Une bien étrange campagne

Municipales 2020 à Champigny : du passé à l’avenir, chronique sommaire d’une « bien étrange campagne »

En ce qui me concerne, avec l’édition en cours de la présente échéance municipale, s’achève une série d’expériences commencée en 1977 où, à l’époque, militant socialiste, j’ai pour la première fois participé à ce rendez-vous électoral en spectateur actif. Je reviendrai ici rapidement sur ces épisodes, avant d’évoquer la présente campagne.

1977, c’était l’époque du « programme commun » et, après les présidentielles de 1974 et les élections cantonales de 1976, le troisième acte de la confrontation des composantes de « l’union de la gauche » avec le suffrage universel.

A Champigny, Jean-Louis Bargero fut réélu sans difficulté au 1er tour (avec de mémoire 60% des voix), grâce notamment au soutien du Parti socialiste, qui à l’occasion de ces élections réalisa des performances électorales inédites y compris dans le Val de Marne en gagnant par exemple les villes de Créteil et de Villiers sur Marne.

Pour autant, il fallut vite déchanter, le PCF refusant à l’époque l’ouverture de l’exécutif municipal à ses partenaires, au nom, selon ce dernier, du non-respect de la réciprocité.

En fait, le résultat de ce scrutin comme on le sait aujourd’hui avait fortement irrité l’appareil du Parti Communiste qui n’avait approuvé l’union des forces de gauche qu’à la condition qu’elle lui profite, ce qui ne fut pas le cas…

Ensuite, il y eut le rendez-vous de 1983. Entre temps, la gauche « unie » avait accédé au pouvoir d’État et pour la première fois depuis la Libération, des ministres communistes avaient intégré le gouvernement.

La donne avait donc changé et le principe de l’ouverture des exécutifs municipaux à toutes les forces de gauche était devenu en principe la règle. En principe, car de tous côtés, la méfiance prévalait et l’application de cette règle s’est souvent faite à minima.

Ainsi dans le Val de Marne, au terme d’un marchandage départemental dans lequel, il y a eu des sacrifiés, chaque parti s’est montré soucieux de défendre ses zones d’influence, dans le cadre de ce que d’aucuns ont nommé un « Yalta » départemental…

Mais à Champigny, la résistance de la Section du PS à la volonté du PCF de limiter au maximum le nombre de maires adjoints socialistes avait fini par payer, puisque, au grand dam des appareils départementaux du PCF et du PS, trois maires-adjoints socialistes avaient été finalement élus par le Conseil municipal, alors qu’initialement, ces mêmes appareils n’en avaient prévu qu’un seul, en totale contradiction avec le poids électoral du PS dans la gauche campinoise de l’époque.

A partir de cet instant, il a été clair pour moi et mes amis du Groupe socialiste que l’adage bien connu au PCF, selon lequel « l’union est un combat » trouvait pleinement sa traduction dans notre ville.

Je passe sur les vicissitudes de l’exercice de ce premier mandat, qui, au passage, fut aussi celui de Christian Fautré, comme sur celles qui ont émaillé le mandat suivant (1989-1995), même si les relations entre les groupes se sont nettement tendues à compter du départ des ministres communistes du gouvernement à l’été 1984.

Cette dégradation du climat politique local, qui s’est accentuée de 1989 à 1995, s’explique facilement : contrairement à ses espoirs, le PCF a pris acte de son incapacité à enrayer son déclin électoral en dépit des difficultés rencontrées par les gouvernements qui se sont succéder durant le second mandat de François Mitterrand ; dès lors, puisque « l’union » ne lui rapportait rien en termes d’influence au niveau national, il a progressivement rompu avec son corollaire local, le partage effectif du pouvoir de décision.

Aux élections municipales de 1995, il a donc fallu tirer les conséquences de cette évolution et engager une confrontation politique avec le PCF, sur la base d’un projet et d’une liste « Champigny autrement », rassemblant des socialistes et des personnalités locales, avec comme objectif d’obtenir un résultat qui permette de peser réellement sur les orientations municipales structurantes, tout particulièrement en matière d’urbanisme.

Mais le résultat obtenu par cette liste ne le permit pas. Pour ma part, j’ai donc tiré les conséquences de cet échec en me retirant du jeu. Cela me valut quelques désagréments, dus à un excès de confiance dans les personnes qui avaient accepté la fusion avec la liste du Maire sortant de l’époque, imposée par l’appareil départemental du PS : le syndrome de Stockholm était passé par là.

