Voyager léger

Clément Vaché conseiller municipal socialiste 2014-2020

Ecrire ces quelques lignes me remémore mon engagement politique débuté au lendemain du premier tour d’une élection présidentielle dont l’issue semblait inimaginable, presque 20 ans plus tard cette situation ne choque plus personne…

Pour ma part cela a été un déclic, dès le lendemain je me suis tourné vers les jeunesses socialistes, puis quelques années plus tard j’embrassais sa mouvance sociale-démocrate. J’avais donc fait un choix, celui de la deuxième gauche et du rocardisme, c’est toujours cette même flamme qui m’anime. 

C’est alors idéologiquement armé, que j’ai franchi les portes de la section socialiste de Champigny-sur-Marne, créée par un illustre Albert Thomas, au tout début du siècle dernier. Très rapidement et auréolée de la victoire de François Hollande, c’est une ligne prônant la réorientation de la politique municipale qui s’impose dans la section. Elle fournira près d’une quinzaine de colistiers à Dominique Adenot, dont 11 seront élu-e-s au lendemain du second tour de l’élection municipale de Mars 2014. 

Ce sont dans ces conditions que débute mon mandat local, alors plus de 6 ans après quel bilan en tirer ? 

Tout d’abord et c’est la première chose qu’il me vient à l’esprit, remercier ces élu-e-s qui s’investissent quel que soit leur place sur l’échiquier municipal, ils donnent de leur temps pour la cause commune et font vivre notre démocratie locale. Certains me diront, ils l’ont voulu qu’ils assument, je répondrai qu’au regard du nombre de coups endurés, avec un statut de l’élu peu respecté, et en pleine crise de la représentativité, il ne suffit plus d’avoir le cuir tanné pour l’engagement local mais être paré à y perdre un certain nombre de plumes. 

Ensuite rendre hommage et remercier ces Maires communistes qui se sont succédés pendant mon mandat (2014-2020), un Maire d’une ville de la taille de Champigny avec toutes ses difficultés sociales, ses défis, mais aussi ses joies ne s’appartient plus, il appartient à sa population. Une tâche devenue d’autant plus ardue que la baisse constante des dotations de l’Etat a considérablement diminué sa marge de manœuvre, et conduit nos édiles à des coupes budgétaires contre-nature au regard de leurs convictions politiques. C’est le cas à Champigny avec des restrictions sur la programmation culturelle pour le jeune public, les classes transplantées ou les séjours vacances…

Cependant les difficultés des représentants n’émanent pas seulement de ces crédits étatiques en baisse, elles proviennent aussi d’un Etat qui réduit l’autonomie des collectivités territoriales, en leur imposant un plafond maximal de leur section de fonctionnement à ne pas dépasser. Enfin le rapport entre les élus et la population a probablement évolué, on constate une désacralisation de la fonction de premier magistrat et des échanges plus tendus…

Mais revenons à nos moutons, la tambouille locale campinoise, lors de leur entrée au conseil municipal, ces élu-e-s socialistes fraichement renouvelé-e-s ont essayé d’influer l’orientation municipale sur les points qui leurs étaient chers. On pourra sans prétention affirmer que l’ensemble des élu-e-s socialistes, avec l’élu de la gauche citoyenne ont tenté pendant 5 ans et demi de proposer une vision moins clivante du projet municipal, cette convergence s’est maintenue toutes ces années, alors même que les élu-e-s socialistes se sont dispatchés en deux groupes distincts  à compter de 2016.

Si on prend le cas de l’urbanisme, axe structurant d’un projet de ville, bon nombre de ces               élu-e-s de gauche ont émis des votes « contre » ou des « abstentions » sur les projets structurants (îlot Jaures, Boullonerie, Zac Marais-De-Gaulle , Zac des Simonettes, ZAC des Bords de Marne, rue Renée, rue Alexandre Fourny, Ilot Carno, Verdun….).

Ces mêmes élu-e-s ont essayé d’influer sur plusieurs autres sujets, la gestion des services municipaux ou encore l’enjeu de la démocratie participative. Ces deux autres axes n’étant pas forcément visibles au sein de l’assemblée délibérante, ils relèvent plus d’un fonctionnement quotidien de la municipalité.

Si je prends l’exemple du fonctionnement des services, j’ai pu constater à ma  petite échelle de conseiller municipal qu’il y avait beaucoup à faire, et principalement au sujet de l’entretien de nos écoles par nos services techniques, ou nos prestataires. La moindre petite demande pour une réparation, nécessite le déploiement d’une énergie considérable… J’ai bien conscience que chaque organisation humaine à ses vicissitudes, il n’en demeure pas moins que la prochaine municipalité aura à innover pour mettre de l’huile dans les rouages.

Enfin un dernier point, car il ne s’agit pas de s’épancher sur un catalogue municipal, j’ai été marqué par la thématique de la démocratie participative, laquelle  est assez vite tombée dans les oubliettes de l’histoire au fil de la mandature. Les conseils de quartier ont été aléatoirement convoqués et surtout le rôle des bureaux de quartier à mal été agencé. Concernant les commissions extra municipales, leur opacité, et leur méconnaissance chez les campinois, n’ont pas permis de suffisamment faire vivre le débat local. Pourtant la démocratie participative devrait être incontournable, car elle permet de prévenir les conflits. Là aussi, il s’agira pour la prochaine équipe municipale d’un vaste chantier à reprendre.

Toutefois il ne s’agit pas de ne voir le verre qu’à moitié vide, et même si influer la ligne politique des « camarades » communistes sur ces différents axes n’a pas été une réussite, il n’est pas moins vrai que j’ai pu observer un réel dévouement de ces mêmes « camarades » auprès des campinois, et en particulier auprès des plus démunis.

