Attaque du commissariat de Champigny au Bois l’Abbé: non aux anathèmes oui au dialogue et à la coopération citoyenne

par Jean Louis Besnard, ancien Maire Adjoint

Vu le contexte ambiant, Il fallait s’y attendre : après l’attaque du commissariat samedi soir dernier, les commentaires ont fusé, notamment de la part d’une partie du personnel politique, qui, depuis des lustres, a fait de l’insécurité un fonds de commerce, avec force coups de menton et autres anathèmes, le tout avec des arrières pensées électoralistes à peine dissimulées.

On ne sait pas de façon précise les motifs de cette attaque. Certains organes de presse ont évoqué un lien possible avec un accident de scooter intervenu quelques jours auparavant ailleurs en banlieue et dans lequel la police serait impliquée; d’autres font le rapprochement avec de récentes opérations antidrogues menées par la police dans un autre quartier de Champigny.

Cela dit, il serait absurde de minimiser la gravité de cette nouvelle attaque de l’hôtel de police de notre ville, en particulier aujourd’hui, où l’anxiété collective atteint un niveau rarement observé.

L’on sait bien que celle-ci est particulièrement vive dans les « quartiers » comme celui du Bois l’Abbé où la promiscuité subie durant le confinement en a rajoutée au mal vivre de ses habitants, dont les causes sont connues : chômage et sous-emploi, violence intra-familiales, surpeuplement des logements et exercice de la parentalité à la dérive, décrochage scolaire, présence visible de l’économie parallèle, etc.

Mais identifier les causes de ce mal-être et leur potentiel destructeur des rapports humains ne saurait en aucune façon légitimer les différentes formes de délinquance qui se manifestent de façon sporadique dans ce quartier et dans d’autres similaires.

Celles-ci doivent donc trouver des réponses appropriées, c’est-à-dire fermes, justes et efficaces, qui impliquent tous les acteurs publics et privés de notre territoire.

Sur ce plan l’État est bien entendu en première ligne. On lui demande de créer un deuxième commissariat sur la commune. Mais Est-ce la bonne réponse, alors que la mobilité et la réactivité des forces de sécurité sont les instruments privilégiés de la dissuasion et de la répression quand celle-ci s’impose ?

Les effectifs du commissariat, qui vient d’être rénové après deux ans de travaux ont, selon la presse, augmenté de 25 agents pour atteindre un effectif d’environ 160 personnes : compte tenu des caractéristiques socio démographie de la ville (77 000 habitants dont 25% de résidents dans les quartiers classés « politique de la ville ») et de sa morphologie (1 130 hectares et 5 kilomètres de long), est-ce un chiffre suffisant, au regard de la situation d’autres communes de taille comparable ?

C’est une question légitime à laquelle l’État se doit d’apporter des réponses claires tout comme pour celle des moyens matériels à mobiliser (véhicules, moyens de télésurveillance et de communication).

Mais, pour tenir leurs promesses, ces réponses devront aussi tenir compte et s’articuler avec les autres moyens humains d’intervention présents sur le terrain, comme les médiateurs mis à disposition par les bailleurs sociaux, les éducateurs du service de la jeunesse et les associations de prévention et, à termes la police municipale.

La question de la coordination et de la coopération de tous ces acteurs publics et parapublics devra donc également être posée.

Les réponses opérationnelles à mettre en place ne sauraient procéder du seul fonctionnement des instances institutionnelles, telle le Comité Local de sécurité et de Prévention de la délinquance (CLSPD), mais aussi de la reconnaissance par tous et au quotidien de la contribution de tous les acteurs de terrain à la paix publique, dans le respect de leurs prérogatives respectives.

Mais, le travail de sécurisation des forces de police doit aussi pouvoir trouver son prolongement et un appui ferme dans l’action de la justice. Tout le monde convient aujourd’hui de la nécessité de répondre rapidement par la sanction aux comportements déviants, quand celle-ci s’impose.

Or l’on sait bien qu’en pratique l’on est sur ce plan bien loin du compte, de telle sorte que le découragement et la démotivation des fonctionnaires de police n’a fait que s’amplifier au fil des années. Quelles ont été, par exemple, les suites judiciaires de la précédente attaque du commissariat au printemps dernier, alors qu’un, au moins, de leurs auteurs présumés avait déjà eu affaire à la justice ? On aimerait bien le savoir !

Il ne s’agit pas là de préconiser le recours exclusif à l’incarcération, mais au contraire de se donner enfin les moyens de réponses alternatives, contraignantes, rapides et connues de tous, lorsque celles-ci paraissent appropriées, en particulier pour les jeunes primo délinquants.

Enfin, si l’on a raison d’incriminer le trafic de stupéfiants dans la survenue récurrente des actes violents sur le territoire de notre commune, il faut aller bien au-delà de leur dénonciation et de la répression nécessaire, qui doit en résulter.

S’il existe un trafic, c’est-à-dire une offre illicite à l’origine d’une économie parallèle, bien installée dans le paysage local, c’est aussi qu’il existe une demande de produits, qui commence de plus en plus tôt, comme en atteste, par exemple, la présence de jeunes consommateurs de Chichas au vu et au su de toutes et tous, y compris sur la voie publique.

Concernant tous les milieux sociaux et dépassant largement les problématiques sociales propres à notre commune, ce phénomène est d’abord une question de santé publique. Mais celle-ci, faut-il le rappeler, est aussi la traduction d’un mal être social profond et ancien, dont la compréhension ne peut se satisfaire d’interprétations simplistes voire, misérabilistes.

D’où il ressort que prétendre éradiquer ces comportements destructeurs des individus qui s’y adonnent, sans questionner leurs causes profondes, sociales et culturelles, est voué à l’échec, puisque les préconisations résultant de ce déni des réalités ne peuvent par construction et au mieux qu’en atténuer certains des symptômes.

Ce sont là des questions, qui, certes, dépassent le contexte local, mais qui ne pourront pas être indéfiniment éludées.

En définitive à Champigny, la tranquillité publique, condition nécessaire du bien vivre ensemble ne peut se construire à partir d’anathèmes vengeurs, inaptes à faire retomber la pression de la violence latente, qui existe dans certains de ses quartiers.

Pour y parvenir, on n’a rien inventé de mieux qu’une coopération loyale, approfondie et constante entre toutes les parties, impliquant naturellement les citoyens de la commune. Puisse, à cette fin, le pragmatisme prendre une nouvelle fois le pas sur l’idéologie et ses grilles de représentations simplistes.

C’est là un défi pour la nouvelle municipalité et il convient de l’encourager à le relever, dans l’intérêt de toutes et tous.

Jean-Louis Besnard

Ancien Maire-adjoint