Vint ensuite l’étape de 2001, où les manipulations de l’équipe municipale sortante (PCF et PS) au détriment de la liste du Forum des Boucles de la Marne conduite par Yves Fuchs, le jour du scrutin, se traduisirent, in fine, par son annulation par le Conseil d’État. Cela conduisit à de nouvelles élections en 2002 remportées au second tour par la liste du maire sortant Jean-Louis Bargero. En fait, ce dernier voulait être réélu au 1er tour, il a dû en supporter quatre…

En 2004, arriva sur le devant de la scène, Dominique Adenot, qui, en cours de mandat succéda à Jean-Louis Bargero. Sans doute en raison d’un changement de style, de l’attrait de la nouveauté et du contexte politique national, Dominique Adenot fut ensuite réélu sans difficulté en 2008.

Le mandat 2008-2014, montra cependant les limites de ce renouveau municipal. Sans doute la crise économique de 2008 et ses conséquences à partir de 2010-2011 ont restreint les marges d’action de la municipalité, mais ce changement de contexte a aussi mis en lumière l’incapacité relative de municipalité à s’y adapter. Très dépendante des financements extérieurs, la commune s’est en effet alors trouvée confrontée à des difficultés de financement de ses investissements, en particulier dans l’entretien du patrimoine municipal, dont les écoles.

Dès lors, en mars 2014, malgré une ouverture politique au second tour, dictée par la nécessité, en direction de la gauche citoyenne et des écologistes de EELV, le score obtenu par liste conduite par Dominique Adenot, s’est situé pour la première fois en deçà de la majorité absolue à 47,73%.

Cette alerte a-t-elle été prise en compte de 2014 à 2020 ? A postériori et pour diverses raisons, on doit se rendre au constat que ce ne fut pas le cas.

Sans doute, là encore, le contexte politique national et la restriction des moyens financiers accordés par L’État aux communes ont lourdement pesé sur les marges d’action de la municipalité pendant les trois premières années du mandat.

Cette situation qui aurait dû être interprétée comme un changement durable des relations entre l’État et les collectivités locales n’a pourtant suscité au sein de la direction municipale, aucune volonté de révision de la stratégie de développement de la ville.

Aussi, des coupes sévères ont été décidées dans certains budgets de fonctionnement, en particulier en 2018, de façon parfois arbitraire au détriment, notamment, de de la culture, sans qu’aient été conçues de nouvelles orientations à moyen ou long terme, susceptibles d’apporter à la commune les ressources propres qui lui font défaut pour garantir la qualité de l’exercice de ses missions de service public.

Ces arguments critiques sur ce dernier plan ont été portés à la connaissance de la Direction municipale à maintes reprises, mais sans succès, d’abord par les représentants du groupe des élus socialistes, jusqu’en septembre 2016, puis après la scission intervenue en son sein, par les élus de l’Ucés.

Mais, une rupture d’une autre nature intervint à partir de janvier 2017, après l’effacement de de Dominique Adenot, pour raisons de santé, puis son décès, en avril 2018.

A partir de là en effet, il ne fut plus possible d’obtenir un vrai dialogue politique sur la conduite des affaires municipales avec Christian Fautré devenu Maire de notre ville.

En l’occurrence, il ne s’agit pas là d’un jugement de valeur sur une personne, mais d’un refus constant, manifesté par Le Maire et son entourage, de prendre la mesure des changements nécessaires pour assurer à notre ville un développement profitable à tous les campinois, dans le contexte territorial qui est le sien et d’en discuter entre élus de la majorité hors la présence des cadres de l’administration municipale.

Pourtant, il nous a semblé qu’une telle remise à plat était nécessaire pour répondre à l’évolution de la structure de la population campinoise, caractérisée, à la fois par l’augmentation de la part des cadres et professions intermédiaires, et par celle des personnes en situation précaire, fortement dépendantes d’aides et de soutien social. L’enjeu étant pour une municipalité soucieuse du bien-être de l’ensemble de la population de ne pas opposer les uns et aux autres et de dégager une voie de sortie par le haut où chacun puisse trouver son compte.

Selon nous, cela devait passer à la fois par un vrai dialogue citoyen et une réorganisation des services municipaux, par une stratégie de coopération négociée avec le territoire, qui mobilise toutes les synergies possibles afin que nos services publics gagnent en efficience.

