Le Bois l’Abbé à la une?

Lundi dernier Champigny faisait la une de la presse, on en parlait sur les radios, la télé n’était pas en reste (BFMTV avait été la première chaîne à en parler) : un commissariat aurait été attaqué à Champigny.

Des Franciliens comme des Alsaciens ou des Bretons qui n’avaient jamais entendu parler du Bois l’Abbé découvraient brusquement cette cité et les informations contradictoires se succédaient.

 « Dans un communiqué, l’UNSA Police dénonçait lundi 4 « l’aisance de certains jeunes à s’attaquer à un commissariat de police avec pour simple prétexte leur opposition à la création d’une ‘patrouille anti-trafics' ». Le syndicat estimait que « force doit rester à la loi » et qu’il « est inconcevable de penser qu’un groupuscule de jeunes gens puisse, dans la violence, dicter la ligne de la politique locale en matière de sécurité ».dépêche AFP reprise sur le site du Nouvel Observateur lundi 4 juillet à 15H40

France Soir ce lundi 4 juillet écrivait : « Une source policière le décrit comme une attaque mûrement réfléchie. Une vingtaine de jeunes armés de barres de fer et de pétards aurait foncé sur le commissariat, installé en plein cœur de la cité du Bois-Labbé. Motif : ils seraient mécontents du récent déploiement d’une brigade spécialisée de terrain (BST). (…)Vers 1h30 la nuit du dimanche à lundi, quatre cocktails molotov sont lancés sur le parking du même commissariat. Un véhicule est endommagé mais l’attaque ne fait aucun blessé. Les assaillants réussissent à prendre la fuite.

 

Toutefois France Soir ajoute

« De cette attaque, il ne reste aucune trace lundi, hormis les doutes et les interrogations des habitants de la cité. Certains d’entre eux assurent qu’ils n’étaient pas au courant de la création d’une nouvelle brigade et que tout serait parti d’un «jeu de gamins » avant que les premières interpellations ne donnent plus d’ampleur à l’évènement. »

Et La Croix de lundi pose le problème des relations jeunes-police en soulignant «qu’une marche de plus a été franchie, ce week-end, dans l’échelle des violences qui sévissent quotidiennement entre certains jeunes habitants des quartiers populaires et des policiers». »

Pour la préfecture du Val de Marne cependant les faits ne seraient pas si graves

«des petites fusées de feux d’artifices ont été projetées à un moment vers les policiers».Pour la préfecture, «c’est plus une connerie de gamins désœuvrés qu’une opération programmée».

Et Libération peut en conclure

« «La double attaque du commissariat» de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) du week-end dernier se révèle être un pétard mouillé ».

C’est aussi l’avis DE DOMINIQUE ADENOT Maire de Champigny sur Marne

Dans un communiqué (que nous reproduisons en entier) daté du Lundi 4 juillet il écrit :

 

« Dans la nuit de samedi à dimanche, des jeunes ont jeté des pétards sur les véhicules de police stationnés devant le commissariat du Bois l’Abbé. Plusieurs mineurs ont été interpellés et des poursuites sont en cours.

Aucune personne n’a .été attaquée directement, ni blessée.

Ces faits, que nous condamnons, sont répréhensibles. Mais ils ont été largement déformés et surmédiatisés pendant tout le week end. Sans vérification, des médias ont parlé d’attaque, de barres de fer, de mortiers … Ce qui n’a rien à voir avec la réalité des faits.

Il faut que cet engrenage s’arrête.

La jeunesse, les habitants du Bois l’Abbé et de la ville n’auraient rien à gagner d’un enchaînement de provocations et de violences.

Nous appelons les jeunes au calme. Nous demandons aux parents de rester vigilants quant à ces agissements et aux médias de se garder de toute surenchère et d’en rester aux faits.

L’été commence et il y a mieux à faire pour la vie et le bien être de tous. C’est le temps des vacances, du sport et des loisirs. Nous proposons à tous de privilégier ce temps aux rencontres et à la détente. La municipalité organise durant tout l’été de nombreuses activités qui apporteront à chacun de la satisfaction et de bons moments partagés. Au contraire de la violence et de la stigmatisation d’un quartier et d’une ville. »

 

Interrogé mercredi 6 Juillet par le journaliste Yves Calvi sur TV5 dans le cadre de l’émission C dans l’air ( vous pouvez voir la vidéo de cette émission titrée Les Keufs même pas peur » sur http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index en allant dans Archives à la date du 6 juillet) M. Adenot après une condamnation de principe donnait des explications plus détaillées citant le taux de chômage très élevé, le recours à une économie souterraine (drogue mais aussi commerce de contrefaçons). Il soulignait le caractère dérisoire des moyens donnés aux politiques d’insertion alors que des taches même auxiliaires dans l’économie souterraine sont plus grassement payées.

