ELECTIONS MUNICIPALES LE 28 JUIN

Le choix du gouvernement pour les élections municipales : l’organisation du second tour, le 28 juin, entre risques d’insincérité et principe de réalité

Le point de vue de Jean Louis BESNARD

Quel aurait été la bonne solution pour clore cette édition 2020 des municipales ? Telle est la question que se sont sans doute posés nos concitoyens, en particulier, en particulier ceux des quelques 5000 communes, à ce jour directement concernés par l’élection de leurs conseillers municipaux. A cet égard, deux options se présentaient avec leurs avantages et inconvénients respectifs.

-Reporter la conclusion du processus électoral, après l’été pour des raisons sanitaires, pour les communes qui n’avaient pas renouvelé leurs conseils le 15 mars ?

Outre qu’il n’existe aucune garantie sur l’échéance de la fin de la pandémie, cette option, aurait bloqué le fonctionnement des intercommunalités d’ici là : quid, dans ces conditions, des investissements à réaliser, qui représentent 70% de l’investissement public sachant que les plus grandes villes sont concernées et que la crise économique est là, qui exige que des décisions soient prises pour en enrayer les conséquences et faire en sorte que notre pays renoue avec l’engagement de projets et les créations d’emplois.

De plus, entre temps, c’est à dire d’ici là et a fortiori, le début 2021, les maires toujours en place auraient eu tout le temps nécessaire pour agir et convaincre davantage d’électeurs.

Il aurait aussi fallu, ainsi que l’a préconisé le Conseil d’État, refaire les deux tours pour faire respecter, a minima, le principe d’égalité de traitement entre tous les candidats et tenir compte des inscriptions sur les listes électorales, intervenues d’ici là.

Enfin, compte tenu des contraintes de calendrier (débat sur les lois financières au Parlement à l’automne, élections sénatoriales), cette nouvelle élection n’aurait pas pu avoir lieu avant le début de l’an prochain, ajoutant un nouveau scrutin à ceux devant renouveler les conseils départementaux et régionaux prévu pour le début du printemps 2021.

-Organiser le 2ème tour fin juin dans les quelques 5000 communes où aucune liste n’avait obtenu la majorité absolue ?

Cette solution, sous réserve du respect de conditions de sécurité sanitaires correctes, est juridiquement possible, bien que dérogatoire au code électoral, qui précise que le second tour doit être organisé dans la semaine suivant le premier, pour des raisons d’équité et de clarté, bien compréhensibles.

Mais, pour autant, ce choix n’aurait pas été davantage idéal. Depuis le 15 mars, en effet, les maires en place et singulièrement, ceux qui étaient devancés à l’issue du premier tour, comme à Champigny, ont eu tout le temps nécessaire pour occuper, voire saturer l’espace médiatique souterrain des réseaux sociaux et, surtout, utiliser les moyens municipaux, en particulier de communication, pour vanter leur action, sans que leurs opposants aient pu exposer par les mêmes canaux, leurs critiques mais aussi leurs suggestions, ainsi que nous avons pu le constater dans notre ville.

Il y a donc, ici et là, manifestement, une rupture d’égalité de traitement entre les différents candidats restant en lice et d’insincérité de ce scrutin, source de futurs contentieux et de procès en illégitimité, qui, au lieu d’apporter la sérénité requise, risque fort de créer un climat de tensions et de suspicions préjudiciable au déroulement de la campagne électorale et, au-delà, à l’accomplissement du prochain mandat municipal.

Entre ces différents inconvénients et risques, sanitaire et politique, le gouvernement a choisi et c’était son devoir de le faire.

Lui reprocher de n’avoir arbitré qu’entre de mauvaises solutions en optant pour un second tour le 28 juin est d’autant plus facile et hypocrite que, avant le 15 mars, l’on n’a pas entendu de plaintes, en particulier de la part de ceux qui, parmi les maires sortants, étaient alors en compétition, contre la tenue du premier dans les conditions que l’on sait…

Bien au contraire, on a entendu à l’époque, nombre d’élus et pas des moindres, exiger que le premier tour ait bien lieu le 15 mars comme prévu, tandis que d’autres, parfois les mêmes, ont imputé, aux conditions de déroulement de ce scrutin et à l’abstention, leur mauvais résultat. Mais l’on sait bien qu’au royaume de la mauvaise foi, tous les coups sont permis !

Une chose est certaine, après le 28 juin, si cette date est confirmée, on pourra passer à autre chose, pour le meilleur et le moins bon, mais en toute démocratie, principe de réalité obligeant… !