Après le 2è tour, coup d’oeil sur les Régionales à Champigny

Le premier tour des élections régionales avait été caractérisé par l’échec sévère des listes UMP dans un contexte de très forte abstention. Le deuxième tour a vu la confirmation de la victoire des listes de gauche et une légère diminution de l’abstention.

Champigny ne fait pas exception à la règle. Au deuxième tour la liste de M. Jean Paul Huchon avec 69,38% des votes exprimés bat de loin celle de Mme Valérie Pécresse (30,62%) tandis que 1403 électeurs supplémentaires se déplacés pour voter avec un taux de participation qui passe de 39,83%  au premier tour à 43,20% au deuxième tour (+3,37%). Cette abstention massive est inquiétante. Les presque 70% de M. Huchon ne doivent pas faire oublier qu’il a reçu le soutien de moins du tiers des électeurs inscrits !

 

 

Le tableau ci-dessous résume l’évolution des votes aux régionales à Champigny au premier tour depuis 1998.

1998

2004

2010

Inscrits

38671

36629

41643

Votants

20213

21527

16587

Participation

52,27%

58,77%

39,83%

extrême gauche

1651

996

705

% des votants extr. gauche

8,37%

4,76%

4,37%

% des inscrits

4,27%

2,72%

1,69%

total gauche parlementaire

9833

10311

9887

%  des votants gauche parlementaire

49,80%

49,26%

61,2%

% des inscrits

25,43%

28,15%

23,74

Droite (sans extr. dr.)

4848

6298

2880

% des votants droite

24,56%

30,09%

20,62%

% des inscrits

12,54%

17,19%

6,92%

extrême droite

3060

2783

1390

%  votants extrême droite

15,5%

13,30%

8,60%

% des inscrits

7,91%

7,60%

3,34%

Note : le total des pourcentages est inférieur à 100 du fait de la présence de listes inclassables

 

L’évolution des pourcentages de votants ne doit pas camoufler que toutes les tendances politiques subissent une érosion lors de ces régionales. La gauche améliore son avance sur la droite parce qu’elle a mieux réussi que la droite à convaincre ses électeurs d’aller voter.

Quelles sont les raisons de cette très forte abstention ?

A droite l’élection présidentielle avait été clairement l’occasion d’une mobilisation très forte de l’électorat de droite qui retrouvait dans le discours de Nicolas Sarkozy des valeurs auxquelles elle est attachée. La droite était fière d’être la droite en 2007. Aujourd’hui il y a un discours brouillé, des promesses non tenues, des fautes contre le bon sens politique (tentative de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’établissement public de la Défense), des difficultés qui s’accumulent pour la plupart des électeurs même ceux de droite et les électeurs de droite sont démobilisés.

Toutefois à gauche le triomphalisme ne serait pas justifié. Dans un contexte où son électorat devait se sentir mobilisée et faire sentir tout son poids contre la politique de MM Fillon et Sarkozy le total des voix de gauche+ extr. gauche recule de 715 voix.

Comme il est habituel à Champigny (et dans la plupart des communes de la banlieue parisienne), l’abstention est particulièrement forte dans les bureaux de vote, qui correspondent à de grands ensembles de logements sociaux (Bois l’Abbé, les Mordacs, les 4 cités…). Ces bureaux donnent des majorités claires à la gauche. On l’a vu en examinant les résultats de précédentes élections (voir autres notes sur le blog). Ceci reste vrai en 2010 puisque la participation n’est que de 34,3% et 29,05 sur les deux bureaux des Mordacs, de 28,8%, 34,64% et 27,63% sur les 3 bureaux du Bois l’Abbé. Cependant alors que l’écart avec la participation dans les quartiers pavillonnaires votant plus à droite est généralement de 20 à 30 points il se limite cette fois ci à 10-23 points. Surtout une étude des variations de la participation dans les bureaux de vote du canton ouest illustre parfaitement le comportement différent des électeurs de gauche et de droite à cette élection régionale (le canton ouest a été pris comme référence car c’est le seul où le nombre et les limites des bureaux de vote n’ont pas changé entre 2004 et 2010).

