Après le premier tour des municipales 2014

Premières impressions

 

On est un peu déçu, non par les résultats on en parlera plus loin mais parce que nous ne pouvons pas cette fois ci nous livrer aux petites enquêtes que nous faisions toutes les fois précédentes à savoir regarder à la loupe pourquoi l’abstention touche plus tel quartier que tel autre, comment les voix de droite (ou de gauche) varient d’un scrutin à l’autre. Pas d’analyse fine, ni d’exégèses pointues cette fois ci. Pourquoi ? La raison est très simple. On ne peut comparer que ce qui est comparable. Or récemment le nombre des bureaux de vote a été porté de 39 à 43 et surtout les limites de nombreux bureau de vote ont changé. On a ajouté 2 rues à celui-ci, échangé deux pâtés de maisons entre deux bureaux etc. Faire une comparaison entre les résultats des municipales de 2008 et les résultats de 2014 bureau de vote par bureau de vote s’avère donc impossible. Les seuls repères qui demeurent constants sont les cantons. La photographie électorale y perd en précision mais c’est à cette échelle seulement que les comparaisons sont fiables. Rappelons qu’il y a quatre cantons sur Champigny :

Le canton ouest, le canton centre, le canton est et une partie du canton de Bry (quartiers du Tremblay et de Polangis)

 

Quelles sont les évolutions notables sur ces cantons ?

 

L’abstention progresse entre 2008 et 2014.  Il y a 21.619 votants pour 43.050 inscrits (soit une participation toute juste supérieure à 50% (50,22%) cette année alors qu’en 2008 lors des précédentes municipales 23.046 des 41.948 inscrits étaient allés voter (54,94%). La baisse de la participation est donc de 4,72% (près de 2.000 électeurs). Cette baisse est-elle équivalente dans les différents cantons ? On passe d’une participation de 58,68% en 2008 sur le canton ouest à 54,60% (-4,02%) en 2014. Sur le canton centre la variation est de 56,08% en 2008 à 50,37% en 2014 (-5,71%). Sur le canton est, on passe d’une participation de 51,74% en 2008 à 46,74% en 2014 (-5,00%). Enfin sur le canton de Bry on passe de 51,91% à 49,56% (-2,35%). Peut-on tirer des conclusions de ces chiffres ? Il convient d’être prudent mais on constate que la baisse est la plus faible sur le canton de Bry où l’habitat pavillonnaire est dominant et plus forte sur ceux du centre et de l’est où existent de grands ensembles HLM (les 4 cités pour le centre, Les Mordacs et le Bois l’Abbé pour le canton est. Si on cherche à regarder plus en détail cette impression se confirme. Certes on a toujours plus voté dans les quartiers où prédomine le pavillonnaire que dans ceux des grands ensembles HLM. Toutes les élections précédentes qu’il s’agisse des présidentielles, des législatives, des municipales etc. Cette fois ci le recul est général mais il est plus fort dans les grands ensembles HLM. Qu’on en juge. Sur le canton est les bureaux correspondant au Bois l’Abbé (32, 33,34 et 42) donnent de 37,56 à 42,21% de votants en 2014 contre une participation qui va de 44,16 à 47,15% pour les 3 bureaux correspondant au même secteur en 2008 soit une baisse de 6 à 7% de la participation pour le Bois l’Abbé.  A contrario les bureaux 26 et 27 (Ecole Romain Rolland) correspondent à des habitats exclusivement pavillonnaires. On y avait voté à 54,93 et 54,91% lors des municipales de 2008. Ce 23 mars les chiffres sont de 52,32 (-2,61%) et 53,44(0,47%).

 

Si l’abstention augmente partout il existe un différentiel notable, l’augmentation de l’abstention est de l’ordre de 3 à 4 fois plus importante dans les grands ensembles de logements sociaux que dans les secteurs pavillonnaires. Comme on sait que globalement les secteurs pavillonnaires votent plus à droite que ceux des grands ensembles (ceux de Romain Rolland étaient les seuls à avoir placé M. Sarkozy en tête au deuxième tour de la Présidentielle 2012) il est clair que ce différentiel de vote a plus favorisé la droite et l’extrême droite au premier tour. Il est donc essentiel que la gauche tienne compte de ce facteur si elle veut s’assurer une victoire nette au deuxième tour. Encore faudrait-il savoir précisément ce que reflète cette augmentation de l’abstention. S’agit-il d’un rejet global de la politique, d’un ressentiment vis-à-vis de la politique du gouvernement et d’un sentiment d’abandon ou d’un désintérêt vis-à-vis de la politique menée par la majorité de gauche sortante ? Selon l’explication choisie la marche à suivre pour ramener au vote citoyen ces nouveaux abstentionnistes sera différente. Faire le bon choix c’est le défi proposé à la gauche campinoise puisque c’est là que se trouvent ses réserves potentielles.

