GRAVE POLLUTION AU BENZENE, UN QUARTIER SE MOBILISE

Il y avait environ 70 personnes ce jeudi 28 avril, salle Bassis, rue des Chaloux pour sinformer sur cette grave pollution au benzène qui a touché la rue de Dunkerque et l’extrémité est de la rue du Monument. Au départ une bonne trentaine de pavillons concernée ainsi que la résidence des Lyonnes.

Face à ce public M. Dominique Adenot, maire de Champigny,  M. le Sous-Préfet de Nogent assisté d’un ingénieur de la DRIEE (Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement et de l’Energie), 3 cadres de la société ESSO,un expert de la société ARKADIS, chargée par ESSO de faire une étude sur ce grave accident de pollution et de proposer des moyens d’y remédier et un médecin de l’ARS (Agence Régionale de Santé).

De quoi s’agit-il ? Début 2009 les habitants de ce secteur commencèrent à se plaindre des odeurs d’hydrocarbures qui envahissaient leur maison. On soupçonna le garage Renault proche, le casse de voiture  ou la station service Esso située à l’angle de la rue du Monument et de la RN4. Finalement ce n’est qu’en mai 2010 que les services scientifiques de la police purent mettre en évidence le fait que la pollution était liée à une fuite d’essence sans plomb, provenant de la station service ESSO et que le danger pour les riverains résidait dans les émanations de benzène additif habituel des essences.

  La station ESSO fermée

La station fut alors fermée et sur injonctions répétées et de plus en plus pressantes de la Préfecture du Val de Marne ESSO missionna la société ARKADIS pour une étude de cette pollution et afin de trouver des solutions pour y remédier et éliminer les polluants.

Cette réunion de jeudi 28 avril avait donc pour but d’informer les riverains sur les premiers travaux et de répondre à leurs questions.

L’état des lieux : Les différents sondages effectués ont montré l’existence d’une zone polluée importante au droit de la station. Dans cette zone il existe deux types de pollution l’une ancienne concerne du carburant de type gas oil, l’autre plus récente de l’essence sans plomb.

L’origine de la fuite de l’essence serait non pas une cuve elle-même mais un défaut dans la tuyauterie d’alimentation des cuves. A chaque fois qu’un camion citerne ravtaillait la station une partie de l’essence au lieu de rejoindre la cuve s’infiltrait ainsi dans le sous sol et rejoignait la nappe phréatique dite de sub-surface à quelques mètres de profondeur. Cette pollution finissait par rejoindre l’égout qui se trouve dans l’axe de la rue du monument. C’est à travers la connexion à cet égout (tout à l’égout) que les émanations de benzène remontaient dans les pavillons..Dans les pavillons reliés au tout à l’égout entre le rond point et la rue de Dunkerque et dans la rue de Dunkerque entre la rue du Monument et la N4 les valeurs mesurées dépassaient 5microgrammes par m3 d’air. (la valeur limite pour le benzène dans l’air a été fixée à 5 microgrammes par m3 (5mg/m3) par la directive européenne 2008/50/CE du 21 mai 2008 mais la réglementation française plus stricte prévoit une limite à 2mg/m3)

Travaux en cours

Les questions que l’on se pose : La question  c’est comment se fait-il que ces fuites et les pollutions qu’elles engendrent n’aient pas été détectées plus tôt ? Les stations services sont considérées comme des installation dites « Seveso » c’est-à-dire faisant l’objet de contrôles répétés du fait de leur danger potentiel pour l’environnement. Ce sont en principe les services de la préfecture qui sont chargés de cette mission. Ces inspections ont-elles été effectuées à quelles dates ? Les services chargés de ce travail disposent-ils de tous les moyens techniques et humains pour mener ce travail à bien. Dans une période où les services publics voient leurs moyens rognés et leurs effectifs rabotés on peut se poser la question.

L’autre question concerne la société ESSO. Comment est-il possible que au moins les services de la gestion commerciale ne se soient pas aperçus de différences entre les volumes de carburant livrés à la station et les quantités vendues ? les responsables d’ESSO présents sur place ont indiqué que des variations (de l’ordre de 1%)  existent sur la mesure des volumes en fonction de la température. Etant donné l’importance de la pollution observée on a du mal à croire que les quantités d’essence perdues ne représentent que 1% du volume. Alors négligence de la part d’ESSO ?

