Conformisme de « gauche » ou « grand Satan  » de droite?

Deuxième tour des municipales 2020 ; les campinois devront choisir entre le conformisme de « gauche » et la peur du « grand Satan » de droite

En ayant accepté d’être candidat en 47ème position sur la liste « Pour Champigny » conduite par Jean-Michel Schmitt et soutenue par LAREM, j’ai voulu clairement manifester ma volonté de participer à un changement d’orientation de la politique municipale, pour créer les conditions d’un développement de notre commune au bénéfice des campinois de tous âges et de toutes conditions, tout en étant fidèle à ma décision de ne pas briguer un nouveau mandat ; décision annoncée bien avant que le Maire sortant ne décide de mette fin à mon mandat de Maire adjoint le 25 septembre 2019 pour des motifs purement politiciens.

Libre de toute tutelle et néanmoins citoyen engagé depuis de nombreuses années dans la vie communale, je me dois de m’exprimer sur l’avenir immédiat et les enjeux du second tour de ces élections municipales, prévu le 28 juin prochain, sans, toutefois indiquer une quelconque consigne de vote. Cela dit, plusieurs constats s’imposent.

Force est de constater qu’à la suite du premier tour de ces élections municipales, et après l’annonce du ralliement de Mamadou SY à la liste conduite par Christian Fautré, les conditions sont réunies pour que s’affrontent, à nouveau, la « gauche » et la « droite » lors du second tour le 28 juin prochain.

Mais avant de commenter les termes de cet affrontement, un deuxième constat s’impose. Depuis 1995 en effet, toutes les tentatives de faire prévaloir une alternative progressiste entre les listes conduites par le parti communiste et celles de la droite républicaine ont échoué.

Cet état de fait confirme la persistance de la culture d’affrontement qui s’impose à tous les niveaux dans notre système politique. Héritage de notre histoire, ce blocage culturel entretient des postures factices et interdit la recherche de compromis entre des projets objectivement compatibles, parce que soutenus par des représentants de sensibilités différentes.

Poussant à l’immobilisme, ce mode de fonctionnement est mortifère pour la démocratie et nourrit les extrêmes, tout en étant à l’origine du déclin des grandes formations politiques, qui se manifeste depuis le début des années 2000, minées qu’elles sont, par la distance, parfois béante, entre les principes et objectifs proclamés pour les besoins de l’accès au pouvoir et son exercice, une fois celui-ci conquis.

S’agissant de la « gauche », à Champigny, il faut tout d’abord noter que, pour la première fois à l’occasion d’un scrutin communal, la liste « d’union » conduite par le maire sortant a été distancée par son adversaire de la droite républicaine.

Ce résultat aurait dû conduire le PCF à s’interroger sur les raisons de cette mauvaise performance, qui contrairement à ce qui a pu être affirmé depuis, ici ou là, n’est pas due à l’abstention engendrée par la crainte de la pandémie.

Rappelons en effet que seuls, certains des élus têtes de liste dans environ 5000 communes sur 35 000, restant en ballotage se sont exprimés en ce sens, après et non avant le premier tour, où nombre d’entre eux avaient exigé le maintien de son organisation le 15 mars, point de vue que le maire sortant de Champigny n’a pas contesté.

Mais à l’opposé de cette salutaire introspection, depuis le 16 mars, le maire sortant et son équipe n’ont eu de cesse de monopoliser les moyens de communication municipaux et de saturer l’espace médiatique via les réseaux sociaux pour vanter les mérites de leurs actions de solidarité, tout en dénigrant et en caricaturant l’action du gouvernement, qui a cependant contribué à leur financement.

Il n’est évidemment pas question de remettre en cause le bien-fondé des actions de solidarité en direction des campinois principalement touchés par les conséquences sociales de la crise sanitaire. Mais cette façon de faire, électoraliste, en dit long sur l’éthique de la pratique politique de l’équipe sortante.

Elle apporte un élément de preuve supplémentaire, s’il en était encore besoin, que ces derniers sont prêts à toutes les manœuvres et tous les reniements pour préserver leur pouvoir, à commencer par ceux du Maire qui au conseil municipal de juin 2019, avait pris l’engagement de suspendre ses éditoriaux dans « Champigny notre ville » et annoncé l’arrêt de la publication des tribunes libres des groupes politiques du Conseil municipal à compter du mois de septembre 2019 jusqu’à son renouvellement. A l’évidence, il y a là une source de contentieux, dont on aurait pu faire l’économie.

Contestable mais prévisible, ce comportement s’explique à partir de considérations d’influences politiques qui dépassent la commune de Champigny compte tenu du poids électoral que notre ville représente dans le Val de Marne, seul département à être dirigé par le Parti communiste. Mais agissant ainsi, il est également une nouvelle fois démontré que le maire sortant instrumentalise la gestion de notre ville au profit des intérêts de son Parti et de son idéologie, à l’influence déclinante depuis le début des années 90.

Mais l’autre évènement de ce premier tour a été la percée électorale réalisée par la liste « Champigny en mieux », qui, en dépit de la faiblesse de ses moyens et avec son score de 10,39% des suffrages exprimés a dépassé le seuil lui permettant de se maintenir au second tour.

Le résultat de cette liste, composée de représentants de diverses communautés, de citoyens engagés dans la vie associative, contestant vivement les passe-droits et autres discriminations dont ils s’estiment être les victimes, pour l’accès au logement, à l’emploi public et aux autres services publics communaux et de militants et(ou) sympathisants d’une gauche tentée par la radicalité, verbale, contre « le capitalisme libéral », en dit long sur la défiance dont l’équipe municipale sortante est l’objet.

