DEBATS/

Un texte de Mamadou SY

et un COMMENTAIRE de Jean Louis BESNARD

COMPRENDRE POUR AGIR

Le texte publié par Mamadou Sy esy révélateur de plusieurs problèmes qui traversent la société campinoise, si on peut parler ainsi;

Une partie de ces derniers renvoie à des questions sociales et sociétales qui dépassent les problématiques communales :

Réponse à Mamadou SY, comprendre pour agir.

-Grande précarité d’une fraction du salariat qui transparaît dans l’importance de la population campinoise vivant dans les quartiers classés politique de la ville, soit 25% des 77 000 habitants, ainsi que dans le taux de pauvreté qui se situe à 20% soit 5 points au-dessus de la moyenne nationale

-Forte concentration de « communautés » soudées par un tissu associatif dense où se mêlent influences religieuses et sentiment de « ségrégation raciale », terme à employer avec précaution, compte tenu des déviations dont il peut être l’objet, mais qui renvoie, cependant, à des réalités vécues par les intéressés, ainsi que l’illustre l’association « Macadam » qui s’est notamment manifestée à propos de l’affaire Adama Traoré et dont Zohra Kassou, deuxième de la liste de Mamadou Sy, est l’une des animatrices.

Si d’autres listes aux références proches de celle de « Champigny en mieux » se sont constituées à l’occasion de ces élections municipales, il se trouve qu’à Champigny, le discours tenu par les initiateurs de cette liste a reçu un écho particulièrement favorable, compte tenu de la faiblesse de leurs moyens de communication au regard de ceux mobilisés par le Maire sortant. Ainsi, l’impact de la liste « Champigny en mieux » est particulièrement marqué dans les bureaux des « quartiers politique de la ville », où son score dépasse systématiquement les 15%, contre 10,39% en moyenne, avec une pointe à 36,77% au bois l’abbé.

Cette force électorale est donc le symptôme des dysfonctionnements multiples de la municipalité, qui, de façon quasi systématique renvoie sur les gouvernements successifs les responsabilités des insuffisances des services publics locaux en s’imaginant que la seule magie du verbe pourra rallier à sa cause toutes celles et ceux qui sont fortement demandeurs de services publics et d’accompagnement social, face aux difficultés de la vie quotidienne.

Cette « magie » est dans notre ville d’autant plus inopérante auprès de cette population que ce discours de défausse s’accompagne de passe-droits ressentis ou, à tout le moins, d’un manque de transparence dans l’accès aux services publics (attribution de logements, de places de crèche, dérogations de secteurs scolaires), ou de comportements vécus comme discriminatoires (faiblesse des conditions d’accueil dans les services de la ville), qui concerne aussi la gestion du personnel et de ses droits, en particulier syndicaux et d’une désinvolture manifeste dans les réponses faites aux demandes adressées aux services par les intéressés (en particulier, dans les logements gérés par IDF Habitat, mais aussi pour l’entretien des écoles) qui, contrairement à ce que pense la « nomenklatura » locale, sont de mieux en mieux informés. Un seul exemple : lors des grèves, fréquentes, dans les cantines scolaires (les grèves du jeudi…), il est de notoriété publique que les fonctionnaires municipaux n’y perdent pas grand-chose (pour employer une litote…), alors que les vacataires, nombreux, ne sont tout simplement pas payés puisque les cantines ne fonctionnent pas…

Au total, l’adhésion au mouvement initié par l’équipe de Mamadou SY ne repose pas principalement sur des références idéologiques « révolutionnaires », même si son discours en est émaillé, mais plutôt sur un sentiment d’abandon, voire de mépris, qui exacerbe les frustrations de ses partisans, face à un pouvoir local, plus soucieux de les instrumentaliser que d’y répondre positivement.

Bien sûr aussi, Champigny, n’est pas Fontenay-sous-Bois, Ivry ou Vitry, villes, qui de par leur configuration et leur histoire ont encore les moyens, certes sur un mode mineur, de pratiquer un « communisme municipal », qui a fait les belles heures de la ceinture rouge de Paris des années 50 aux années 70.

Mais s’il est vrai que la municipalité manque structurellement de moyens, il est alors légitime d’interroger la pertinence de son modèle de développement, plutôt que d’instrumentaliser le mécontentement, et d’envisager un profond changement de cap et de méthode, si l’on veut répondre aux besoins exprimés par la fraction la plus populaire de ses habitants (environ un bon tiers), mais aussi, par les couches moyennes, qui, certes dans une moindre proportion, sont néanmoins aussi exposés aux dysfonctionnent de la municipalité, tout en devant acquitter des contributions jugées lourdes qu’elles soient tarifaires ou fiscales.

Mais, changer de modèle, c’est-à-dire, changer la politique d’urbanisme, c’est se donner pour objectif une répartition plus homogène de la population du point de vue social entre les différents quartiers de la ville, c’est aussi augmenter les capacités contributives de la population via la politique de construction de logements neufs, sans préjudice pour les locataires du parc social, c’est aussi avoir un discours clair et cohérent vis à vis des entreprises que l’on souhaite voir s’implanter à Champigny, le tout pour disposer de davantage de ressources et mieux répondre aux besoins de tous.