On constate (voir graphique) que les comportements différent selon les bureaux de vote. Dans certains (bureaux 1, 4, 9,10) la participation chute nettement de 2004 à 2010. Dans d’autres au contraire (bureaux 2, 3, 8) la participation est plus forte en 2010 qu’en 2004. Si l’on consulte les résultats du vote des bureaux, on constate que la première série celle des bureaux où l’abstention progresse correspond à des bureaux qui votent plus à droite, dans la seconde série on trouve les bureaux où la gauche est très forte. L’électorat de droite s’est beaucoup plus abstenu que l’électorat de gauche. Les bureaux où l’abstention progresse sont ceux où le score du Front de Gauche (PCF+ Parti La gauche) est inférieur à 20%, ceux où l’abstention diminue ceux où le score du Front de Gauche est supérieur à 30%. Il semble que la campagne électorale du Front de Gauche (et du PCF qui en est la composante principale) ait été efficace pour amener ses électeurs à aller voter. Le PCF fait ainsi une démonstration de sa capacité à Champigny à mobiliser son électorat potentiel.

Le score du Parti Socialiste au premier tour parait élevé avec 3410 voix et 21,51%. Aucune comparaison n’est possible avec son score des régionales de 2004 où il était associé aux Verts. Il peut s’enorgueillir d’une progression 1667 voix et de 9,98%  par rapport aux européennes de juin 2009 qui avaient été particulièrement catastrophiques pour lui. Toutefois il est loin du résultat de Mme Ségolène Royal au 1er tour de la présidentielle 2007 : 10.375 voix et 31% des suffrages (avec précisons le un taux exceptionnel de participation de 84,78%). Il est même légèrement en dessous de son score des législatives 2007 sur Champigny (3651 voix et 22,22%).

Europe Ecologie a confirmé son bon résultat des européennes dans un contexte qui lui était moins favorable (absence d’un réseau d’élu, faiblesse d’implantation d’une organisation nouvelle). EE recule d’environ 4 points par rapport aux européennes et avec 2210 voix (13,68%) devient une force incontournable à gauche sur Champigny. Ce qui frappe toutefois c’est l’extrême variabilité des résultats d’Europe Ecologie d’un bureau de vote à l’autre. Europe Ecologie obtient des scores supérieurs à 20% sur 3 bureaux de vote. Au bureau n°7 (Marcel Cachin Primaire)  il est devant le PS et battu par le Front de Gauche de 3 voix seulement. Au bureau 11 (Politzer maternelle) il est en tête de la gauche. Au bureau 37 (Jean Jaurès Primaire) avec 23,11% il devance nettement le Parti Socialiste (18,31%) et le Front de Gauche (15,56%).  Par contre dans les bureaux qui correspondent aux grands ensembles de logement sociaux ses résultats sont très faibles (3, 1% au bureau 19= Les Boullereaux, 4,96% sur un des bureau des Mordacs, 4,31%, 3,63% et 2,31% sur les 3 bureaux du Bois l’Abbé). S’agit-il d’une moindre sensibilisation des milieux les plus modestes aux enjeux des problèmes environnementaux ? peut être mais surtout Europe Ecologie doit mieux prendre en compte les problèmes sociaux les plus criants dans sa recherche d’une nouvelle approche politique pour être vraiment crédible dans les milieux les plus populaires.

Au deuxième tour Champigny a confirmé la percée de la gauche unie cette fois (Parti Socialiste, Europe Ecologie, Front de Gauche). La liste Huchon totalise 11.978 voix (69,58%) soit un gain de 1386 voix par rapport au total Gauche+Extrême Gauche du 1er tour. C’est un beau résultat pour la gauche mais le raz de marée est moins net que dans les autres villes à direction communiste du département (Ivry 79,69%, Valenton79, 41%, Gentilly 77,67%, Bonneuil 75,27%, Vitry 74,51%, Villejuif 74,30%,). Champigny avec ses 69,58% est en queue de peloton avec Choisy le Roi (69,21%), Chevilly Larue (68,38%) et Fontenay sous Bois (67,51%).

La répartition des votes a respecté la géographie traditionnelle des clivages droite gauche sur Champigny avec évidemment cette fois ci un net avantage à gauche. Un seul bureau a placé Mme Pécresse en tête (bureau 26 Romain Rolland A) tandis que les 3 bureaux traditionnellement à gauche du Bois l’Abbé donnaient des scores fleuves à M. Huchon (85,78%, 88,41% et 89,18%).

