Régionales: acte II et fin

                                                 Champigny 2ème tour

La gauche majoritaire

                              La droite piétine

                                                             Le FN pose question

Globalement les choses peuvent sembler simples. Au deuxième tour il y a plus de votants qu’au premier : 20.465 soit 48,25% des inscrits au lieu de 16.773 (39,55%). Cela se traduit par une augmentation du nombre des suffrages exprimés de 3481.
Toujours aussi grossièrement on peut comparer le total de voix obtenues par les trois listes de gauche du premier tour qui ont fusionné (Front de Gauche, Parti Socialiste et Europe Ecologie Les Verts) soit 8332 avec le résultat de la liste d’union au second tour : 10.504 voix et en conclure que la liste de gauche a attiré 2172 des nouveaux électeurs soit entre la moitié et les 2/3 de ceux qui se sont déplacés uniquement au second tour.
La liste de Mme Pécresse (Republicains+UDI) gagne 2.284 voix par rapport au total de la droite au premier tour (Liste Pécresse+ Liste Debout la France) et peut donc se targuer elle aussi d’avoir réussi à mobiliser entre moitié et 2/3 de ceux qui se sont mobilisés pour le second tour alors qu’ils s’étaient abstenus au premier.
Ceci montre bien les limites d’une approche globale.
Le FN lui recule en pourcentage passant de 17,65% au premier tour à 13,65% au second. Ce recul (-4%) est à attribuer à l’augmentation du nombre des votants puisqu’en voix il reste à un niveau élevé 2.690 voix perdant seulement 174 voix sur le premier tour alors que la perspective d’un duel serré en Ile de France entre la liste de Gauche de M. Bartolone et celle de Droite de Mme Pécresse était de nature à inciter certains de ses électeurs du 1er tour à voter utile au 2ème en soutenant Mme Pécresse comme cela s’était produit à Champigny au deuxième tour des municipales 2014 où un tiers des électeurs FN du premier tour s’était reporté au second sur la liste de droite de Laurent Jeanne.
Le vote FN est-il devenu plus affirmé, plus « idéologique » ?
Autant de questions que seule une approche minutieuse, l’examen des listes d’émargements des 1er et 2ème tours (combien d’électeurs du 1er tour se sont abstenus au second ?) permettrait de résoudre.
On va essayer sur la base des données accessibles sur les différents bureaux de vote de préciser quelques points

1/ Dans quels quartiers l’abstention a-t-elle le plus reculé ?

Sur l’ensemble des bureaux de vote de Champigny la participation a progressé de 8,70 points passant de 39,55% le 6 décembre à 48,25% le 13. Alors que le 6 décembre dans un seul bureau (bureau 7 Marcel Cachin Primaire) la barre des 50% de votants avait été franchie, il y a 24 bureaux dans ce cas lors du second tour, le record restant cette fois aussi au bureau 7 (Marcel Cachin Primaire) avec un taux de participation de 58,05%.
La dichotomie reste forte entre quartiers d’habitat pavillonnaire (participation plus forte) et quartiers à dominante de grands ensembles de logements sociaux (participation moyenne de 34,99% sur les 4 bureaux du Bois l’Abbé).

La réalité est donc plus complexe que ne le laisse paraître une approche globale des résultats. Il faut voit les choses plus dans le détail.
Les listes Bartolone et Pécresse au deuxième tour font simplement le plein des voix potentielles qui s’étaient portées sur les listes ayant fusionné au deuxième tour (liste Front de Gauche, liste PS et liste EELV pour Bartolone) plus un renfort important d’abstentionnistes du premier tour. De même la liste Pécresse recueille ses voix du premier tour augmentées très vraisemblablement de l’essentiel des électeurs de Debout La France de Dupont Aignan (897 voix et 5,53% au premier tour) et de nombreux abstentionnistes du premier tour. Il est difficile par l’étude des bureaux de vote de dire si cette mobilisation supérieure de l’électorat profite surtout à la gauche ou à la droite. Il faudrait aussi pouvoir déterminer quel pourcentage d’électeurs qui avaient voté au premier tour ne l’ont pas fait au second.
Mais ce qui est assez facile à analyser c’est le comportement des électeurs du FN du premier tour, placé devant le choix : continuer à voter FN ou voter Pécresse pour assurer la défaite de la gauche.