Il faut dire que depuis René Desvilettes les communistes sont aux commandes du navire de l’amiral, leurs militant-e-s et leurs élu-e-s ont eu le temps de laisser leur empreinte, le communisme municipal c’est l’ancrage sur le terrain, l’engagement dans le milieu associatif et évidemment dans les quartiers populaires. Quand on regarde dans le rétroviseur, on observe une réelle bienveillance des politiques municipales des quatre premières décennies, une ville administrée par d’anciens résistants à la fois tournée en direction des classes ouvrières/salariales mais aussi des plus pauvres, comme en témoigne la résorption du bidonville de Champigny.

On remarquera pour les trois décennies suivantes un bouleversement sociologique à la suite des premières crises pétrolières, de l’enracinement du chômage de masse, et de choix municipaux à ligne de crête sur la politique du logement social. Le successeur de M. Talamoni à dû faire face à une situation à laquelle personne n’était préparé, et à laquelle aujourd’hui personne n’a encore trouvé le remède. Cette crise structurelle a entrainé de fait, un appauvrissement des campinois, toujours plus dans l’attente de services publics, que les municipalités successives jusqu’à aujourd’hui ont su leur mettre à disposition (service de santé, renforcement des politiques sociales…).

Néanmoins les distributions de bons alimentaires, et d’aides sociales, aussi bien soient-elles, pour celles et ceux qui les perçoivent ne constituent pas un projet de ville. L’un des enjeux pour les prochains élu-e-s, sera également d’apporter de nouvelles perspectives pour ces campinois durement frappés par les conséquences de la pandémie, dans un monde déjà fragilisé.   

Alors, à la veille de ce second tour du Dimanche 28 Juin, un duel s’annonce, il faut remonter aux municipales de 2001 puis à la partielle de 2002 pour retrouver une telle situation, il s’agissait à l’époque du match Derouineau/Bargero, 20 ans plus tard ce sont deux de leurs colistiers d’antan qui proposent des offres politiques très différentes l’une de l’autre.

La droite locale s’est retrouvée un chef depuis 2012, elle est dans les starting blocks. Il faut dire qu’elle attend un tel moment depuis longtemps, sa dernière victoire municipale remonte à Henri Dumont  candidat du Bloc National en 1919, victorieux sur le candidat de la SFIO Henri Martinet. Un siècle que la droite n’a pas gagné une élection à Champigny-sur-Marne !

Son projet sur ce premier tour a été clivant et frontal vis-à-vis du communisme municipal, sa stratégie, siphonner les voix de l’extrême droite pour virer en tête, a été couronnée de succès.

Face à elle pour ce second tour une équipe d’union de la gauche, mais pour cette fois désencombrée de sa mouvance sociale-démocrate, si contestatrice… Il faut dire que le Maire sortant durant sa campagne du premier tour, a bien pris soin de  traiter son opposant au conseil  depuis 12 ans sur un même pied d’égalité que les deux autres candidatures fléchées au centre, distribuant des cartons rouges à tout bout de champs, aucune différence pour lui nous sommes tous de droite, sociaux-démocrates compris ou plus communément appelés dans la langue marxiste…sociaux-traites…

Alors quelle attitude adopter pour ce second tour ?

Pour ma part, je n’ai jamais eu la rancune tenace en politique. Par conséquent, mon choix pour ce second tour, n’est pas animé par des considérations personnelles. Je conserve, une certaine fidélité aux valeurs de la gauche, parmi celles-ci la notion d’équité est la plus importante, donner plus à celui qui à moins, car celui qui à moins, ne démarre pas avec les mêmes chances dans la vie, que celui qui est déjà bien équipé.

Ensuite bien qu’ayant battu le fer aves les élu-e-s communistes pendant 6 ans au conseil municipal de Champigny-sur-Marne, je sais que la vision de ville que je porte est diamétralement opposée avec celle de M. Jeanne, même si nous avons eu des votes communs sur plusieurs délibérations politiques.

Je ne crois pas un seul instant à la bienveillance de la droite locale envers les plus démunis, ni en son projet social, comme je ne crois pas une seule seconde en son revirement au conseil du territoire Paris-Est-Marne et Bois sur une meilleure répartition du logement social entre les villes membres.

Les conseiller-e-s territoriaux de la droite campinoise, au conseil de territoire ont toujours soutenu les projets urbains des villes voisines alors que pour une partie d’entre elles, ils sont discriminants vis-à-vis du logement social.

Plusieurs communes limitrophes préfèrent payer de lourdes amendes, plutôt que de construire du logement social.  Alors qu’adviendra t-il des habitants les plus démunis de la petite couronne avec ce genre de pratique, si rien ne change ? Et bien ils seront de fait chassés et relégués dans la grande couronne au fin fond des lignes de RER…

Alors j’ai la faiblesse de penser qu’en l’absence d’une troisième voie sur ce second tour de scrutin, mon parcours et mes convictions, restent bien plus proches d’un Christian Fautré que d’un Laurent Jeanne.

Dans l’hypothèse où il y aurait alternance, et connaissant un peu l’ascendant de l’exercice du pouvoir sur les belles paroles de campagne, ce seront les plus fragiles d’entre nous qui en pâtiront, et on reverra très vitre ressurgir la dualité quartiers pavillonnaires/grands ensembles. Le pouvoir municipal c’est certes, l’installation d’une équipe, mais c’est aussi l’incarnation d’une personnalité, laquelle peut très vite virer au pouvoir personnel. Alors je l’assume, pour ce second tour de l’élection municipale, ce sera en ce qui me concerne un bulletin rouge vif

Clément Vaché

Conseiller municipal socialiste 2014-2020