Quelques commentaires après le premier tour

Le fait de ce premier tour des cantonales c’est l’abstention. Elle est telle qu’elle met au second plan l’analyse des résultats obtenus par les candidats. Que signifie que M. Ouzoulias soit en tête avec 43,34% des exprimés quand ces 2021 voix obtenues ne représentent en fait que 14,86% des inscrits et que son suivant M. Plainchant du Front National qui a obtenu 16,73% des exprimés ne représente lui que 5,74% des inscrits.

M. Ouzoulias est le seul candidat à avoir dépassé le seuil fatidique de 12,5% des inscrits, qui permet de se maintenir au second tour. C’est parce que le législateur dans un souci d’expression pluraliste a prévu que au cas où un seul candidat a franchi le seuil de 12,5% des inscrits, le second serait autorisé à concourir au second tour quelque soit son résultat du premier que M. Plainchant pourra se présenter le 27 mars

Il n’empêche. Le 27 mars les électeurs auront à choisir pour les représenter entre 2 candidats dont le total cumulé des suffrages obtenus représente  juste 20% des inscrits soit un électeur sur 5 !

 

 

Une abstention massive dont le sens politique a changé :

 

L’abstention (65,72% des inscrits ne sont pas allé voter) surprend  donc par son ampleur si on compare avec la participation sur ce même canton en 2004 : 61,48% de votants. Il faut toutefois noter que depuis quelques années la participation aux différents scrutins sur ce canton (et ailleurs) est inférieure à 40%.  Il y a eu 36,55% de votants sur ce canton centre aux élections européennes de 2009 et 39,48% aux régionales de 2010. Aujourd’hui les 34,28% de participation établissent certes un record en négatif mais ils ne déparent pas les chiffres précédents. On a dit et écrit que les cantonales intéressaientt peu les gens, que le canton avait de moins en moins de sens dans une France de plus en plus urbanisée (alors qu’il en avait plus c’est vrai dans une France rurale), que de toutes façons la réforme territoriale faisait de ces conseillers généraux élus pour 3 ans seulement des élus aux rabais, que le gouvernement qui ne fait pas bonne figure dans les sondages d’opinions avait tout fait pour que les gens se désintéressent de ces élections etc. etc. Mais rappelez vous en 2009 ne disait-on pas des choses semblables à propos des élections européennes? Ne nous a-t-on pas expliqué l’abstention record par le fait que l’Europe c’était loin des gens, mal connu, trop abstrait. Et en 2010 lors des régionales n’a-t-on pas dit que la très forte abstention s’expliquait par le fait que la région était abstraite ne représentait rien dans l’histoire des gens, que son domaine d’intervention était mal connu etc. etc.

Il faut regarder les choses en face. A l’exception des élections présidentielles (et par ricochet des législatives qui leur sont associées depuis la réforme constitutionnelle) et des élections municipales l’abstention devient majoritaire lors des autres scrutins.

Pourquoi?

La présidentielles et les municipales ont un sens pour les électeurs. Ils savent que dans le système qui est le nôtre le rôle du Président est primordial dans tous les aspects de la politique. Ils jugent que cette élection est essentielle. Lors de l’élection présidentielle de 2007, ce n’est pas si loin, le pourcentage de participation sur le canton centre atteignait 84,88% au premier tour et 83,67% au second. Lors de la municipale de 2008 la participation atteignait encore 56,08 sur ce canton. Chacun est attaché à la politique de la ville et au choix de son maire.

Il y a des élections donc qui attirent plus les électeurs que d’autres mais il ya en même temps un développement rapide de l’abstention sur un fond de rejet de la politique ou plus exactement des politiques et des pratiques réelles ou supposées des politiques. Il suffit d’écouter les réflexions. Une des plus fréquentes c’est .« droite ou gauche tout ça c’est pareil ». On avait coutume auparavant d’entendre les gens exprimer leur soutien à une « politique de gauche » synonyme de meilleures conditions de vie, de salaires etc. ou au contraire à une politique de droite garante de certaines valeurs traditionnelle, d’une certaine stabilité etc. Cela ne fonctionne plus. Depuis 1981 et ses grands espoirs la gauche a déçu. Et la droite qui avec Nicolas Sarkozy avait su habilement rajeunir son discours et gagner à lui une partie importante de l’électorat populaire lors de la présidentielle de 2007 (Travailler plus pour gagner plus) paie aujourd’hui son échec.

A cela s’ajoute une méfiance grandissante vis-à-vis d’une classe politique que, du fait de scandales divers, les gens considèrent comme corrompue et échappant aux lois.

