Quelques enseignements du premier tour

Ce premier tour des élections a permis d’y voir un peu plus clair sur le rapport exact de forces des courants politiques en présence et d’aborder un second tour où rien n’est joué ni sur le canton de Champigny 3 ni sur celui de Champigny 4 (ex Champigny Est + Chennevières).
A première vue la gauche dans son ensemble ne se sort pas si mal de la situation. C. FavierJ. Lagadec dans le canton de Champigny 3 sont largement en tête, la défection du PS ne semble pas les avoir en quelque façon gênés et sur l’autre canyon (Champigny-Chennevières le binome Kennedy-Audheon est en tête, de peu il est vrai.
Canton de Champigny-Chennevières
Sur la partie Champigny du canton de Champigny Chennevières le binôme M. Kennedy- A. Audeon réalise un bon score : avec 2011 voix et 40,37% on est en dessous du nombre de voix obtenu en 2008 (2431) mais le pourcentage reste équivalent 40,37 au lieu de 40,09%. La baisse du nombre des suffrages est simplement la conséquence d’une abstention plus importante. La participation sur cet ancien canton Champigny Est n’est que 37,07% contre 50,0% en 2008.
La candidature socialiste (C. Adomo-J. Djebara obtient sur la partie Champigny de ce canton 754 voix et 15,13% loin de ce que C. Adamo avait recueilli aux législatives de 2012 sur ce canton (1643 voix et 27,99%) mais retrouvant un score proche de l’étiage de 2008 (A. Traoré 903 voix et 14,89%). Le Parti socialiste subit un tassement important mais ce n’est pas la catastrophe annoncée par certains.
Les forces de gauche restent nettement majoritaires sur l’ancien canton de Champigny Est. Il n’en est pas de même sur l’ensemble du canton actuel, rassemblant cet ancien Champigny Est et Chènnevières. Le duo Kennedy- Audhéon est en tête avec 2746 voix (30,03%) et devrait bénéficier au 2ème tour de l’apport des voix du PS qui s’est désisté (1307 voix et 15,13%). La gauche est minoritaire sur ce canton mais peut encore prétendre gagner car la droite est divisée. J.P. Barnaud-I de Amorin (UMP+UDI+MoDem) a obtenu 2493 voix (27,26%), Devige Th.-V. Recher (FN) 1843 voix (20,15%) et Borduy C.-Haemmerle B. (Divers Droite) 756 voix et 8,27%.
La réponse n’est pas simple. Que feront au second tour les électeurs du FN ? Iront-ils au secours de Barnaud-de Amorin ? S’abstiendront-ils et dans quelle proportion ?
Que décidera le tandem Haemmerle-Borduy qu’une inimitié profonde oppose à M. Barnaud sur fond de contestation, annulations puis nouvelles élections municipales à Chennevières. Les pressions « amicales » mais pressantes de la droite Val de Marnaise les conduiront-ils à apporter leur appui à M ; Barnaud au 2ème tour ? Et quel sera l’effet même de cet appui (si appui il y a) alors que la droite cannavéroise est profondément divisée?
Une situation très compliquée donc dans laquelle rien n’est joué et les abstentionnistes du premier tour, s’ils décident de voter au second pourraient bouleverser la donne.
La participation n’a été en effet que de 37,07% à Champigny, légèrement plus élevée à Chènnevières (41,90%). C’est sans doute d’une mobilisation différentielle des abstentionnistes en sa faveur que viendra la victoire pour un des deux camps présents au deuxième tour
M.Kennedy-J. Audhéon (Front de Gauche bénéficiant du désistement PS)
J.P. Barnaud-I. de Amorin (UMP+UDI+MoDem)

La situation est différente sur le canton de Champigny 3.
Avec 5511 voix et 45,64% des suffrages exprimés le binôme C. Favier J. Le Lagadec (Front de Gauche avec le soutien de EELV et de Gauche Citoyenne) réalise un excellent score au premier tour et relègue à 1298 voix et 10,75% leur principal adversaire L. Jeanne-A. Thiroux (4213 voix et 34,89%).
C’est un beau succès car, comme L. Jeanne le soulignait dans sa campagne sur les bureaux composant ce nouveau canton il avait aux municipales obtenu plus de suffrages que la liste du maire D. Adenot (FG+PS). Que s’est-il donc passé ?
La campagne de Jeanne a été maladroite. Elle a sans doute été vécue par son auteur comme une revanche des municipales qu’il avait perdu en 2014 et cela a été fortement ressenti. Les nombreuses critiques sur la politique de construction, sur l’urbanisme (qui ne dépendent pas du Conseil Départemental) sont des défalques du programme municipal de la liste qu’il conduisait aux dernière municipales, de même que les nombreux appels à chasser les communistes de la direction du département n’étaient pas de saison car le PC en 2014 n’est plus ressenti comme un danger même par des gens qui ne se sentent pas proche de lui. De plus en visant par ces termes un homme (C. Favier) qui n’est pas ressenti dans la population comme un homme d’appareil les stratèges de la campagne de Jeanne se sont trompés de bataille.
Il y a un net recul du total des listes Jeanne-Thiroux et Barnaud –de Amorin par rapport aux municipales. Lors du premier tour des municipales 2014 la liste conduite par M. Jeanne, avec les même soutiens politiques qu’aujourd’hui, dépassait la majorité absolue dans 3 bureaux de vote (Marcel Cachin Primaire, Léon Frapié Primaire et Jean Jaurès Primaire. Il n’en reste qu’un en 2015: Jean Jaurès Primaire. Il y a un an le score de la liste Jeanne était inférieur à 25% des votes exprimés dans 9 bureaux de vote. C’est le cas aujourd’hui dans 15 bureaux de vote. Les candidats UMP+UDI+MoDem sont dépassés par le FN dans 10 bureaux de vote Il s’agit pour la plupart de bureaux de vote de grands ensembles de logement sociaux (Boullereaux, Mordacs, Bois l’Abbé) mais aussi de bureaux parmi ceux qui votent le plus à droite à Champigny à savoir les bureaux Romain Rolland A et B (Coeuilly) les seuls à avoir placé Nicolas Sarkozy en tête au deuxième tour de la présidentielle 2012!
Si on examine pour les bureaux de vote 1 à 20 les performances de la coalition de droite (UMP+UDI+MoDem) et du FN respectivement en 2014 et en 2015  un certain nombre de faits saute au yeux.