De toutes façons la question de la sécurité des stations service est posée. Ce qui s’est passé rue du Monument et rue de Dunkerque pourrait bien arriver à proximité d’autres stations services de Champigny et d’ailleurs. Il faut absolument que des inspections plus poussées soient pratiquées à intervalle régulier au voisinage des stations par les services de l’état.

Les premières mesures prises  

En urgence la station a été fermée et les cuves vidées.

Les premières recherches ont permis de faire une carte détaillée de la pollution et de son étendue dans les sols (c’est là que l’on a constaté l’existence d’une pollution ancienne au diesel).

Ensuite avec l’accord de la municipalité de Champigny on a « purgé le réseau d’égout » de façon à éliminer le principal vecteur de la pollution.

Du fait de cette mesure il n’y a plus que deux pavillons dans lesquels on relève des teneurs en benzène supérieurs à la norme européenne de 5microgrammes par m3 d’air.

Que reste-il à faire ?

Il reste à comprendre pourquoi ces 2 pavillons présentent toujours des teneurs anormalement élevées et à trouver un moyen d’y remédier.

Par ailleurs il existe toujours une zone polluée dans le sol et c’est une menace latente. En effet si le réseau de tout à l’égout a bien été purgé des percolations restent possibles et des émanations de benzène dans les maisons à travers les sous-sols sont possibles.

Que va-t-on faire ?

Dans une première étape on étudie les différentes façons de « lessiver » la pollution présente dans le sous sol mais on n’a pas encore fait un choix.

Esso proposera aux propriétaires des habitations concernées « d’imperméabiliser » leurs immeubles de façon à empêcher toute remontée de benzène à partir de la nappe polluée.

Par ailleurs le réseau d’égout sera intégralement remplacé et isolé afin de ne plus pouvoir servir de drain pour les émanations des polluants encore présents dans la nappe. M. Adenot, maire, a justement souligné que ces travaux ne pouvaient être à la charge du contribuable campinois mais qu’il était normal que le coût en soit supporté par  ESSO responsable de la pollution.

Pourquoi les riverains restent inquiets et mobilisés

Plusieurs questions inquiètent les riverains

1/ Ils souhaitent être assurés que la surveillance sera maintenue et que d’éventuels déplacements de la pollution soient signalés

2/ ils souhaitent que les mesures de dépollution soient effectuées au plus vite et le mieux possible pour que leurs biens immobiliers (pavillons, terrains) souvent fruits de décennies de travail et d’épargne, gardent leur valeur commerciale.

3/ Ils souhaitent un dédommagement de la part d’ESSO pour le préjudice subi

4 mais surtout et cela s’est exprimé fortement ils souhaitent des garanties sur le suivi médical.

En effet le benzène est un polluant dangereux pour la santé. Le CCHST (Centre canadien hygiène santé au Travail, organisme dépendant du gouvernement canadien) écrit :

« Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a conclu qu’il y a suffisamment de signes de cancérogénicité du benzène chez l’humain. L’évaluation globale faite par le CIRC est celle d’un produit du groupe 3 (cancérogène chez l’humain). Le National Toxicology Program (NTP) a établi que la cancérogénicité du benzène est notoire. L’American Conference of Governmental Industrial Hygienist (ACGIH) a signalé que le benzène est un cancérogène confirmé chez l’humain (A1)…une relation de cause à effet a été établie entre l’exposition au benzène et la leucémie. L’exposition au benzène a aussi été liée au cancer du système lymphatique (lymphome), au cancer du poumon et au cancer de la vessie (urothélial).. »

La représentante de l’ARS a signalé que les médecins de Champigny avaient été réunis par les soins de l’Ars pour être informé du problème de santé et que des analyses de sang spécifiques seraient prises en charge tous les deux ans pour les personnes exposées (et tous les ans pour les moins de 15 ans et les plus de 65 ans) et ceci pendant 10 ans.

Les personnes présentes estimaient que 10 ans c’était trop peu, que cela ne représentait qu’une période où les leucémies pouvaient se produire avec la plus forte probabilité mais qu’il n’était pas exclu que le délai soit plus long et que donc cette période était trop limitative.

Une association constituée

Les riverains concernés  ont constitué une association pour défendre leurs droits