas du transfert de voix du FN et descend à un niveau voisin du FN (15 voix et 5,40% pour l’UMP). Aux régionales de dimanche dernier le FN dans ce bureau confirme sa remontée avec 36 voix (10,14%) et l’UMP reste très faible (15 voix et 4,23%). Il semble que cette fois le jeu de balance habituel entre les 2 formations n’est pas joué. Il n’en reste pas moins que sur ce bureau le FN est en 3è position derrière le Front de Gauche (60,28%) et le PS (15,21%).

Ce bureau n°19 fait partie avec les bureaux 24 (Paul Vaillant Couturier) et le 33 (J. Solomon maternelle 2) des bureaux ou on observe une croissance relativement forte de la participation

 A Danielle Casanova (n°19) cette augmentation est très forte. Il y a 80 votants de plus qu’aux Européennes (+ 8,8% de participation) et le front de Gauche gagne 87 voix et 14,60% en pourcentage. Ce chiffre est encore plus remarquable  si on compare avec les résultats des régionales de 2004. Alors que le nombre des votants est passé de 582 à 366 (-216)  le Front de Gauche a gagné 47 voix et voit son pourcentage doubler passant de 29,98% à 60,28%.

Un résultat qui sort vraiment de l’ordinaire et qui mériterait certainement une étude plus détaillée…