1/ La droite perd sur tous les bureaux de vote sans exception en nombre de voix recueillies et en pourcentage dans 19 bureaux sur 20.
Le FN perd en voix dans 8 bureaux sur 20 et gagne en voix dans les 12 autres. Il gagne en pourcentage dans tous les bureaux sauf 1.
L’explication réside clairement dans une motivation supérieure, une meilleure mobilisation des électeurs potentiels du FN qui se sont moins abstenus que ceux de la droite classique.

2/ Un examen plus détaillé permet de mettre en évidence un autre phénomène : les gains en voix et en pourcentage du FN sont les plus importants là où les pertes de la droite classique sont les plus fortes (bureaux 12,19, 20) et a contrario les gains du FN sont faibles là où la droite perd le moins (bureaux 8,9). La conclusion s’impose. Il n’y a pas eu seulement une mobilisation différentielle des électorats Droite classique et Front National il y a eu aussi des transfuges des électrices et des électeurs qui avaient choisi en 2014 la liste Jeanne et qui ont préféré en 2015 le binôme Rougier Hotze.

La droite peut-elle espérer ramener à elle ces électeurs partis au FN ou s’ils s’abstiennent au second tour, peut-elle espérer mobiliser suffisamment d’abstentionnistes du 1er tour pour combler 11 points d’écart ? On peut en douter mais le résultat risque quand même d’être serré.
Les candidats Favier Lagadec ont réussi leur premier tour. Les tergiversations du PS, sa décision, in fine de retirer son soutien au binôme Favier Le Lagadec n’ont pas désorienté les électeurs de gauche. Sur des bureaux du Centre Ville comme le 14 (Gymnase Tabanelli) ou le 15 (LCP Jean Morlet) où l’influence du Front de Gauche n’est pas prédominante et où le PS Gauche Citoyenne et EELV font de bons score le binôme Favier Le Lagadec arrive en tête (43,44 % contre 39,92% Jeanne Thiroux à Tabanelli et 47,02% contre 36,20 à Morlet). Clairement l’électorat de gauche s’est retrouvé sans problème sur les noms deChristian Favier et Jeannick Le Lagadec

Le Front National mute-t-il ?
C’est une question qu’on est en droit de se poser au vu des résultats. Sur l’ensemble de la commune de Champigny le Front National à ces départementales obtient 2844 voix soit 16,70% des exprimés. Aux dernières municipales le FN avait obtenu 2613 voix et 12,45% des voix. En nombre d’électeurs le FN progresse peu (+231) et c’est la mobilisation plus forte de son électorat, plus convaincu de l’importance d’aller voter qui explique sa progression en pourcentage. (le taux de participation pour l’ensemble de Champigny était de 54,07% aux municipales de 2014 contre 41,19% à ces départementales de 2015. Le FN qui représentait 6,07% des inscrits aux municipales de 2014 passe à 6,82% en 2015.
Et pourtant il y a des bureaux où le FN progresse tandis qu’il stagne ou régresse dans d’autres.
Les bureaux où le FN dépasse la droite classique sont tous des bureaux de quartiers où dominent les ensembles de logements sociaux.

Canton 4

23 Gymnase P. Owens
30 Maurice Thorez maternelle
31 Maurice Thorez maternelle
32 Centre de loisirs A. France
33 Solomon Maternelle
34 Solomon Maternelle
42 MPT Bois l’Abbé

Canton 3

19 D. Casanova Maternelle
20 Albert Thomas maternelle
Si l’on compare les gains et pertes respectives de la coalition UMP+UDI+MoDEm (Droite + Centre Droit) et du FN entre les municipales 2014 et les départementales 2015 on constate des glissements significatifs

Différentiel FN                               Différentiel Droite
Casanova maternelle                             +21                                                    -29
M. T horez maternelle 1                        +14                                                    -17
Centre Loisirs A. France                         +8                                                      -29
Solomon 2                                                +5                                                      -17
Solomon 1                                                +5                                                        -7
MPT Bois l’Abbé                                    +11                                                      -17

La conclusion s’impose. Le FN qui réalisait auparavant ses meilleurs scores dans certains quartiers pavillonnaires (Coeuilly ) s’implante maintenant dans les grands ensembles de logements sociaux. Il ne le fait pas, comme cela a été décrit dans d’autres banlieue en gagnant les suffrages d’électeurs déçus de la gauche et particulièrement du PCF. Ce phénomène n’existe pas à Champigny. Dans les grands ensembles de logements sociaux l’abstention est forte, la majorité de ceux qui se déplacent pour voter votent à gauche mais une minorité (20 à 30% selon les quartiers) vote à droite. Le phénomène a commencé il y a quelques années aux Boullereaux et s’étend maintenant à toutes les cités : un glissement du vote droite vers un vote FN. Pour le moment le phénomène n’affecte que l’électorat qui vote classiquement à droite mais la donne pourrait changer si le FN étendait son influence aux abstentionnistes des cités.