La Vague

par Clément Vaché,

Une déferlante, un tremblement de terre, un tsunami…les mots sont faibles pour désigner le probable ressenti de nos « camarades » Communistes, et dans une plus large mesure de la gauche, tel le choc a été violent en cette soirée électorale du 28 Juin 2020 à l’Hôtel de ville de Champigny-sur-Marne.

Ce coup de semonce était néanmoins prévisible, pour celles et ceux qui ne voient pas la vie campinoise que par le petit bout de la lorgnette…

Cela faisait un moment que le principal leader de l’opposition campinoise imprimait sur la ville. Presque une dizaine  d’années  qu’il convoitait la terre rouge sans relâche, matin, midi, soir…

On peut reconnaître au personnage le mérite de la ténacité. Investi politiquement depuis les années 1990, colistier en 2001 sur la liste du RPR,  ses amis de l’UDF  et lui en furent chassés  lors de la partielle de 2002. Privé de mandat, il poursuivra son engagement en 2008 avec le MODEM, puis en 2012 avec les Républicains et enfin il finira chez Libre avec Valérie PÉCRESSE. Un parcours idéologiquement non linéaire  mais qui lui a permis de prendre l’ascendant sur la droite campinoise après le départ de ses principaux cadres au début des années 2010.

Le coup n’était pas déjà passé loin en 2014, j’étais alors colistier de Dominique ADENOT et Christian FAUTRÉ était notre Directeur de campagne. Malgré des vents nationaux  très défavorables pour la gauche,  la liste de Dominique ADENOT l’avait emporté en 2014. Il faut dire que le Maire maîtrisait sur le bout des doigts ses dossiers et la récente union de la droite  était dans les faits, peu préparée à l’exercice du pouvoir…

Alors que la gauche aurait dû se remettre en question dès le lendemain de l’élection et tout au long du mandat, cela n’a pas été le cas pour diverses raisons.

Parmi celles-ci un phénomène aura perturbé la majorité municipale à partir de 2017 : il s’agit évidemment de l’effondrement électoral du parti socialiste et l’émergence de « En Marche ». Alors que le parti communiste avait de plus en plus besoin  de l’appui de ses partenaires pour conserver la commune, voici que son principal allié s’effondre subitement au profit d’une nouvelle composante.

La plus grande maladresse du Maire de Champigny durant ses deux ans de mandat aura probablement été  d’emblée de désigner le parti présidentiel comme l’adversaire à abattre. L’attitude de nos « camarades », consistant à constamment dégommer l’échelon national, avait déjà été problématique sous la présidence de François HOLLANDE provoquant des remous au sein de la majorité.

Cette stratégie s’est révélée catastrophique lors de la campagne électorale du Maire sortant, en jouant la carte du local contre le national, les élus et militants communistes sont complétement passés au travers des enjeux locaux.

L’ingénieuse idée de Christian FAUTRÉ d’assimiler d’emblée les listes de « Champigny pour tous » et « Pour Champigny » à des listes de droite, l’a coupé de potentiels soutiens et surtout a renvoyé une image radicale et stéréotypé de son positionnement politique. Ceci est d’autant plus surprenant que le Maire sortant, issu de la liste « En avant Champigny »,  a été colistier d’une liste qui au-delà  de revêtir la forme d’une union de la gauche a surtout été une alliance opposée aux populistes, un « front antifasciste » pour utiliser des termes plus archaïques mais qui font sens, lorsque certains sondages donnent potentiellement Mme LE PEN victorieuse du scrutin de 2022…

Le plus abject dans tout ça pour notre camarade, c’est que ce sont des militants et des cadres de « En Marche » qui ont appuyé sa candidature lors du duel final et ont asséné les coups les plus rudes au vainqueur de ce scrutin…

Il y a bien sur une multitude d’autres raisons à ce revers électoral : le fait est que la droite l’a emporté de façon très nette sans alliance entre les deux tours. Son électorat s’est mobilisé, elle a joué sur la peur du déclassement, sur l’urbanisme et arguant de ses vieilles méthodes habituelles ; la propreté, l’insécurité, la ghettoïsation, l’assistanat… De son côté l’électorat plutôt classé à « gauche » , ces petits propriétaires, ces enseignants, ces ouvriers , ces techniciens, ces cadres intermédiaires du secteur public et privé, ont clairement décroché, oubliant de se rendre aux urnes ou pire se jetant dans les bras du candidat Laurent JEANNE.

Cette droite, il faut tout de même s’y arrêter quelques secondes, car à l’exception de quelques éléments du MODEM et du parti présidentiel, elle n’incarne en rien le progressisme.

Comment pourrait-on évoquer une droite du progrès, alors que l’ambiguïté avec l’extrême droite est tellement perceptible ? La venue du sénateur CAMBON sur les marches de l’Hôtel de ville  tout sourire aux côtés de M.JEANNE le soir du second tour en témoigne directement. Monsieur CAMBON s’était enlacé dans la même soirée avec M. Philippe GAUDIN à Villeneuve-Saint-Georges, lequel avait fait alliance en 2014 avec le Front National. Ce même sénateur, parrain politique de M.JEANNE, s’est félicité de la victoire de M. Charles ASLANGUL à BRY-SUR-MARNE, jeune personnage sulfureux condamné en justice pour violences politiques et animateur du mouvement extrémiste « Oser la France », association revendiquant le retour aux valeurs « judéo-chrétienne » sur la page d’accueil de son site internet… Il reviendra à nos futurs édiles de lever le doute sur toutes ces ramifications… à moins que le choix en soit clairement assumé…

Alors localement la vague est passée, les urnes ont parlé, il s’agit désormais d’être vigilant sans être dans un esprit revanchard avec cette nouvelle majorité. Il y aura des lendemains plus heureux pour la gauche réformiste à Champigny. C’est à elle désormais de se reconstruire, de s’interroger, et être prête pour les prochaines échéances, notamment la présidentielle de 2022 qui ne va pas être une mince affaire…

Clément VACHÉ                                                                                                                                                                                                 Conseiller municipal sortant 2014 à 2020