Des affaires comme l’affaire Bettencourt avec l’implication de Eric Wörth, les aventures tunisiennes de MAM donnent à l’électeur l’impression que les politiques servent plus leurs intérêts personnels que les intérêts du pays ou du moins ne font guère de différence entre les unes et les autres.

Ce ne sont pas forcément les « affaires » les plus spectaculaires qui touchent le plus les citoyens. La semaine dernière un article du journal Le Monde rapportait que je ne sais quel secrétaire d’état avait profondément choqué ses électeurs de l’Eure parce qu’arrêté par des gendarmes à la suite d’un grand excès de vitesse il s’était targué de sa fonction pour faire savoir qu’il échapperait à l’amende et au retrait de points.

Il ya une désaffection profonde des électeurs vis-à-vis de la politique. Ce n’est pas nouveau mais ce qui a changé c’est que cette désaffection ne touche plus aujourd’hui les mêmes catégories que hier.

Lors de précédentes élections (voir dans nos archives) on a toujours pu mettre en évidence un phénomène récurrent sur Champigny à savoir que les quartiers pavillonnaires ou votant plus à droite étaient ceux où les taux d’abstentionnistes étaient les plus bas tandis que les grands ensembles (Boullereaux sur le canton centre, Bois l’Abbé dans le haut de Champigny) se signalaient par des taux d’abstention record.

Quand on regarde les chiffres de participation lors de cette cantonale de 2011 on voit que ce n’est plus vrai. Quelque chose a changé. La répartition de l’abstention est devenue plus complexe :

 en rouge sur ce tableau les bureaux qui ont le plus voté

Bureau de Vote

Inscrits

Votants

% participation

11 G. Politzer Maternelle

1088

388

31,99

12 H. Bassis Primaire

1132

397

35,07

13 H. Bassis Maternelle

1061

332

31,29

14 Gymnase Tabanelli

958

391

40,81

15 LCP Morlet

1087

336

30,91

16 J. Vacher Maternelle

1068

384

35,86

17 Cuisine Centrale

1058

340

32,14

18 J. Curie Maternelle

1002

350

34,93

19 D. Casanova Maternelle

1053

342

32,48

20 A. Thomas Maternelle

870

331

38,05

21 A. Thomas Primaire

1214

413

34,02

22 E. Cotton Maternelle

1115

377

33,81

23 Salle du Jeu de Paume

1099

391

35,58

Champigny Centre

13805

4732

34,28

Sur les 13 bureaux  les 6 qui ont le mieux voté (35% ou au dessus) sont aussi bien des bureaux couvrant des zones où l’habitat social domine (Jeu de Paume, A. Thomas Maternelle, J. Curie Maternelle) que des bureaux correspondant à des zones pavillonnaires ou mixtes.

Parmi celles qui votent le moins on trouve aussi bien des zones à habitat individuel dominant (LCP Jean Morlet, Cuisine Centrale) que des zones à dominante d’habitat social (D. Casanova avec Les Boullereaux).

La dichotomie qui caractérisait  les votes à Champigny depuis 20 ans à savoir:

 *Quartier d’habitat social (HLM et assimilés)= participation faible=larges majorités de gauche et surtout PCF

 *Quartier à dominante pavillonnaire= participation plus forte= influence du PCF plus faible

a-t-elle disparu pour ce vote et si oui : quelle signification a ce changement ?

On constate que dans certains bureaux  l’abstention relativement plus faible correspond à un niveau élevé du vote en faveur du Front National. Les deux bureaux qui ont les plus fortes participations : le bureau 14 Tabanelli (40,81% de votants) et le bureau 20 Albert Thomas Maternelle (38,05% de votants) sont aussi ceux où le Front National enregistre ses meilleurs résultats (respectivement 19,95 et 24,62%). Alors que classiquement sur Champigny on assistait à un système de vases communicants  entre la droite classique et le Front National autre chose commence à apparaître. Certes le système des vases communicants fonctionne toujours  au bureau 19 (Casanova Maternelle= Les Boullereaux). Sur ce bureau la droite à toutes les élections obtient globalement 25 à 30% des voix ceci selon les votes au profit tantôt de la droite classique tantôt du Front National. A ce scrutin ci c’est le FN qui avec 19,52% des voix a siphonné  les voix de l’UMP (5,71% seulement !).

Mais dans d’autres bureaux comme Tabanelli ou Albert Thomas Maternelle il s’agit de quelque chose de différent et de nouveau. Des abstentionistes potentiels se sont mobilisés pour venir déposer un bulletin du Front National dans l’urne.