Mais, en se positionnant, au premier tour, en adversaire de tout compromis avec ce qui peut s’apparenter à un projet de transformation réaliste, démocratique, sociale et durable de la gestion municipale, les leaders de « Champigny en Mieux » se sont enfermés dans un choix cornélien : se rallier au parti dominant et s’illusionner, comme d’autres avant eux, sur leur capacité à faire évoluer de l’intérieur la gestion de la ville dans le sens des intérêts qu’ils défendent, ou bien, se maintenir au second tour et s’exposer à l’opprobre de la « gauche officielle » et de sa bien-pensance coutumière qu’elle excelle à exhiber pour disqualifier ses adversaires en agitant des peurs imaginaires, en particulier, en direction des populations socialement fragiles et dépendantes de l’assistance municipale.

En acceptant de se fondre dans le rassemblement des forces de gauche, écologiques, etc., selon une terminologie aussi usuelle qu’usée, Mamadou Sy et ses colistiers ont donc finalement pris le risque de participer à un jeu de dupes, source de profondes désillusions.

Ainsi, sont oubliées les promesses non tenues, les petites humiliations et autres mauvaises manières pour faire pièce au supposé « grand remplacement » des campinois qu’incarnerait la droite de Laurent Jeanne, espèce de nouveau « grand Satan », comme si ce dernier pourrait en tant que Maire avoir la faculté de bannir hors la ville les moins favorisés des campinois !

Mais cela peut-il suffire à donner de la consistance à un projet réellement novateur, ouvrant des perspectives concrètes d’amélioration du quotidien pour la majorité des campinois ? L’expérience passée, singulièrement depuis les deux dernières années, permet au minimum d’en douter !

De même, en classant « à droite » et de façon méprisante, pour ne pas dire insultante, les quelques 14% des électeurs qui ont voté le 15 mars pour les listes Schmitt et Nguyen, et qui, se faisant, ne se sont reconnus ni dans les projets, les affiliations et les pratiques des deux listes arrivées en tête du premier tour, peut-il suffire à convaincre que cette union de dernière minute ne soit autre chose qu’un rassemblement opportuniste ?

Là encore la composition de cette liste pousse à la circonspection. En effet, outre des « insoumis » et autres « anticapitalistes », celle-ci comprend notamment des socialistes sortants, mais évanescents, qui durant les six dernières années ont été incapables d’émettre la moindre proposition sur les projets structurant de la ville au sein de l’exécutif municipal dont ils ont fréquenté les réunions de façon épisodique, pour ne pas dire lacunaire.

A ces derniers on peut ajouter des écologistes dont la parole a brillé par sa rareté et la vacuité du discours, (hormis le permis de végétaliser les pieds d’arbres sur la voie publique, pour le plus grand plaisir des quadrupèdes errants… !), le travail en matière de développement durable et concrètement utile, notamment en matière de mobilité, ayant été assumé, comme chacun le sait, par Yves Fuchs, maire-adjoint démissionnaire, en dépit ou à cause du manque de soutien dont il a été l’objet.

Mais, en opposition à cette gauche protéiforme et parcourue de contradictions multiples, se présente une droite, diverse, dont le leader a pu déclarer, dans le passé, qu’il votait plus de 80% des délibérations soumises à l’approbation du Conseil municipal, mais dont le projet est essentiellement centré sur la défense des intérêts des propriétaires de pavillons.

Cette « droite pavillonnaire », ainsi que je l’ai dénommé, est-elle capable de dépasser les réflexes conservateurs de son électorat ? Telle est la question centrale qui se pose à elle et au-delà, aux campinois, qui ne savent pas ou plus à qui se vouer pour résoudre leurs problèmes quotidiens de parents, de patients, de jeunes en quête d’avenir, de personnes âgées isolées, d’agents municipaux démotivés, d’entrepreneurs taxés et en manque de reconnaissance de leur apport à la vie municipale, etc…

Mais plus encore, cette droite campinoise est-elle capable de faire admettre à ses amis qui gèrent le territoire qu’il n’est plus possible de ne pas prendre leur part de l’accueil des ménages de condition moyenne et modeste en construisant dans leurs communes des logements sociaux en quantité et qualité suffisantes au motif que Champigny, seule, aurait vocation à les réaliser ? Faute de cela le discours de cette droite sur l’excès de logements sociaux à Champigny est et restera inaudible.

Ensuite, se pose plus largement la question du, projet de développement à long terme de notre ville dans le cadre du territoire Paris-est marne et bois et de la Métropole. Pour l’instant les intentions affichées par Laurent Jeanne sont à cet égard loin d’être claires.

A sept kilomètres de Paris, Champigny, prochainement enfin bien desservie par les transports collectifs sera-t-elle à moyen terme une ville vivante, à la sociologie diversifiée, et non plus une cité dortoir ?

Ses élus seront-ils capables de faire évoluer sa morphologie, c’est-à-dire son PLU, en assumant une croissance maîtrisée de sa population et en accueillant des entreprises qui crééent de l’activité diversifiée et d’avenir et non de simples entrepôts ou plateformes logistiques, qui leur donnent les moyens d’investir massivement dans son patrimoine public plus que fatigué (écoles, centre de santé, gymnases, piscine, centres culturels, etc.) le tout sans remette en cause ses attraits environnementaux indéniables ?

Voilà les questions sur lesquelles Laurent Jeanne doit convaincre, s’il veut réellement que l’histoire reprenne son cours dans notre ville après des dizaines d’années de blocage par conformisme idéologique et prédominance de la logique de partage des zones d’influences, infra départementales.

A cet instant, rien n’indique que lui-même et son équipe seront capables de conjurer leurs démons et de résister à la facilité consistant à céder à la ligne de plus grande pente, dictée par l’esprit de revanche, après tant d’années d’attente.

Jean-Louis Besnard

Conseiller municipal

Ancien Maire-Adjoint (2014-2019)