Mais, un tel virage ne peut avoir d’effets à court terme tangibles et suppose une action constante sur longue période. En conséquence, dans l’immédiat, le changement attendu doit résider prioritairement dans la transformation du rapport concret de la municipalité à la population, de telle sorte que ce qui est décidé, à partir de l’écoute et dans la concertation, se vérifie dans la pratique.

Dans ces conditions, que peut faire Mamadou Sy, qui, comme c’était prévisible se trouve confronté à un choix cornélien.

S’il se retire, on lui objectera que tous les efforts engagés ont été vains, alors qu’il est en position de « faiseur de roi » ; s’il se maintient, il sera l’objet d’un procès en sorcellerie de la part de la « gauche » qui lui reprochera de faire le jeu de la droite et de l’extrême droite, selon la ritournelle habituelle; s’il se rallie, il affaiblira la portée des critiques qu’il a opposées à la majorité sortante et il on lui reprochera de perpétuer le système qu’il a dénoncé avec force.

Ainsi, on peut présager que les pressions vont continuer de s’exercer sur lui et qu’il sera l’objet d’un marchandage, dont on pourrait découvrir, a posteriori, les termes…

Toutefois, on peut aussi considérer que sa réussite du premier tour le confortera dans le bien-fondé de son positionnement et qu’alors il n’aurait rien à gagner, hormis des écharpes à se rallier à la majorité sortante.

Dans cette hypothèse, lui et ses amis seraient des portes paroles minoritaires des « sans voix », face à une majorité de gauche ou de droite qui serait alors en situation d’imposer leurs choix, ce qui serait inédit à Champigny.

Personnellement et pour avoir été confronté en 1995 à ce choix, mais dans un contexte différent, puisque à l’époque, je me reconnaissais dans un parti politique, en l’occurrence le PS, je ne referai pas l’erreur d’accepter une fusion, quoiqu’il en coûte (en l’occurrence, l’exclusion à l’époque), pour toutes les raisons ici évoquées.

Cela étant, le maire sortant vient de lancer un appel vibrant au rassemblement. Cette exhortation est touchante. Mais, peut-elle convaincre, après tant d’invectives, de petites mesquineries, de mensonges, de propos culpabilisateurs et autres poncifs d’une rhétorique usée, qui masquent mal le véritable projet du parti majoritaire, “garder Champigny” dans son escarcelle, comme on garde un trophée et ne rien changer de fondamental, alors que tout évolue autour, le territoire, la métropole, et plus encore, suite aux bouleversements qui se profilent en raison de l’actuelle crise sanitaire. etc. ?

Certes l’on sait bien que Champigny, est un symbole politique fort pour le Parti communiste (la ville de Georges Marchais..), aujourd’hui réduit à une sorte de « butte témoin » d’une histoire séculaire, dont la dynamique s’est progressivement brisée, depuis le dernier quart du 20èmesiècle, les désillusions engendrées par le « socialisme réel » l’emportant sur les espoirs qu’il suscitât, ainsi que l’illustre la régression de son influence électorale au niveau national depuis une quarantaine d’années (Cf. Les 2,5% des voix obtenues par le PCF aux dernières élections européennes au niveau national).

Mais l’on sait aussi et surtout, que pour le PCF, notre ville joue dans le Val de Marne un rôle stratégique crucial, qui la dépasse, compte tenu de son apport décisif à la majorité du Conseil départemental, le dernier qu’il dirige depuis 1976.

Et c’est, au demeurant, ce qui explique la très longue liste des soutiens d’élus politiques nationaux du PCF, de ses alliés de circonstances et de syndicalistes CGT, qui, en venant, de façon inhabituelle, à la rescousse de l’équipe municipale sortante, soulignent ainsi une angoisse existentielle bien compréhensible.

Mais dans cette affaire, l’avenir de notre ville et de ses habitants se trouve donc, de fait, instrumentalisé au service d’une cause idéologique et politique, qui la dépasse.

C’est sans doute pourquoi son noyau dirigeant s’échine à faire accroire que pour que Champigny soit une ville pour tous, solidaire et humaine, créative et dynamique, il faille, contre toute évidence empirique, qu’elle soit nécessairement dirigée par un Maire étiqueté communiste, alors que bien d’autres villes populaires répondent à ces caractéristiques, dans l’intérêt de tous, sans être, pour autant, ainsi estampillées.

Champigny, ville solidaire humaine et dynamique, etc., Oui, cent fois oui. Mais après tant d’années et d’expériences vécues, bien souvent comme décevantes, par celles et ceux qui se sont investis dans l’action municipale au service de la population, peut-on encore croire en ces discours et autres slogans annonciateurs de catastrophes, si jamais, Champigny était « perdue » ? Mais perdue pour qui ? perdue par qui ?

La réponse viendra bientôt. Mais la distance entre le premier et le second tour fera nécessairement peser, qu’on le veuille ou non et quel que soit le résultat final, un doute sur les intentions réelles des électeurs.

Cette exception à la règle électorale, qui veut que les 1er et 2ème tours soient liés et aussi rapprochés que possible pour éviter au maximum les manipulations de l’électorat, laissera des traces, et pourrait être une source de contentieux et de nouveaux conflits, dont on se serait bien passé sans le contexte anxiogène et stressant qui est et sera notre lot quotidien pour longtemps encore.

Jean-Louis Besnard, le 30 mars 2020