GEOTHERMIE fausses frayeurs et vrais problèmes

Yves FUCHS

A partir d’un incident récent en Alsace certaines personnes ont exprimé des craintes quant à la possibilité d’incidents du même type sur le sondage envisagé à Champigny en bordure du terrain de sport René Rousseau   A ceux qui s’inquiètent je souhaite expliquer les différences importantes qui existent entre le projet mis en cause en Alsace et celui de CHAMPIGNY et pourquoi je ne partage pas leur inquiétude en ce qui concerne le projet RENE ROUSSEAU

Quelques mots d’abord pour dire très brièvement ce qu’est la géothermie.

I             Il s’agit d’un ensemble de connaissances concernant la répartition des températures dans la croute terrestre ; globalement on observe que lorsqu’on descend dans la croute terrestre la température augmente d’environ 1° tout les 30 m ; cette augmentation de température est particulièrement forte dans les zones où existent des activités volcaniques actuelles ou récentes

De telles zones où le degré géothermique est particulièrement élevé font l’objet de projets industriels d’utilisation de cette source d’énergie naturelle, non polluante ;

La première utilisation de la géothermie a lieu en Italie. » En 1818, l’industriel François Larderel a l’idée de recouvrir les étangs de Montecerboli d’une cloche en pierre afin d’extraire du bore. Les vapeurs s’en émanant sont captées vers des chaudières en cuivre créant la formation d’un dépôt d’acide borique extrait des boues.
Cette extraction fait la fortune du jeune entrepreneur qui utilise à cette occasion, pour la première fois, la géothermie à échelle industrielle.

De 1832 à 1842, François Larderel effectue des forages afin de récupérer directement les gaz surchauffés des sous-sols et ainsi augmenter le débit pour le chauffage des fours de son industrie, parvenant même à produire de l’électricité (extrait du site: paleoenergetique.org)

En Islande les serres chauffées grâce à la géothermie permettent même de produire… des bananes (en petite quantité)          . Plus sérieusement la géothermie  couvre 90% des besoins de chauffage d’Islande et assure 27% de sa production d’électricité ;

En France à la Guadeloupe la centrale électrique de Bouillante, ouverte en 1996, a une capacité de production de 100 Gwh et le prix de revient est environ de 50% inférieur à celui de l’électricité produite par les moyens conventionnels.

Hors de ces zones privilégiées où les flux de chaleur liés au volcanisme sont actifs la géothermie joue un rôle important dans le chauffage urbain. Sous la région parisienne vers 2400 M  de profondeur l’étage géologique du Bajocien (Jurassique moyen) est représenté par un calcaire oolithique particulièrement poreux. L’eau qui imbibe la roche à cette profondeur est à une température qui varie de 55 à 62°et cette géothermie dite de basse énergie est presqu’exclusivement consacrée aux réseaux de chaleur. Malgré son intérêt en termes de cout et de lutte contre la pollution la géothermie ne représentait en 2016 que 7% de la production de chaleur des réseaux urbains en Ile de France (tandis que les combustibles fossiles entraient pour 56% dans le total) ; depuis 2016 la part de la géothermie tend à augmenter plus rapidement ;

Qu’est ce que le projet Wandenheim? En novembre un séisme de magnitude 3,2 a secoué le nord de la plaine alsacienne ; aujourd’hui les enquêtes scientifiques sérieuses mettent en cause dans ce cas des mouvements de certaines failles profondes et pointent la responsabilité de sondages profonds réalisés dans le cadre des recherches de ressources géothermiques ;

Cette hypothèse n’est pas farfelue ; les données dont on dispose évoquent des sondages profonds (4000 m) et des températures élevées mais aussi des roches ayant une porosité très faible donc aucune possibilité de circulation d’eau ; pour augmenter la porosité la société privée concessionnaire du projet a décidé de recourir à la technique dite du fracking qui consiste à injecter de l’eau sous de très fortes pressions pour fracturer la roche et provoquer l’apparition de microfissures. Adoptée aux USA pour l’exploitation du gaz de schiste elle a fait la preuve de son impact très négatif sur l’environnement.

Aussi cette technique a-t-elle été interdite en France par la loi

 LOI n° 2011-835 du 13 juillet 2011 visant à interdire l’exploration et l’exploitation des mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique et à abroger les permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique

La société privée concessionnaire a joué sur les mots ; considérant que formellement la loi interdisait spécifiquement l’utilisation de la fracturation hydraulique dans le cadre de la prospection et l’exploitation de l’huile de schistes (une menace importante en 2011 elle tente de justifier l’utilisation de la fracturation hydraulique par le fait qu’il ne s’agit dans le cas alsacien de rechercher de l’huile de schistes mais de développer la géothermie ;

En réalité la chose est plus complexe ; la géothermie est certes au centre du projet mais la société n’a jamais cachée vouloir exploiter le lithium dont les eaux profondes de ce secteur seraient riches. La transgression au moins de l’esprit de la loi de 2011 sur l’interdiction de la fracturation hydraulique a donc une raison financière ; le lithium, métal rare (et dont les prix grimpent) est un des éléments stratégiques essentiels de la transition écologique. Actuellement les réserves connues en lithium sont localisées dans trois pays andins :la Bolivie, le Pérou et le Chili. Possédant sur leur territoire 90% des réserves  connues de lithium ces 3 pays pourraient devenir selon l’expression d’un analyste new yorkais l »les émirats du golfe » de la deuxième moitié du 21ème siècle.

C’est donc l’espoir de réaliser des profits qui a conduit le groupe en question à mettre en danger l’environnement; le vieil adage latin « chercher à qui le crime profite » est toujours valable même dans le domaine de la transition énergétique.

Rien de tel à CHAMPIGNY. L’affaire est bien cadrée. Les seules personnes qui en tireront profit seront les campinois résidants des immeubles qui seront desservis qui verront les charges de chauffage baisser substantiellement, les finances municipales (chauffage de la mairie et des groupes scolaires); et aussi tous les habitants d’Ile de France qui sont intéressés à ce que les méthodes de chauffage traditionnels utilisant les combustibles fossiles (charbon, fuel) soient remplacées par de la géothermie, technique respectueuse de la qualité de l’air.

ALORS TOUT SERAIT POUR LE MIEUX ? non car les résidents du quartier ont rappelé une question trop souvent éludée : la présence d’anciennes carrières de gypse sous le quartier ; les vides résultant d’anciennes exploitations du gypse se trouvent entre 35 et 50 m de profondeur ; ils peuvent devenir dangreux avec l remontée vers la surface de « fontis » ; l’extension des anciennes exploitations est connue mais le gypse a une caractéristique qu’on ne doit pas oublier : sa solubilité ; une étude réalisée au début des années 1970 par le Laboratoire Central des Ponts et Chaussées a montré que la solubilité du gypse est fonction de la température de l’eau et que au cours des 10 années précédents l’étude la température des eaux souterraines sous Paris avait augmenté de 1,5° , conséquence des activités humaines très energivores en surface ;

Le danger est connu. De catastrophiques éboulements ont marqué l’histoire des banlieues comme à Clamart où le 1er JUIN 1961 six rues disparurent il y eut 21 morts ; 45 blessés, 273 sinistrés ;

Nous demandons une étude rapide sur les possibilités de parer à ce danger ; diverses méthodes peuvent être envisagées de l’injection de bétons « maigres » au remblai par utilisation des déblais du métro Grand Paris Express ; des décisions rapides sont nécessaires ; elles porteront leurs fruits en permettant le développement urbain dans un quartier désormais sécurisé à proximité immédiate du métro de Champigny Centre ;

YVES FUCHS

Géologue