Les gens sourient.

par Yves Fuchs

La rue où je réside est très calme en cette période de confinement. De par sa géométrie elle est peu favorable aux rencontres entre voisins, aux relations ; Elle est bordée de pavillons sur un seul côté et ces pavillons font face à des murs fermant le fond des jardins de pavillons tournés vers une autre rue.

A part les pavillons il y a plus bas que chez moi une petite résidence de 3 étages. Une vieille maison de ville à deux étages complète cette liste. Subdivisée en studios loués fort chers elle a vu les Brésiliens d’il y a 10 ans être remplacés progressivement par des personnes arrivant de l’Est de l’Europe (Roumanie, Moldavie) ;

Le premier jour où à 20 H une petite manifestation de soutien au personnel soignant engagé dans la lutte contre le virus fut organisée il y avait trois personnes sur le trottoir tapant sur des couvercles de marmites avec des quilles ; des cuillères en bois. Rapidement le mouvement s’est amplifié.

Il y a maintenant des gens sur le trottoir, aux fenêtres de la résidence et de la maison où logent les immigrés d’Europe de l’Est. Tous tapent sur des casseroles ou applaudissent. Non que les gens espèrent chasser par le bruit le virus comme j’ai vu enfant le faire dans les Landes contre une invasion de criquets. En faisant du tintamarre avec tout ce qui leur tombe sous la main ils manifestent leur admiration et leur solidarité au personnel de soins engagé directement dans la bataille. Espacés sur les trottoirs (barrières obligent) aux fenêtres de la résidence, de la vieille maison, français, ou roumains ou moldaves ils expriment leur solidarité ;

Regarde m’a dit mon épouse, les gens sourient et c’était vrai ; sur le trottoir les gens souriaient

« Quand ce sera fini, a lancé sur le trottoir un monsieur quelques maisons plus haut, on fera un repas de voisins».

Notre rue est en train de changer.