2/2 L’UMP ramasse la mise à Champigny. Pourquoi?

Quelques mots sur ce deuxième tour. Deux UMP sortants, deux UMP réélus. Champigny ville qui a voté fortement à gauche lors du deuxième tour (62,22% des exprimés) continuera à être représentée au Parlement par deux députés de droite MM Plagnol et Carrez. C’est le résultat du système majoritaire à deux tours épicé par des recettes de découpage électoral qui marient des cantons qui n’ont rien en commun.

Mieux pour pallier à la disparition de la circonscription qui avait élu Mme Montchamp un nouveau découpage a adjoint à la circonscription de M. Carrez la commune de Nogent sur Marne, tandis que le canton ouest de Champigny était regroupé avec Saint Maur, un canton de Créteil et Bonneuil pour former la 1ère circonscription.

Le premier tour (voir notre note du 12 Juin : Quand les urnes s’ouvrent) avait apporté quelque chose de nouveau. Ce n’était plus le PCF qui était en tête de la gauche à Champigny mais le PS. C’était vrai sur le canton ouest ou M. Akli Mellouli prenait la tête tandis que sur les cantons centre, est et partie Champigny du canton de Bry  Mme Caroline Adamo talonnait M. Adenot maire de Champigny et candidat du Front de Gauche (543 voix de différence). Sur l’ensemble de la ville de Champigny les candidats socialistes avaient 186 voix d’avance sur ceux du Front de Gauche, avance faible certes mais symbolique. Pour la première fois une candidate socialiste allait représenter la gauche dans cette circonscription. Les socialistes allaient-ils mieux rassembler la gauche que les candidats du PCF ? Avaient-ils même une chance de l’emporter ?

En ce qui concerne  la première circonscription les chances paraissaient bien minces.

Et c’est bien M. Plagnol qui l’a emporté et sera député à moins que n’aboutisse un recours que ses adversaires prévoient de déposer au sujet de l’éligibilité de son suppléant.

Mais M. Aki Mellouli a fait un très brillant 2ème tour  sur Champigny Ouest. Avec 3193 voix et 60,04% il dépasse de 177 voix et 7,73% le total des voix de gauche du premier tour malgré une participation moindre. Il est majoritaire dans les 10 bureaux de vote du canton alors que la gauche était minoritaire dans 3 d’entre eux au premier tour.

Comment s’est faite cette progression? Il est difficile de porter un jugement définitif. Dans les bureaux de vote les observateurs ont tous noté qu’une centaine environ d’électeurs du premier tour ne sont pas venus voter au deuxième et qu’inversement une quantité a peu près équivalente d’électeurs qui n’avaient pas voté au premier tour s’est déplacée au second. Ceci rend évidemment les comparaisons avec le premier tour délicates quand dans un bureau de vote où 600 électeurs ont voté le tiers de l’échantillon (100+100) est différent d’un tour sur l’autre.

L’explication qui parait la plus vraisemblable c’est que le candidat socialiste dans ce canton a fait le plein des voix de gauche au premier tour et que parmi ceux qui ne se sont mobilisés que pour le deuxième les électeurs de gauche étaient les plus nombreux.

 

Si sur cette première circonscription les chances du PS étaient minimes sur la 5ème elles étaient un peu meilleures. Certes avec 40,9% des voix au premier tour M. Carrez député sortant UMP était loin devant la candidate PS Caroline Adomo (27,3%) mais le total des voix de la gauche dépassait 45%, tandis que le FN avait obtenu 8,5%,  Tache difficile pour Mme Adomo mais somme toute pas impossible. Le taux d’abstentionnisme avait été très élevé au 1er tour (44,9%). Une mobilisation différentielle des électeurs de droite ou de gauche pouvait faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.

Au soir du deuxième tour M. Gilles Carrez était réélu  avec 54,1% des voix

Cette réélection  somme toute assez facile M. Gilles Carrez la doit à deux choses

L’intelligence de sa campagne

Le mauvais report des voix du Front de Gauche.

La campagne de M. Carrez a été intelligente (à l’inverse de celles d’autres personnalités UMP qui ont été battues) parce qu’il s’est bien gardé de flatter ou de solliciter l’électorat du Front National. Cet électorat pour sa partie la plus « idéologique » n’était pas gagnable pour lui. Par contre une attitude trop « droite populaire » pouvait lui faire perdre des voix  du côté de certains des électeurs de droite du Perreux, de Bry, de Nogent dont le soutien massif lui était nécessaire pour être réélu. Ce soutien il a su le garder  (60,82 des exprimés à Bry, 60,50% à Nogent et 64,01 au Perreux) et en même temps il a su bien mobiliser cet électorat puisque les électeurs qui l’ont appuyé massivement ont plus voté à Bry (58,46%) au Perreux (58,20%) à Nogent (55,45%) qu’à Champigny (47,97%) soit 10 points de différence en ce qui concerne la mobilisation.

De plus s’il avait pris quelque initiative publique marquant un rapprochement avec le FN il aurait déclenché contre lui une mobilisation bien plus forte des électeurs de gauche qui se seraient mobilisés pour aller voter massivement contre lui.

 

Actuellement se déroule la coupe d’Europe de football. Il est fréquent que les commentateurs sportifs emploient des expressions comme « faire déjouer » ou « imposer un faux rythme » quand une équipe arrive à empêcher l’adversaire de développer son jeu. M. Gilles Carrez en habile politique ou si on reste dans le domaine sportif en bon entraineur tacticien a su mener une campagne en demi-teinte qui a gêné la mobilisation adverse et lui a assuré la victoire.

 

Légende: losanges bleus: bureaux du canton centre, rectangles verts: canton est, triangles jaunes: bureaux de la partie Champigny du canton de Bry

Axe horizontal: gains et pertes de Mme C. Adomo au 2ème tour par rapport au total des voix de gauche du 1er tour

Axe vertical voix du Front de Gauche au 1er tour (M. Adenot candidat)

Mais cette victoire il la doit aussi à la faiblesse, sur les cantons de Champigny, du report des voix obtenues par le Front de Gauche au premier tour vers la candidate socialiste au second tour. Ce déficit de report est très fort sur les bureaux de vote où le Front de Gauche a fait ses meilleurs scores au premier tour. Entre le tiers et le cinquième des électeurs qui s’étaient prononcés pour M. Adenot au premier tour n’ont pas reportées leurs suffrages sur la candidate socialiste au second. C’est de 1000 à 1500 voix qui se sont perdues. Certes cela n’aurait pas changé le résultat final puisque M. Carrez l’emporte de plus 3600 voix   sur l’ensemble de la circonscription mais cela mérite d’être dit.

Il semble bien que comme au premier tour (voir note du 12 juin) les comportements diffèrent selon les quartiers. Cette méfiance politique vis-à-vis du PS semble le fait d’une partie des électeurs Front de Gauche de certains grands ensembles (Boullereaux, Cité Jardins mais aussi Plateau) mais pas de ceux des Mordacs ni du Bois l’Abbé. Cette différence nous l’avions déjà notée lors du premier tour. Reste à l’expliquer. Et à trouver des solutions. Faute de quoi la gauche pourrait avoir quelques problèmes à l’avenir à Champigny