Mais cela nécessitait aussi, un changement de politique d’urbanisme et de logement, qui génère des surplus de ressources dont puisse bénéficier la totalité de la population dans sa diversité.

Mais la mise en œuvre de ces changements supposait évidemment que l’on sorte de la logique du « chacun fait ce qu’il veut chez soi » qui prévaut dans notre territoire depuis 2016, volonté qui a singulièrement fait défaut dans les choix de l’actuelle municipalité.

Cet immobilisme se matérialisa par exemple à la fin 2018, à l’occasion de la délibération présentée par le Maire, sur le PMHH (plan métropolitain de l’habitat et de l’hébergement), réaffirmant des objectifs de constructions à Champigny, de logements sociaux irréalistes, qui ne fut toutefois adoptée que grâce à la voix prépondérante du Maire, les votes pour et contre s’équilibrant.

Mais, à cet instant, la campagne électorale municipale avait déjà commencé. Christian Fautré s’est en effet autoproclamé successeur de lui-même dès octobre 2018, sans en informer au préalable ses partenaires, ni les associer aux principales orientations programmatiques qu’il entendait donner à la politique municipale pour le futur mandat.

Cette mise devant le fait accompli augurait mal du déroulement de la fin du mandat. Un autre symptôme de cette dégradation des relations internes à la « majorité municipale » fut la débauche de communication à laquelle nous avons assisté en 2019 où les élus de la majorité étaient censés, pour la quatrième fois consécutive durant ce mandat, se porter à l’écoute des citoyens, comme si dans l’exercice quotidien de nos mandats nous n’avions pas connaissance de leurs attentes…

C’est aussi à cet instant que Mamadou Sy démissionna de son poste de conseiller délégué à la vie associative, faute de pouvoir se faire entendre.

Puis arriva l’été 2019…

Au début juillet, à l’occasion de l’inauguration de « Champigny plage », Patrick le Guillou et moi-même, avons figuré sur une photo où se trouvaient également des membres de l’équipe locale de la République en marche (Larem). Cette présence, totalement fortuite ne suscita apparemment aucun émoi.

Mais au début septembre 2019, la publication de ce cliché sur un tract de lancement de campagne du candidat investi par ce parti pour les municipales mis le feu aux poudres.

Patrick le Guillou et moi-même n’avions pas été informés de cette initiative, mais le Maire et son appareil politique se saisirent de cette opportunité pour nous retirer nos délégations de Maires-adjoints et organiser de façon théâtrale notre éviction de l’exécutif municipal lors du Conseil municipal du 25 septembre 2019.

La réalité est que, ce « coup politique » visait à ressouder la majorité des inconditionnels du Maire et de sa politique municipale sur la base d’arguments politiciens. Ceux-ci se sont organisés autour de l’incompatibilité entre la « politique de gauche » qu’il prétend incarner et « la politique de droite, ultralibérale » qu’est censé porter le gouvernement.

Étaient visés ceux, qui soutenaient ce dernier ou qui ne rejetaient pas systématiquement sa politique et le candidat de LAREM, pour construire une alternative pour le prochain mandat municipal, démarche à laquelle, avec Patrick Le Guillou, j’avais décidé d’adhérer, après avoir indiqué ma volonté de ne pas être réélu : à Champigny, force est donc de constater que le crime de lèse-majesté est toujours en vigueur !

Ainsi le Maire, comme l’a remarqué notre collègue du Conseil municipal, Mamadou Sy, avec honnêteté, a soudain découvert que nous avions, à titre individuel, pris publiquement position en faveur d’Emmanuel Macron dès le premier tour des élections présidentielles de 2017, sans que cela le gêne outre mesure depuis lors, période durant laquelle nous n’avons par ailleurs pas ménagé nos efforts dans l’accomplissement de nos mandats, en conformité avec les orientations municipales.

Cette manœuvre de petite politique en dit long sur l’exercice de la démocratie à Champigny : ne pouvant fonder sa décision par notre attitude au regard de la conduite de la politique municipale, le Maire s’est réfugié dans une posture politicienne pour justifier son forfait.

Ainsi, depuis septembre 2019, les élus de la « majorité municipale et leurs affidés se sont lancés dans une croisade anti-Macron en surfant sur les angoisses sociales, parfois légitimes au regard des réformes complexes entreprises par le gouvernement, ce qui donna lieu à des propos injurieux et insultants à notre égard, lors des dernières séances du Conseil municipal (La lecture des PV du Conseil municipal de septembre à février en atteste).