On a un peu mieux voté à ce deuxième tour qu’au premier (43,20% de votants soit 3,37% de mieux qu’au premier tour), et ce résultat à quelques variantes près est vérifié dans tous les bureaux de vote. Toutefois toutes les personnes qui ont participé aux opérations de vote ont pu le constater et l’examen des listes d’émargement le confirme cette augmentation du nombre des votants recouvre un double mouvement. Certaines personnes qui avaient voté au premier tour se sont abstenues au second tandis qu’un nombre supérieur de personnes qui n’avaient pas voté au premier tour se sont déplacés au second. Approximativement seulement 30 à 33% des inscrits ont voté au premier et au second tour. 5 à 8% des inscrits qui avaient voté au premier tour se sont abstenus au second tandis que 8 à 10% des inscrits qui s’étaient abstenus au premier tour sont venus voter au second.

En même temps le nombre des bulletins nuls passait de 433 (2,61% des votants) au premier tour à 775 (4,31% des votants) au deuxième tour.

Peut-on essayer de comprendre ce que signifient ces variations ?

Ceux qui ont voté au premier tour et s’abstiennent ou votent nul au second sont vraisemblablement des électeurs qui avaient choisi une liste qui a été éliminée, et qui ne se reconnaissent dans aucune des listes présentes au second tour.

A l’inverse ceux qui se sont abstenus au premier tour et qui décident de voter au second tour le font parce qu’ils considèrent que ce second tour est décisif et qu’il leur faut apporter leur suffrage à l’une des deux listes qui restent en présence.

Est-il possible d’interpréter ces mouvements contradictoires et de cerner les motivations de ces électeurs ? C’est évidemment difficile dans la mesure où il n’apparaît pas de différence importante entre les différents bureaux de vote.

On peut toutefois essayer de voir à qui cette augmentation de la participation a profité.

Sur les graphiques ci-dessous on a reporté selon l’axe horizontal, bureau de vote par bureau de vote, le nombre de voix que M. Huchon a gagné par rapport au total des voix recueillies par les listes de gauche et d’extrême gauche au 1er tour. Selon l’axe vertical on a porté le nombre de votants supplémentaires La ligne oblique définit ce que serait un report 1/1 de l’augmentation du nombre des votants supplémentaires  c’est-à-dire la ligne sur laquelle se trouverait les points si l’augmentation des votants avait profité également à la liste Huchon et à la liste Pécresse.

 

Les points représentatifs des gains en voix de M. Huchon sont massivement à droite  de la diagonale. La liste Huchon recueille donc plus de voix que le total des voix de gauche et d’extrême gauche du 1er tour et bénéficie en plus d’un apport très majoritaire des nouveaux votants (ceux qui n’ayant pas voté au premier tour sont venus au second).

Par contre le total des voix obtenues par Mme Pécresse est inférieur au total des voix obtenues par les listes de droite (UMP+ liste Dupont Aignan) et d’extrême droite (FN) au premier tour.

Mme Pécresse n’a pas bénéficié d’un bon report de voix, ni d’un apport d’électeurs se déplaçant pour le second tour. On peut supposer que les voix perdues correspondent à des électeurs du FN qui se sont abstenus au second tour parce qu’il n’y avait plus de liste FN et qu’ils se refusaient à voter pour l’UMP (ils correspondraient alors à une grande part des électeurs qui ont voté au premier tour et qui ne se sont pas déplacés au second). D’autres électeurs FN ont choisi le vote Blanc ou Nul. Un nombre relativement élevé des votes nuls est constitué en effet par des bulletins ou des professions de foi de la liste FN du 1er tour.

Notre graphique montre bien une corrélation (ellipse) entre le nombre de voix FN et le nombre de bulletin Blancs ou Nuls trouvés dans les urnes des différents bureaux.

 

Ainsi alors que le FN n’a plus d’organisation locale, ni d’élu à Champigny depuis une douzaine d’année, le noyau de ses électeurs suit les consignes nationales de Le Pen. Le vote Le Pen sur Champigny dépasse le caractère d’un vote protestataire et  est très politique. Une réalité inquiétante que ne doit pas masquer la faiblesse relative du score électoral.