UNE DIRECTIVE DE M. ADENOT AUX MAIRES COMMUNISTES

M. Dominique Adenot, Maire de Champigny, est Président de l’ANECR ( Association nationale des Elus Communistes et Républicains). Peu de gens à Champigny le savent, peu aussi connaissent sans doute l’ANECR et le rôle que joue cette association dans le fonctionnement du Parti Communiste Français  mais c’est une structure importante de l’appareil du parti. Il y a quelques années son président était Robert Hue qui ne quitta cette charge que pour devenir Premier Secrétaire du PCF. On a prétendu que la nomination de son successeur Jean Louis Bargero, maire de Champigny à l’époque, fit l’objet d’un accord entre les partisans de Robert Hue et Georges Marchais (qui quittait ce poste de Secrétaire Général) et que Georges Marchais obtint en compensation la nomination de Jean Louis Bargero à la tête de l’ANECR. Lorsque J.L. Bargero dut quitter son poste de maire ce fut tout naturellement son successeur Dominique Adenot qui lui succéda à la tête de l’Association Nationale des Elus Communiste et Républicains.

Or M. Adenot vient de s’illustrer récemment  en adressant, aux maires communistes, en sa qualité de Président de l’ANECR, une lettre circulaire dont le Parisien du 12 Juin a révélé la teneur.


Le Parisien du 12 Juin

Que dit cette lettre ?

 Elle rappelle que le Parti Socialiste a prévu d’organiser des élections pour désigner, entre les différents postulants et postulantes ( Hollande, Royal, Valls, Montebourg et sans doute Aubry),  son candidat pour l’élection présidentielle de 2012, que lors de ce vote sont susceptibles de voter outre les membres du Parti Socialiste les citoyens désirant  choisir entre les  différents « candidats à la candidature » qui auront acquitté une somme de 1 euro, et auront approuvé un texte garantissant qu’ils sont de gauche.

 Pour organiser cette vaste consultation le Parti Socialiste a besoin d’avoir accès aux listes électorales (un accès qu’a autorisé la Commission Nationale Informatique et Liberté, CNIL) et a besoin de disposer de locaux publics pour y organiser ce vote.

 Dans sa lettre M. Adenot demande aux maires communistes et apparentés de refuser de fournir ces locaux au Parti Socialiste.

 Qu’écrit M. Adenot ?

 « Cependant je ne t’apprendrais pas que nous considérons cette initiative avec une grande réticence, car tournant le dos à des valeurs fondamentales qui sont notre bien commun.

Ces « primaires » sont en effet de nature à pousser les feux de la personnalisation de la vie politique et de l’hyper-présidentialisme qui font déjà tant de dégâts à la vie politique de notre pays. »

 On partage les vues de M. Dominique Adenot quant à la personnalisation excessive du pouvoir et quant au caractère « hyperprésidentiel » qui caractérise son évolution récente. Cette personnalisation est la marque de fabrique même de la constitution de la Vème République que le Parti Communiste, il faut le reconnaître, combattit dès le début (référendum du 20 septembre 1958). Les réformes successives avec le passage du septennat au quinquennat puis la réforme Sarkozy (2008) ont encore aggravé cet hyperprésidentialisme dont M. Adenot dit qu’il (fait) «  tant de dégâts à la vie politique de notre pays «

On peut être ou non d’accord avec les orientations politiques du Parti Socialiste. Il faut toutefois lui reconnaître un mérite : celui d’avoir voulu innover dans la procédure de désignation de son candidat. A un moment où tout le monde déplore le désintérêt croissant des Françaises et des Français pour la politique le Parti Socialiste a cherché et trouvé un moyen de rendre les citoyens (nes) acteurs de la désignation de son candidat. C’est une démarche positive.

 Bien sur cette démarche n’est pas parfaite. On peut regretter que le débat porte seulement sur la désignation d’un(e) candidat(e) et donc puisse encourir le risque d’une personnalisation excessive. Il aurait été souhaitable que le débat ne porte pas seulement sur les personnes mais aussi sur les orientations, les programmes, leur mise en œuvre. Cela aurait été positif pour toute la gauche. Osons aller plus loin. Imaginons que ce débat, ce brassage d’idée ne se limite pas aux membres du Parti Socialiste et à ses électeurs potentiels ? Pourquoi pas un grand débat de toutes les forces de gauche dans lequel le Parti Communiste Français, Europe Ecologie-Les Verts et d’autres forces de gauche auraient eu toute leur place, dans le respect de leur personnalité propre pour définir les axes d’un programme et un(e) candidat(e) de gauche ? Utopie, rêve dites vous. Aujourd’hui c’est d’accord on n’en est pas là. C’est utopique mais ce sera de cette façon que demain la gauche pourra sortir de sa léthargie.

Le Parti Socialiste a eu au moins le mérite de faire un premier pas.

Au lieu de chercher à aller plus loin  et d’apporter sa contribution pour dynamiser le mouvement M. Adenot sort le gros bâton.

« Rien n’oblige par exemple à prêter des salles habituellement dévolues aux élections officielles afin de ne pas nourrir la symbolique d’un préalable électoral, qui ne l’est pas, qui n’est pas constitutionnel, et relève des réunions publiques d’un parti » écrit-il.

Nous voici averti. Les réunions publiques d’un parti ne méritent pas qu’on leur fournisse les locaux nécessaires. Drôle de conception de la pratique démocratique du droit de réunion ! Il  est heureux que les pouvoirs de M. Adenot soient limités au niveau communal.

M. Adenot craint en fait que cette initiative du PS ait du succès. (pas forcément du succès parce que c’est une initiative du PS, mais parce que les gens qui de plus en plus nombreux souhaitent voir apparaître de nouvelles façons de faire de la politique peuvent se reconnaître dans cette démarche). Alors que fait M. Adenot ? Il s’enferme, il se barricade plutôt que d’aller au débat ouvert. Construire des murs en politique n’a jamais été une solution. Des exemples récents sont là pour le rappeler.

Post Scriptum:  Il faut dire que M. Adenot et l’ANECR  ne sont pas seuls à vouloir empêcher cette consultation. Ils sont en bonne compagnie. Le porte parole du PS,  Benoit Hamon, indiquait récemment que certaines préfectures trainaient les pieds et que nombre de villes dirigées par la droite se refusaient à assurer la mise à disposition des salles nécessaires. Il citait : Orléans, Nancy, Valenciennes, le Havre, Boulogne Billancourt, Compiègne…