Mais, la déconvenue des résultats du premier tour le 15 mars, marqué par un recul sans précédent du score électoral du Maire sortant à Champigny, en recul de 8,55 points par rapport à 2014, le confinement décrété le 17 mars par le gouvernement dans le cadre de l’État d’urgence sanitaire et le report du second tour à une date indéterminée jusqu’à la fin avril changèrent la donne.

Très rapidement, il devint clair que cette période constitua une opportunité pour l’équipe municipale de manifester sa solidarité, notamment vis-à-vis des plus fragiles des campinois en mettant en scène, sélectivement, les associations et leurs bénévoles, notamment au moyen des réseaux sociaux.

Qu’on se comprenne bien, cette solidarité était et reste légitime sur le fond et je l’ai affirmé publiquement. Ce qui ne l’est pas en revanche c’est l’exploitation monopolistique de sa mise en œuvre.

Dans cette longue période d’entre deux tours, cette attitude partisane n’avait pas sa place. Il a fallu en effet attendre le 6 mai pour, qu’enfin, le Maire convoque les Présidents de groupe du Conseil municipal pour évoquer les réponses de la commune à la crise du Covid et leur demander, tout de go, d’approuver un plan de financement remis sur table et déjà bouclé.

Face à ce que je considère comme une caricature de la démocratie, J’ai donc fait part ce jour-là au Maire de mon vif regret que le pilotage des mesures prises dans le cadre de cette crise n’ait pas fait l’objet d’une concertation de l’ensemble des composantes républicaines du Conseil municipal, du début à la fin, alors même qu’il aurait eu tout intérêt à agir de la sorte en termes d’image démocratique.

Cette cécité ou ce sectarisme, selon les interprétations, est totalement incompréhensible dans le contexte que nous vivons collectivement, où le rassemblement républicain devrait s’imposer. Il est l’expression d’une dérive électoraliste, politiquement répréhensible.

Depuis cet épisode, la date du second tour a été annoncée et la campagne électorale s’est accélérée. Elle est agrémentée, si l’on peut dire, de comportements hétérogènes…

Mamadou Sy et de ses colistiers, dont on connaît les références idéologiques, après quelques hésitations a finalement décidé de rallier l’équipe du Maire sortant, par rejet de ce qu’incarne à leurs yeux « la droite » dont ils estiment qu’elle ne servirait pas les intérêts et les attentes de la partie socialement la plus fragile des campinois. Ce choix a sa logique et n’est pas scandaleux en soi.

En revanche est bien plus problématique l’attitude du leader de la liste investie par LAREM et de certains de ses amis, qui au nom d’une inimitié ou d’un contentieux aux racines obscures avec Laurent Jeanne, en sont arrivés à afficher une proximité avec l’équipe Fautré, que cela ne semble plus gêner (… !), et même à appeler à voter quasi explicitement en sa faveur…

Au-delà de mon cas personnel qui importe peu dans ce jeu, ce retournement soudain de situation en forme de tripatouillage électoral est mortifère et certainement pas un signal positif de nature à inciter nos concitoyens à s’engager dans la gestion des affaires publiques locales.

Enfin, au terme de cette bien étrange campagne, nous devons aussi déplorer des violences physiques inadmissibles à l’égard du candidat de l’opposition et une débauche de propagande jamais vue à Champigny, signe d’une nervosité des tenants du pouvoir en place, qui accentue le sentiment de division, voire d’antagonismes, opposant de façon malsaine, les diverses couches sociales de notre ville : décidément, Champigny, ville pour tous, humaine et solidaire, promise en 2014, n’est visiblement pas pour demain !

Mais, fort heureusement, voici venu le moment de l’expression du suffrage universel, juge de paix entre tous.

On veut espérer qu’il permette de statuer, en toute clarté et de façon incontestable, sur le choix de l’équipe qui aura en charge la conduite des affaires de notre commune pour les six ans à venir.

Tout en confirmant mon refus de donner une quelconque consigne de vote, c’est là, le vœu que je forme en cet instant décisif pour l’avenir de Champigny.

Jean-Louis Besnard

Ancien Maire-adjoint

Conseiller municipal

Le 24 juin 2020