Réponse à Clément Vaché: Réécrire l’histoire ou bien s’exercer à la lucidité?

PAR Jean Louis BESNARD

Tel est bien l’alternative qui s’offre aujourd’hui aux observateurs de la vie politique campinoise après le verdict sans appel du peuple souverain.

Évoquer comme première cause de la perturbation de la majorité municipale, l’élection présidentielle de 2017, procède bien du premier terme de cette alternative. C’est en effet oublier la cassure du groupe socialiste dès l’automne 2015 imputable à sa Présidente de l’époque, à sa vacuité et à son autoritarisme, qui d’emblée n’a pas permis à ce groupe de 11 élus sur les 36 de majorité, de jouer pleinement leur rôle de force de propositions dans le contexte particulier de l’époque, où, pour la première fois, la majorité municipale n’était que relative.

C’est ainsi oublier que la force d’une majorité se mesure à la capacité de ses composantes à débattre à partir des réalités et à accepter les compromis nécessaires, ce qui suppose que chacune d’entre elles ait une vision claire de l’exercice du mandat que les citoyens leur ont confié, ce qui fit cruellement défaut, depuis le départ, au sein du groupe socialiste.

C’est ensuite oublier le résultat du second tour de 2014 et constater que l’avertissement alors adressé par les électeurs n’a pas été pris au sérieux et au minimum comme une invitation à une remise en cause de certaines orientations de fond, mais aussi et surtout, des pratiques de fonctionnement au sein de l’exécutif municipal. Et ce n’est pas faute d’avoir alerté la majorité sur ce point, dès le début du mandat.

Ensuite, si maladresses du Maire de l‘époque il y eut, quant au rapport avec le gouvernement, celles-ci ont commencé bien avant 2017 et cet affichage politique dicté par le centralisme démocratique du PCF, qui perdure en dépit de ses proclamations, a été néfaste à la cohésion de la majorité municipale (il suffit de relire les discours de Dominique Adenot prononcés au nom de l’ANECR[1], dont il était le président à l’époque pour s’en convaincre).

Récrire l’histoire c’est aussi ignorer l’impact de la disparition de Dominique Adenot au printemps 2018 après son éloignement de l’action municipale dès janvier 2017. Cet évènement dramatique, a eu pour première conséquence de renforcer le rôle de l’administration dans la conduite des affaires de la ville, laquelle s’est de fait partiellement substituée au pouvoir de contrôle des élus, sans bénéfice pour l’efficacité de l’action de la majorité.

Mais cette disparition du Maire et l’élection de Christian Fautré en avril 2018, n’avaient naturellement pas pu être anticipées. Et ce n’est pas faire injure à ce dernier que d’observer qu’il n’avait pas été préparé à cette fonction, ainsi que l’observait d’ailleurs à l’époque en « OFF », certains des membres de sa majorité.

Dans ces conditions, la cohésion de l’exécutif municipal ne s’en est trouvée que davantage fragilisée, alors que, loin de chercher à le rassembler à partir d’une révision des ses orientations pour tenir compte de l’évolution de l’environnement politique local et national, le nouveau maire n’a fait que réaffirmer sa volonté d’appliquer strictement le programme municipal de 2014, réduit aux tables de la Loi.

Pourtant à deux ans de l’échéance de 2020, il paraissait opportun de le revisiter et de tenir enfin compte des tous les avis des membres de sa majorité, pour définir un nouveau cap et une pratique renouvelée de la démocratie locale. On sait qu’il n’en fut rien, le Maire s’étant sur ces deux plans refusés à une discussion véritablement ouverte, hors de la présence de l’administration.

Passer ces faits sous silence renvoie à un défaut de lucidité préjudiciable à la compréhension de l’échec de la majorité sortante.

On peut passer sur les péripéties de la campagne du 1er tour, où l’on a vu classiquement le Maire et son équipe Jouer sur les peurs en accusant ses opposants de tous les maux possibles et imaginables, puisque « ultra-libéraux » et « de droite », tout en invoquant la figure mythique du service public qu’ils seraient les seuls à défendre, oubliant que ce dernier désigne d’abord des services rendus au public, qui présentaient des lacunes évidentes (restauration scolaire, Centres de loisirs, entretien du domaine public et autres lourdeurs administratives dans l’exécution des décisions, etc.).

Puis arriva le confinement et son usage patent à des fins partisanes, ainsi que je l’ai dénoncé dans le compte rendu de la réunion des Présidents de groupe intervenue le 6 mai, soit 5 jours avant son terme, où l’on demanda aux élus présents d’entériner un programme d’action déjà ficelé… Ensuite, ce fut l’annonce de la tenue du second tour le 28 juin qui relança la machine à propagande comme chacun a pu le constater dans différents domaines où les annonces opportunes se sont multipliées..

C’est aussi à cet instant que Mamadou SY et son équipe choisirent de fusionner leur liste avec celle du Maire, après avoir mené, non sans efficacité, une rude bataille contre le système en place…  Il n’est pas question, ici, de juger les raisons de ce choix. Toujours est-il qu’il s’est traduit par la présentation, in extremis, d’une liste encore politiquement et idéologiquement plus hétérogène que celle du premier tour (pour simplifier, de Besancenot à la gauche PS-BOBO), qui, pour de nombreux campinois, est apparu comme une pure manifestation d’opportunisme et d’incohérence.

Enfin, le point d’orgue de cette campagne fut l’incroyable ralliement de certains membres de la liste présentée au premier tour par la République en marche au Maire sortant, alors même que ce dernier n’avait pas eu des mots assez durs pour dénoncer la politique du gouvernement tout au long de ces derniers mois (tous ceux qui y étaient présents, se souviennent de la manifestation d’hostilité organisée par le PCF, lors de la participation du ministre de l’Éducation nationale à la réunion publique de lancement de la campagne de Jean-Michel Schmitt, le 26 septembre dernier).

Le plus cocasse dans cette histoire, c’est que ces nouveaux apôtres du « tout sauf Jeanne » avaient cherché à négocier les conditions d’une fusion avec celui qu’ils présentaient comme le leader d’une « liste de droite-extrême droite » !

Cette volteface, pour le moins contradictoire avec ce qu’est censé incarner LAREM, bien loin d’avoir rallié des suffrages supplémentaires au maire sortant, a au contraire accru le sentiment d’incohérence porté par son équipe et renforcé le sentiment de « sauve qui peut », incitant finalement nombre d’électeurs, dont certains de gauche, au minimum à s’abstenir de se prononcer pour l’une des deux listes en présence.

Tels sont les faits, qu’il faut regarder en face, au lieu de chercher à trouver des excuses à l’échec de la gauche à Champigny, qui peut être provisoire, sociologie aidant, pour peu qu’elle sache se réinventer et se débarrasser d’un certain nombre de ses oripeaux idéologiques.

A présent, une nouvelle page de l’histoire de notre ville s’ouvre, il appartient à chacun de s’interroger sur ses propres responsabilités et d’en tirer lucidement les conséquences. Tout le reste n’est qu’arguties et tentatives dérisoires d’auto absolution.


[1] ANECR : Association nationale des élus communistes et républicains