 

Car la gauche n’est pas KO loin de là mais elle a pris des coups

 

En 2008 les deux listes de gauche (celle PC+PS+PG) et celle de Entente Citoyenne (Forum) totalisaient 12692 voix (56,34% des suffrages exprimés). En 2014 les deux mêmes listes ont rassemblé 10577 voix (-2145 voix) et 50,41% (-5,93%). Encore faut-il souligner que ce résultat global est trompeur puisque la liste Adenot montre un net recul tandis la liste Fuchs (Entente Citoyenne) obtient un résultat légèrement supérieur à celui de 2008.

 

La liste de Dominique Adenot recule mais avec 9121 voix (43, 47% des exprimés) elle reste largement en tête. Elle perd 2343 voix et 7,42% par rapport à 2008. Ses pertes s’élèvent -10,90 points sur le canton ouest,-7,09 points sur le canton centre, – 6,96 points sur le canton est et -10,19 points sur le canton de Bry. Ce sont dans les cantons ou domine l’habitat pavillonnaire que la liste Adenot perd le plus d’influence. Pourquoi ces pertes se localisent-elles ainsi ? S’agit-il d’électeurs de gauche déçus par la politique municipale vis-à-vis de leurs quartiers ? S’agit-il dans ces quartiers ou traditionnellement l’électorat PS est plus important de sympathisants socialistes déçus du mariage forcé avec le PCF dès le premier tour qui se sont réfugiés dans l’abstention tandis que dans ces quartiers où elle forte la droite se mobilisait fortement ? Difficile de le dire en l’absence de données d’enquêtes mais il est clair que le résultat de ce premier tour des municipales montre une exagération de la fracture politique qui dans notre commune existait déjà entre les différents types d’habitat

 

Notre liste Entente Citoyenne pour la Démocratie Participative et l’Ecologie, présentée par Forum des Boucles de la Marne (Gauche Citoyenne) et par Europe Ecologie-Les Verts recueille 1456 voix et 6,94% soit 228 voix et 1,49% de plus qu’en 2008. Le progrès est faible mais quasi uniformément réparti sauf dans les bureaux 37 et 38 où nous doublons notre pourcentage. Il y a 4 bureaux dans lesquels nous dépassons 10 % contre 1 en 2008.

 

Ne cachons pas nous espérions mieux et la plupart des observateurs estimaient que nous serions proches de 10% ou au-dessus. Est-ce le caractère plus national de la campagne ? Des erreurs de la campagne qui expliquent que le succès soit plus limité que prévu ? Nous allons devoir sérieusement examiner les résultats et remettre en question notre stratégie.

 

Une droite en quête de succès ?

 

Avec 7790 voix et 37,13% des suffrages exprimés la liste de Laurent Jeanne réalise un bon score. Certes c’est  2144 voix et 6,53 points de moins que l’ensemble des 3 listes qui représentaient la droite et le centre droit en 2008 (M. Chriki pour l’UMP, M. Juhel pour Divers Droite et M. Jeanne pour le MoDem)  mais en 2008 le Front National n’avait pas présenté de liste et les voix (2613) qu’il peut recueillir en 2014 il les a prises majoritairement (mais pas exclusivement) dans l’électorat de droite. La liste Jeanne dépasse 50% dans 3 bureaux de vote (M. Cachin Primaire, L. Frapié Primaire et Jean Jaurès Primaire) mais est en dessous de 25% dans 9 bureaux correspondant à des quartiers à  fort quotient de logement social (Les Boullereaux, le Plateau, les deux bureaux des Mordacs, les 5 bureaux du Bois l’Abbé) avec un score particulièrement bas : 9,57%  au bureau 33 (J. Solomon maternelle au Bois l’Abbé). Clairement la droite n’arrive pas à obtenir un soutien sensible dans l’électorat populaire. La déception que cet électorat éprouve vis-à-vis de la politique du gouvernement socialiste ne le conduit pas pour autant à voter à droite.

 

Le flop municipal du Front National

 

Le parti d’extrême droite n’avait pas présenté de liste aux municipales à Champigny depuis 1995. Sur la foi du résultat de la cantonale de 2.011 où les électeurs du canton centre avaient accordé 16,82% de leurs suffrages à un candidat FN totalement inconnu (avec un pourcentage d’abstentionniste de 62%) on pouvait s’attendre à ce que la liste Rougier obtienne entre 15 et 20% des suffrages. Il n’en est rien La liste Rougier plafonne à 2613 voix et 12,45%  c’est-à-dire pratiquement le même pourcentage que Marine le Pen à la présidentielle. Ses points forts, là où il dépasse 15% sont localisés dans 5 bureaux, celui des Boullereaux ou il fait jeu égal à une voix près avec la liste Jeanne  4 bureaux de zones à dominante pavillonnaire.

 

Sans grand ancrage local, avec un programme municipal restreint à quelques principes de sa politique générale (préférence nationale) le Front National ne réalise pas la percée que certains craignaient à Champigny. Toutefois la permanence de ses résultats électoraux, alors que son activité militante à Champigny est quasi nulle atteste de l’existence d’un courant politique d’extrême droite dans notre ville.