Migrants, Réfugiés? Il faut en parler, en débattre…

Comment devient-on migrant, ou réfugié ou personne déplacée? Comment en arrive-t-on  à tenter traverser la Méditerranée sur des bateaux poubelles ? à se heurter aux barrières de frontières fermées ?  Est-ce quelque chose de totalement choisi, voulu, ou devient –t-on migrant, réfugié parce que contraint de le devenir ?

Essayons d’imaginer, de nous penser comme ces hommes, ces femmes, ces enfants en fuite.  Quelles raisons seraient si fortes que nous (vous, moi)  choisirions de quitter notre ville, nos amis, notre pays, notre langue pour partir dans un pays étranger dont nous ignorerions généralement tout, la langue, la culture, la façon de vivre. Posez-vous la question. Quel bouleversement serait assez fort pour que je prenne la décision d’émigrer vers un autre pays disons par exemple le Japon ? ou même vers un pays  sans doute plus proche culturellement comme les USA, dont certains rudiments de langue et de culture sont connus de beaucoup d’entre nous. Réfléchissez. Il faudrait que la vie ici soit devenue totalement impossible  (guerre civile, famine etc.).

Si des gens quittent leur ville ou leur village, leur maison, affrontent des dangers mortels pour tenter d’arriver en Europe c’est parce que des guerres déchirent leurs pays. Somalie, Erythrée, Soudan, Yémen, Afghanistan, Irak, Syrie. .. Avec la guerre, la société est déchirée, les écoles, les hôpitaux sont dévastés, ne fonctionnent plus. Des minorités religieuses, ethniques sont persécutées menacées de disparaître. Choisir l’exil c’est une décision qui ne se prend pas à la légère mais seulement quand il devient impossible de faire autrement.

La question de la responsabilité de ces crises graves se pose bien évidemment. L’action de potentats locaux, l’inadéquation des aides au développement dans beaucoup de cas, la corruption, des interventions militaires extérieures tels sont quelques-uns des multiples leviers qui conduisent aux situations de catastrophe dont souffrent de nombreux pays.

Lorsqu’il arrive chez nous le migrant, le réfugié devient un immigré. Son accueil pose des problèmes. La France subit une grave crise : chômage, misère pour certaines couches populaires, difficulté pour se loger c’est réel. Mais c’est la responsabilité des gouvernants de mettre en place les structures d’accueil qui permettront à l’arrivant de maitriser la langue et de trouver sa place le mieux possible soit qu’il veuille s’installer en France soit qu’il envisage de retourner dans son pays d’origine dès que les circonstances le permettront.

La France est un pays d’accueil et ceux qu’elle a accueillis lui ont en retour beaucoup donné.

On évoque souvent, à ce sujet, les grands noms de la science comme Mme Curie, de l’art comme Picasso pour dire tout ce que certains migrants ont apporté à la France.

C’est exact, qu’il s »agisse de la science, des arts, des sports toute la culture française s’est enrichie des apports  de savants, d’artistes, de sportifs d’origine étrangère.

Mais quand on dit cela on oublie tout ce qu’ont apporté les autres, les sans grades, par leur travail.

Je pense à ces milliers de Polonais, fuyant la famine qui régnait sous le régime autoritaire du général  Pilsudski, qui, avant la deuxième guerre mondiale ont puissamment contribué au développement du bassin houiller du Nord-Pas de Calais.

Je pense à tous ces Italiens qui fuyant  la répression, pour la plus grande part ouvriers agricoles des Marches ou de Romagne sont venus apporter la main d’œuvre nécessaire au développement des mines de fer  et de la sidérurgie lorraine.

Je n’oublie pas le rôle essentiel qu’ont joué dans les maquis et les réseaux de la Résistance, les émigrés républicains espagnols pourtant souvent mal accueillis en France en 1939 mais qui se sont battus et pour certains sont tombés pour la France.

On ne peut pas passer sous silence ce que le développement de la construction automobile doit à l’apport des ouvriers maghrébins que certaines firmes sont allées recruter jusque dans leur village.

La France est faite de tous ces apports. Terre d’accueil elle s’est enrichie, humainement, culturellement et en même temps son économie en a profité.

Champigny aussi, est une ville d’apports  multiples, de rencontres. Où en serait resté Champigny si elle n’avait pas profité de la dynamique de la communauté d’origine portugaise ?

Certains vont répétant qu’aujourd’hui c’est différent, qu’il ne s’agit plus d’émigrés européens, mais de gens issus d’Afrique et du Proche Orient qui, selon eux, s’adapteraient difficilement dans notre vie sociale. Je leur réponds que la distance ne fait rien à l’affaire et je  rappelle, qu’au tournant du 19ème et du 20ème siècle, les groupes d’extrême droite de l’Action Française s’en prenaient violemment dans le quartier Montparnasse aux « émigrés » bretons qu’ils accusaient de venir prendre le travail des ouvriers parisiens (on parlait alors de « bretonnade » pour qualifier ces actes racistes).

L’accueil des migrants, des réfugiés, des personnes déplacées, n’est pas sans nécessiter des efforts, pour qu’ils trouvent leur place au sein de notre communauté. C’est un défi mais ce défi la est noble et le relever correspond au génie de notre peuple. Le gouvernement, les responsables doivent porter un plan d’accueil. Cela ne devrait-il pas être un des thèmes à débattre pour les candidats à l’élection présidentielle, et pour ceux des législatives ? C’est important non ?

Le Front National, et d’autres, qui le suivent plus ou moins ouvertement, salissent le débat en mettant au centre de leur discours la peur, le rejet de l’autre de sa différence. Soyons clairs. Il faut à notre pays une politique d’accueil, avec les moyens qui vont avec. Cette question ne peut pas être cachée, occultée dans les débats des prochaines échéances électorales. Parce que laisser s’établir la « jungle » à Calais ou/et la « déménager » ce n’est pas une politique digne de notre pays.

Aux frontons de toutes les mairies de France figure la devise de la république

Liberté, Egalité, Fraternité. Vous avez bien lu ? Fraternité .

Yves FUCHS