Le Front National sort-il renforcé ou affaibli du deuxième tour ?

Globalement le FN perd 174 voix sur Champigny ce qui se traduit par un recul de 4% du fait de l’augmentation du nombre des votants. En fait l’évolution des voix FN sur les bureaux de vote est contrastée.
Il perd des voix sur beaucoup de quartiers mais il progresse sur d’autres en nombre d’électeurs entre les deux tours Dans certains quartiers la progression n’est pas significative (quelques voix) mais dans certains autres il a c’est évident reçu des renforts d’abstentionnistes du premier tour. C’est le cas du bureau 20 Albert Thomas maternelle où il progresse de 12 voix, du bureau 30 Maurice Thorez Maternelle où il progresse de 32 voix. Au bureau 19 (Ecole Maternelle D. Casanova) où le FN avait effectué une percée au premier tour (22,59%) et ridiculisé la droite (8,64%) il perd 8 voix et se retrouve légèrement de peu derrière la droite (17,12 contre 18,11%)
Sur les quatre bureaux du Bois l’Abbé le FN gagne 38 voix entre les deux tours même s’il régresse en pourcentage du fait de l’augmentation de la participation.
Dans les secteurs pavillonnaires les pertes du Fn sont parfois importantes entre les deux tours. Ainsi à Romain Rolland Primaire B le FN perd 34 voix passant de 106 à 72 (soit de 25,36% à 14,55%. Il s’agit d’un bureau qui regroupe les électeurs d’un quartier pavillonnaire et qui est un de ceux de qui votent souvent majoritairement à droite.
En réalité si l’impression se dégage que majoritairement les électeurs FN des quartiers populaires ont maintenu leur confiance à la liste Saint Just, voire même que de nouveaux électeurs se sont mobilisés au second tour pour aller voter pour cette liste qui n’avait pourtant aucune chance d’emporter la région ile de France, tandis que dans d’autres zones où résident des électeurs appartenant aux couches moyennes le FN a perdu des voix d’électeurs qui ont choisi de voter Pécresse pour battre la gauche.
Cette différence de comportement est intéressante. Elle suppose qu’existent des motivations et des attentes différentes du vote pour le FN selon les catégories d’électeur. Comprendre le pourquoi de ces différences serait très intéressant.

En conclusion il faut retenir de ce scrutin qu’il a fini par motiver les électeurs. Si au premier tour 39,55% des inscrits sont allés voter contre 39,83% (-0,28%) au précédent scrutin en 2010 ;, au deuxième tour la mobilisation a été plus forte avec 48,25% de votants contre 43,20% en 2010 (+5,05%).
Il est hautement probable que ce gain de participation entre les deux tours (+ 8,70%) s’explique par le caractère indécis du résultat final entre la liste Pécresse et Bartolone, les électeurs ayant bien saisi l’importance de la gouvernance de cette région d’Ile de France.
Pour le reste les résultats campinois sont indicatifs d’une situation locale assez conforme aux indications fournies par d’autres types d’élections récentes (municipales de mars 2014 et départementales de 2015). La gauche reste majoritaire à Champigny, pas d’une façon écrasante, mais majoritaire (53,30%). A l’intérieur de la gauche le PS passe devant le front de Gauche, de peu tandis qu’EELV recule fortement par rapport au scrutin des Régionales de 2010 qui lui avait été très favorable. La droite piétine rassemblant 1/3 des électeurs (33,06%) tandis que le FN s’affirme dans le paysage politique de la ville avec des potentialités fortes mais aussi des risques dus à l’ambivalence des attentes de ceux qui se prononcent aujourd’hui pour lui.