Une exclusivité campinoise: la place Georges Marchais

        

      Rénovation urbaine à la cité des Mordacs

                                         La future Place Georges Marchais

Attribuer à des monuments publics (rues places, écoles) le nom d’hommes politiques ou d’évènements historiques n’est pas neutre.  Donner un nom plutôt qu’un autre est clairement un choix politique.  L’histoire de la Place de la Concorde à Paris est caractéristique de l’évolution des idées politiques. Place Louis XV lors de sa création en 1755, elle devient Place de la Révolution pendant la période révolution–naire et acquit son nom de Place de la Concorde sous le Directoire dans un souci de réconciliation politique. Le nom changea encore plusieurs fois au cours du XIXème  siècle mais finalement le nom de Concorde prévalut.

A Champigny le nom de notre place du centre a aussi varié au cours du siècle dernier. Traditionnellement appelée Place du Marché par les Campinois elle a porté à partir de 1947  le nom de Place Joseph Staline avant d’être renommée en 1956 Place Lénine après le XXème congrès du Parti Communiste de l’URSS et la dénonciation par Nikita Kroutchev des crimes de Staline.

Mais l’évènement aujourd’hui c’est la proposition votée au Conseil Municipal du 16 novembre dernier de donner à une nouvelle place des Mordacs le nom de Georges Marchais, ancien 1er secrétaire du Parti Communiste, ancien député de Villejuif, décédé le 16 novembre 1997, qui n’a jamais occupé de fonction élective à Champigny mais y a résidé et y a été inhumé.

 C’est un choix de la majorité municipale. Il s’agit d’ancrer dans la géographie de notre ville et donc dans les mémoires campinoises le souvenir d’un dirigeant politique controversé mais qui a fortement représenté certaines orientations de son parti. Ce n’est pas anodin.

Depuis la chute du Mur de Berlin le communisme est surtout devenu un objet d’analyse historique. Souligner les erreurs et les crimes qui ont jalonné son histoire et signé sa chute est nécessaire mais ne fait pas, pour autant, oublier que pendant le 20ème siècle il a été porteur d’espérance pour des millions d’hommes et de femme, qu’il a été une composante importante des luttes sociales et des combats de libération nationale.

 Des communistes ont contribué  à la résistance au nazisme, à l’occupation. Les noms d’Albert Vinçon, Auguste Taravella, Maurice Denis sont ceux de militants communistes campinois qui ont donné leur vie dans la lutte clandestine contre l’occupant nazi. La ville a voulu perpétuer leur souvenir en leur attribuant une rue. Cela est tout à fait normal. Il n’est pas choquant non plus qu’apparaisse sur un collège le nom du Colonel Rol Tanguy, responsable de l’insurrection parisienne d’aout 1944 ou sur une plaque de rue celui du bulgare Dimitrov,  qui par son attitude face à Goering au procès de Leipzig eut, à l’époque, une grande influence sur la prise de conscience du danger nazi.

 D’autres personnalités communistes ont, pour leur part, joué un rôle de premier plan dans les arts les lettres et les sciences et leurs noms sont portés par des établissements d’enseignement du poète Jacques Decour  au psychologue pour les enfants Henri Wallon et aux physiciens Joliot Curie et Eugénie Cotton.

Georges Marchais          (1920-1997)

 Mais Georges Marchais. Pourquoi donc donner le nom de Georges Marchais à une place ? Il n’a pas été un résistant. Il n’a pas apporté d’idées novatrices. Il s’est borné à accompagner la spirale descendante de son parti. Son désintérêt, son manque de compréhension des mutations profondes de la société française et des relations internationales ont au contraire contribué au déclin de son parti.

 Par un certain nombre de ses prises de position il a apporté du grain à moudre aux adversaires du PCF et rebuté des sympathisants et des électeurs

Qu’on se rappelle ! Sa condamnation des étudiants en mai 1968, ses réticences devant le printemps de Prague (1968), ses propos sur les travailleurs immigrés (Humanité du 6/1/1981), venant après l’appui apporté à la destruction au bulldozer d’un foyer d’immigrés à Vitry (24/12/1980), ses vacances répétées en Roumanie et ses relations étroites avec le couple Ceausescu, son approbation de l’intervention soviétique en Afghanistan (février 1980), l’évocation du « bilan globalement positif en URSS »  (Humanité du 13 février 1979), tout cela constitue une somme assez spectaculaire d’erreurs. Georges Marchais ne suscite ni admiration ni respect.

Champigny est la seule commune de France métropolitaine (il y a une rue Georges Marchais à La Réunion) à dédier un lieu public à Georges Marchais.

Et pourtant, dans l’histoire du PCF le nom de Champigny évoque tout autre chose que simplement Georges Marchais. Celui d’un manifeste dit Manifeste de Champigny parce qu’adopté à une réunion de la direction du PCF tenue à Champigny en 1968. Ce manifeste marquait une rupture limitée encore mais nette avec des pratiques antérieures de dogmatisme et de sectarisme. C’était l’amorce d’un changement. C’était surtout un appel à la réflexion, à la création d’idées, à l’adaptation aux mutations de la société. Avec l’arrivée de Marchais au poste de 1er secrétaire (1972) le Manifeste de Champigny fut enterré.

Ce manifeste avait été porté au sein du PCF par Louis Aragon, résistant, poète, romancier.

On cherchera en vain à Champigny une rue, une école qui porte le nom de Louis Aragon.

 Champigny seule ville ou il y a une place Georges Marchais est aussi une des très rares villes communistes (la seule peut être) à ne pas célébrer Louis Aragon un homme qui lui savait rêver et nous faire rêver.

 Parler à ce sujet de hasard ou de coïncidence relèverait de l’ânerie politique.