TRIBUNE LIBRE: La crise du logement social

Dans chaque numéro de Champigny Notre Ville les groupes politiques représentés au Conseil Municipal disposent d’une tribune libre. Seul élu de ma liste et ne formant pas un groupe à moi seul (le règlement intérieur prévoit qu’il faut être 2 élus pour former un groupe) je ne dispose pas de tribune mensuelle mais je peux m’exprimer 2 fois par an dans les colonnes de Champigny Notre Ville. Dans le n° de décembre vous trouverez ma tribune consacrée au logement social. Toutefois les textes publiés sont très limités dans leur volume (2400 signes, intervalles compris). J’ai donc du rogner et rogner encore mon texte initial, exercice difficile qui réduit l’exposé des faits.

Aussi je vous propose de retrouver ci dessous le texte initial

Yves Fuchs

 

Jamais depuis des décennies, les conditions d’une crise aussi profonde du logement n’avaient été réunies en Ile de France.

Le système mis en place pour financer le logement social est à bout de souffle. Les prélèvements de 2.5 % sur les recettes locatives des offices de l’habitat, le détournement de la contribution du 1 % logement vers l’ANRU et la suppression programmée des aides à la pierre concourent à rendre de plus en plus difficile tout financement du logement social.

La diminution de 10 % des plafonds de ressources des ménages pour l’admission dans le logement social paupérise sa population locative et précarise la gestion des offices.

Face à ce désengagement de l’Etat mu par la seule volonté de réduire les dépenses, de nombreuses familles n’ont pas de solution. Les prix de l’accession flambent sans lien avec l’inflation ni avec les hausses du coût de la construction.

Acheter un logement à Paris et en première couronne est devenu impossible pour une bonne partie des salariés et des cadres. Quand aux logements locatifs libres, leurs loyers suivent la hausse des prix de l’accession.

La crise affecte le volume des logements construits, très insuffisant. Mais c’est aussi une crise qui concerne la typologie, les surfaces dominent au détriment du confort pour faire diminuer artificiellement le prix. C’est également une crise de localisation, on construit de plus en plus loin de la capitale et loin des transports.

Toute la société est concernée. La crise sape le pacte républicain et compromet l’épanouissement des générations futures. La crise porte en elle les germes d’une ségrégation sociale et spatiale mais aussi scolaire et culturelle.

Ce pacte républicain qui devrait retrouver force et vigueur avec les lois SRU, obligeant chaque commune à tendre vers les 20 % de logements sociaux, avec le droit opposable (loi Dalo) et la loi Molle, bute aujourd’hui sur l’absence de mise en œuvre faute de volonté politique.

A Champigny, nous direz-vous, on construit du logement social. C’est vrai. Mais dans les faits, on ne construit que du logement social. Peu ou pas de programmes ni d’accession sociale, ni d’accession, pas de construction de locatif intermédiaire.

Et puis, on construit très peu pour une ville de l’Ile de France. En témoignent les évolutions du recensement de la population. Si bien que le parcours résidentiel ne peut se faire et que de nombreuses familles, notamment des jeunes, doivent quitter la ville pour s’installer.

La commune a atteint les 40 % de logements sociaux. Si on ne veut pas dépasser ce chiffre, il faut relancer d’autres formes de logements en veillant à ce que sur 100 logements neufs construits, il y en ait 60 constitués de locatif intermédiaire, d’accession sociale et d’accession à coût maîtrisé.

Des organes comme l’Etablissement Public Foncier de la Région Ile de France et le Syndicat d’Action Foncière peuvent contribuer au partage. Cet enjeu est stratégique.

Au déséquilibre et à la ségrégation mis en œuvre par de nombreuses villes de droite, dont Saint Maur qui réfute avec cynisme le droit au logement et à la diversité, il ne peut être répondu à Champigny par une volonté du tout social.

La Ville ne peut supporter seule le poids social considérable induit par une telle pratique. Cette stratégie à court terme porte aussi, en elle-même, les germes de profonds déséquilibres sociaux . La mixité est le gage de réussite du développement urbain, son absence la marque de l’échec.

Dans ce contexte, l’office HLM de Champigny va disparaître. Certes, son parc de logements était insuffisant pour assurer une gestion équilibrée. Mais depuis de très nombreuses années, il n’a bénéficié d’aucun programme de construction qui lui aurait permis d’atteindre une taille suffisante.

Le choix a été fait de privilégier une société à forme privée, Ile de France Habitat (ex Campinoise) qui s’apprêterait à racheter le patrimoine de l’office.

Cette démarche est discutable car :

§      il existe des statuts appropriés et souples d’office publics de l’habitat qui sont placés sous le contrôle direct du Conseil Municipal tout en ayant une facilité de gestion.

§      il n’est pas sain d’avoir un organe de gestion par trop omniprésent sur une ville.