Insistant sur la nécessité de la participation citoyenne et parlant des demandes que les « mamies » ( ?) des Boullereaux avaient faites auprès de la Mairie pour que soit mis fin aux trafics dans leur hall il se voyait vivement rappelé par Yves Calvi que ce n’était peut être pas aux « mamies » d’intervenir mais que cela aurait du être à la mairie de le faire plus tôt.

Le propos de M. Adenot contenait nombre d’observations juste mais son souci principal était surtout d’éviter que le nom de Champigny, du Bois l’Abbé (et par ricochet de la municipalité qu’il dirige) soit associé à l’idée de violence et de désordre.

Ce souci d’éviter des dérives vers le spectaculaire et de garder à Champigny une image sereine est compréhensible. Elle ne doit pas faire oublier que le problème existe et qu’il faut s’en préoccuper sérieusement.

Au cours de son débat sur TV 5 M. Adenot insistait sur le fait que l’économie souterraine s’était mise en place il y a une vingtaine d’années déjà et que sans doute aurait-il été nécessaire d’être plus vigilant et intervenir à ce moment reconnaissait-il.

Ne faut-il pas aussi commencer des aujourd’hui à prendre au sérieux les incidents du Bois l’Abbé.

C’est la question que posait lundi 4 le site Marianne2.fr qui reprenait sous le titre : « Un commissariat attaqué à Champigny-sur-Marne : une blague de jeunes? » des extraits d’un billet du blog du magistrat Philippe Bilger : « les propos du préfet de Val-de-Marne, Pierre Dartout, et de son entourage me semblent inadaptés quand ils allèguent : «C’est plus une connerie de gamins désoeuvrés qu’une opération programmée» (20 minutes, nouvelobs.com). Ils sont sujets à caution, que l’affaire soit intrinsèquement grave ou qu’elle perde de son importance symbolique après enquête. Dans tous les cas, rien de plus maladroit que cette réaction immédiate semblant par avance exonérer ! On a tort de plaisanter avec ces incidents de la vie sociale qui, à force de se multiplier, sont pris à la légère parce qu’on ne se sent plus le courage de les tarir à la source par une politique digne de ce nom. ».

 

Il faut en effet, que ces faits aient été ou non grossis par certains organes de presse, les prendre au sérieux. Le communiqué de UNSA-Police, organisation syndicale connue par son sérieux, les propos des fonctionnaires de police interviewés dans le cadre du reportage accompagnant l’émission de TV5 le confirment. Il s’est passé quelque chose d’anormal au Bois l’Abbé, plusieurs soirs de suite.

Refuser de voir les problèmes, regarder ailleurs ne sert a rien. Poser par principe que dans un régime républicain le respect de la loi s’impose à tous n’a rien à voir avec les délires sécuritaires de l’extrême droite et de la droite populiste. Le respect de la loi est une obligation pour tous (y compris bien sur la police) et la sécurité de tous est un droit que la gauche doit avoir à cœur de défendre (et donc accepter de regarder les problèmes en face).

 

Ce même week end (2-3 juillet) des rodéos et des incendies de voitures dans les rues de Champigny

Peut-on refuser de voir le problème ?

Est-on capable de le faire ? Raffaele Simone, homme de gauche, politologue italien renommé,  écrit  » Dans de nombreux pays on considère comme étant résolument de droite le fait de soutenir que la criminalité-petite moyenne et grande- suscite une inquiétude chez les citoyens et doive être punis sans pitié «  (R. Simone, le Monstre Doux, Gallimard, p.39) et il cite cet interview du maire de gauche d’une grande ville italienne qui déclarait dans le Corriere della sera du 11 mai 2007 : « ce n’est pas (être) de droite (que de) prendre un voleur qui a dévalisé une vieille dame et le jeter en prison. Défendre la vieille dame est ce de gauche ou non ? »

 

Il est grand temps de prendre la mesure du problème réel.