Ceux là se sont des gens modestes, des employés, des petits cadres qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, qui ont perdu leurs repères, leur confiance en eux et en la possibilité de s’en sortir qui vont d’une nostalgie d’un passé totalement révolu (retour au franc) à l’incompréhension de l’évolution des mœurs, qui subissent les difficultés de voisinages difficiles, sont sensibles à l’insécurité. Ceux là sont allés voter FN. Ils constituent une nouvelle vague d’électeurs FN. Ce sont eux qui ont fait changer la géographie de l’abstention sur le canton.

L’ampleur du non-vote, la transformation du contenu de l’abstention sont les faits essentiels de cette élection.

Au-delà on peut ajouter quelques notes concernant les différents courants politiques.

Le FN passe de 9,15%  et 664 voix en 2004 à 16,74% et 780 voix en 2011. Ce ne sont pas forcément les mêmes électeurs. Ce vote est très politique. Les électeurs FN ont voté Marine le Pen. Sur les affiches on n’a jamais vu une photo de M. Plainchant mais seulement des photos de Mme Le Pen. M. Plainchant qui a déjà été candidat à Champigny Ouest (2008), législatives de St Maur (2007) et à Fontenay Est (2004) n’a aucune attache à Champigny, c’est un simple nom. On pourrait se poser la question: M. Plainchant existe-t-il ? mais il a obenu 16,74% des suffrages et sera présent au second tour.

A l’UMP l’amaigrissement annoncé est arrivé. Il promettait d’être sévère et il l’a été. La candidate a payé pour le discrédit de l’action gouvernementale et présidentielle. Elle subit aussi les contrecoups de la crise des municipales dans la droite. Elle n’obtient que 613 voix et 13,15%des exprimés contre 1592 voix et 21,94% à M. Derouineau en 2004. Pire elle passe derrière le FN et ne sera pas présente au second tour rompant avec la tradition de duels au second tour entre la droite classique le candidat du PCF. La question qu’on peut se poser c’est dans quelle mesure les électeurs de l’UMP réagiront-ils comme la conseillère municipale de ce parti qui au cours de la campagne des cantonales avait clairement déclaré qu’en cas de duel gauche-FN au second tour elle voterait pour le FN au nom de « valeurs plus proches des siennes »

Europe-Ecologie Les Verts avait pour la première fois un candidat à cette cantonale. Avec 494 voix et 10,59% il ne se tire pas trop mal d’affaire dans un type d’élection qui ne favorise pas ce type de courant. Avec ce résultat pas trop en retrait sur celui des régionales de 2010 (13,39%) EE-LV confirme son implantation à Champigny.

Le Parti Socialiste subit une érosion importante au plan local. Avec 665 voix et 14,26% il recule par rapport à 2004 (1124 voix et 15,49%) Son candidat avait pourtant mené une campagne active et dynamique rompant avec un certain immobilisme traditionnel dans les campagnes précédentes. A Champigny le PS présente la caractéristique de réaliser lors de scrutins locaux des scores inférieurs à ceux réalisés lors de scrutin nationaux (Mme Royal avait obtenu 3362 voix et 29,99% lors du premier tour de la Présidentielle de 2007). Il faudra bien qu’un jour le PS à Champigny trouve une solution à ce problème.

M. Ouzoulias candidat du Front de Gauche (PC+PG) obtient un succès indéniable et sa victoire au deuxième tour parait assurée. Il gardera le titre de plus ancien conseiller général du département (sans interruption depuis 1985). Son succès il le doit au travail des militants du PCF, seul capable à Champigny de déployer une telle activité politique de proximité ainsi qu’à son implantation ancienne.

Avec 43,34% des suffrages il progresse par rapport à son résultat de 2004 (35,75%) mais il n’avait pas cette fois-ci de candidats d’extrême gauche (ils avaient totalisé en 2004 4,62%). Il perd toutefois 573 voix par rapport à 2004 passant de 2594 suffrages à 2021.

Les pertes sont irrégulières. En général il perd peu sur les bureaux ou il avait ses scores les plus faibles (Cuisine Centrale). Il gagne même quelques voix à Jeanne Vacher (+22 voix +11%) mais enregistre des pertes en voix importantes sur des bureaux plus populaires comme Bassis Maternelle où il perd très exactement la moitié de ses voix , Bassis Primaire  et Danielle Casanova (les Boullereaux ou il en perd 40%).

Aussi importante qu’elle ait été l’activité des militants elle n’a pu totalement empêcher que l’abstention ne l’affecte lui aussi.